L’armée israélienne aurait tenté une avancée au nord du fleuve Litani avant de se replier au sud, le maintien des troupes étant jugé trop coûteux, tant sur le plan humain que sur le plan militaire. Toutefois, ce retrait ne semble pas avoir mis un terme à l’intention israélienne de se positionner au nord du fleuve, plusieurs médias de l’État hébreu affirmant que le terrain aurait été aménagé depuis près de deux semaines, en vue d’un éventuel franchissement de cette ligne.
Comment le terrain a-t-il été préparé ?
Depuis plusieurs jours, les bombardements d’artillerie et les raids aériens israéliens s’intensifient sur les villages de Yohmor el-Chaqif, Arnoun, Zawtar el-Charqiyé et Zawtar el-Gharbiyé.
Situées au nord du fleuve Litani, ces localités sont désormais passées sous contrôle israélien. Elles dominent à la fois le fleuve Khardali et les régions de Taybé et Deir Seryane, au sud du Litani, également sous emprise de l’armée israélienne, comme l’explique l’ancien commandant du secteur sud du Litani, le général Khalil Gemayel.
Interrogé par Ici Beyrouth, il estime que cette progression constituait déjà «un indicateur qui laissait penser que l’armée israélienne franchirait le Litani vers le nord, avec des unités de commandos destinées à occuper Yohmor el-Chaqif, la forteresse de Chaqif et Arnoun».
Dans le même ordre d’idées et selon les médias israéliens, des unités Egoz et de reconnaissance de la brigade Golani auraient progressé discrètement dans le secteur, donnant lieu à plusieurs affrontements rapprochés avec des combattants du Hezbollah, notamment après la sortie de militants d’un tunnel.
La chaîne 14 israélienne rapporte, dans ce contexte, que des travaux d’ingénierie militaire ont été effectués sur le Litani afin de permettre, à l’avenir, le passage de blindés et de troupes d’infanterie si nécessaire. Selon la chaîne 12 israélienne, l’opération visait spécifiquement des zones d’où le Hezbollah lançait roquettes et drones explosifs contre les forces de l’État hébreu. Une lecture que confirme le général Gemayel, pour qui l’objectif d’une telle avancée était de «réduire l’impact des missiles antichars visant les forces israéliennes déployées dans la région de Taybé et ses environs».
Un terrain fragmenté
Dans les faits, la distinction entre le sud et le nord du Litani est redevenue centrale dans les calculs militaires israéliens. Au sud du fleuve, Israël considère désormais une grande partie du territoire comme une zone d’opérations directes, avec des frappes quasi quotidiennes, des démolitions de maisons, des déplacements forcés et une surveillance aérienne permanente.
Le général Gemayel évoque, dans ce sens, l’existence d’une «ligne jaune» délimitant une vaste zone regroupant 54 villages dans lesquels l’armée israélienne exerce aujourd’hui un contrôle opérationnel direct, notamment à travers l’interdiction d’accès, la surveillance aérienne constante et des opérations militaires régulières.
Selon lui, cette ligne s’étend notamment, dans le secteur ouest, de Bayyada à Chamaa, Tayr Harfa et Chihine, tandis que le secteur central comprend Beit Lif, Rcheif et Aïnata. Plus à l’est, elle englobe Mhaybib, Tallousa, Beit Yahoun, Qantara, Aadchit el-Qousayr, Deir Seryane, Taybé, Rab Thalathine, Ezziyé, Ouweida et Khiam.
En avant de cette ligne, l’ancien officier décrit également une bande intermédiaire composée d’environ 23 villages formant ce qu’il assimile à une véritable zone tampon. Cette bande serait soumise à un niveau de violence particulièrement élevé, marqué par des frappes quasi continues, des échanges de tirs réguliers et une forte activité militaire.
Plus au nord du Litani, le tableau est différent. Israël continue d’y mener des frappes ciblées contre des cadres, des dépôts ou des infrastructures présumées du Hezbollah, mais sans présence terrestre permanente comparable à celle observée dans la bande frontalière. Cette ligne du Litani, déjà au cœur de la résolution 1701 après la guerre de 2006, redevient ainsi une frontière militaire de facto dans la doctrine israélienne actuelle.
Le Hezbollah mise sur les drones explosifs
Face à cette pression, le Hezbollah semble avoir adapté sa stratégie. Le mouvement chiite réduit relativement l’usage massif de roquettes au profit d’attaques plus précises contre les forces israéliennes déployées au Liban-Sud, notamment via des drones explosifs de type FPV («first-person view»), souvent pilotés à basse altitude et parfois reliés par fibre optique afin d’échapper au brouillage électronique israélien.
Pour contrer une telle menace, l’armée israélienne travaille désormais activement à développer une nouvelle réponse opérationnelle à la menace des drones du Hezbollah. Plus de cent propositions technologiques auraient déjà été étudiées ces dernières semaines, tandis qu’un projet de fabrication de drones explosifs israéliens serait également en cours afin d’adapter les capacités offensives israéliennes à cette nouvelle réalité du terrain.
Israël accélère également le déploiement de nouveaux dispositifs anti-drones. Selon des informations relayées par la presse israélienne, l’armée de l’État hébreu a commencé à introduire des drones-intercepteurs équipés de filets ainsi que des systèmes automatisés assistés par intelligence artificielle destinés à contrer les drones explosifs du Hezbollah.
Dans le même temps, l’armée israélienne affirme poursuivre une campagne intensive contre les infrastructures du Hezbollah. La porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Ella Waweya, a déclaré que plus de 1.100 cibles liées au Hezbollah avaient été frappées depuis le début des arrangements de cessez-le-feu, évoquant la mort de plus de 350 combattants du parti au Liban-Sud. Selon l’armée israélienne, les frappes ont visé des dépôts d’armes, des bâtiments utilisés à des fins militaires, des lanceurs prêts à l’emploi et diverses infrastructures du mouvement chiite.
Vers une extension du front?
À la question d’une éventuelle extension de l’opération militaire israélienne, le général Gemayel estime que le dispositif actuel couvre déjà près de 500 km² et que les pertes subies par l’armée israélienne constituent un facteur de limitation stratégique à toute avancée massive vers le nord du Litani.
Dans cette perspective, une extension large du front n’apparaît pas, selon lui, comme le scénario le plus probable à court terme, en raison du coût humain et militaire qu’elle représenterait. Le général Gemayel évoque toutefois une autre hypothèse: une progression graduelle vers la Békaa-Ouest et les hauteurs de l’Iqlim al-Touffah, en passant par des axes tels que Kfarhouna, Ali Taher et Sejod, avant de rejoindre des localités comme Sohmor ou Yohmor. Une telle avancée permettrait à Israël de contrôler des lignes de crête stratégiques dominant plusieurs zones sensibles du Sud-Liban, modifiant profondément l’équilibre géographique et sécuritaire de la région.





Commentaires