L'Iran, l'Arlésienne du sommet de Pékin
Le président américain Donald Trump (à droite) marche aux côtés du président chinois Xi Jinping (à gauche) dans les jardins de Zhongnanhai à Pékin, le 15 mai 2026. ©Evan Vucci / Pool / AFP

Le président américain Donald Trump s'est rendu à Pékin jeudi pour sa première visite d'État en Chine depuis son premier mandat, neuf ans après la dernière visite d'un président américain sur le sol chinois. À l'issue des deux journées de discussions portant notamment sur la guerre contre l'Iran, Taïwan et le commerce, Trump a déclaré avoir réglé «bon nombre de problèmes que d'autres n'auraient pas pu résoudre». Mais au-delà des annonces commerciales, ce sommet soulève des questions de fond sur l'avenir du Moyen-Orient, pris en étau entre les rivalités des deux grandes puissances.

L'Iran, sujet central mais résultats limités

L'Iran a effectivement fermé le détroit d'Ormuz à la quasi-totalité du trafic maritime en représailles aux frappes américano-israéliennes déclenchées le 28 février, provoquant une perturbation sans précédent des approvisionnements énergétiques mondiaux. Washington a ensuite suspendu ses attaques tout en imposant un blocus des ports iraniens, mais les négociations sont dans l'impasse, Téhéran refusant d'abandonner son programme nucléaire ou ses stocks d'uranium enrichi.

Sur ce dossier, les deux dirigeants ont affiché un accord de principe. La Maison-Blanche a indiqué que Xi a convenu avec Trump que l'Iran ne peut pas disposer d'une arme nucléaire, et que les deux parties se sont accordées sur la nécessité de maintenir le détroit ouvert. Xi a également exprimé son opposition à la militarisation du détroit et à tout projet de péage sur son usage. Trump a par ailleurs affirmé que Xi lui avait promis de ne pas livrer d'équipements militaires à l'Iran, qualifiant cette déclaration de «grande annonce».

Mais ces engagements méritent d'être nuancés. L'assurance de Xi s'est arrêtée bien en deçà des questions plus larges concernant le soutien chinois à l'Iran, notamment le partage de renseignements, les exportations de composants électroniques ou les revenus considérables que Téhéran tire de ses ventes de pétrole aux acheteurs chinois. 

De fait, Xi a clairement indiqué que la Chine entendait continuer à acheter du pétrole iranien. Le Washington Institute souligne par ailleurs que Pékin a soutenu Téhéran tout au long du conflit en continuant d'acheter son pétrole et en lui fournissant diverses formes d'assistance clandestine, notamment des données de renseignement géospatial ayant permis aux forces iraniennes d'améliorer leur ciblage contre les intérêts américains et alliés.

Une asymétrie de position défavorable à Washington

La guerre au Moyen-Orient s'est révélée politiquement et économiquement coûteuse pour l'administration Trump, lui laissant moins de marge de manœuvre dans les négociations avec Pékin. Le think tank américain Council on Foreign Relations observe ainsi que la guerre contre l'Iran a fondamentalement affaibli la main de Trump : chaque jour que le détroit reste fermé renforce la position à long terme de la Chine, dont les exportations d'équipements énergétiques et électriques connaissent une forte progression à l'échelle mondiale.

La Chine, en revanche, aborde ces discussions depuis une position de relative sérénité. Ses importantes réserves pétrolières stratégiques, son parc de centrales à charbon et son avance dans les énergies renouvelables l'ont protégée du choc énergétique initial. Pour tenter de rééquilibrer la relation commerciale, Trump a annoncé la création d'un «Conseil du commerce» réunissant des responsables des deux pays pour superviser l'application des engagements chinois d'achat, une réponse directe aux manquements de Pékin aux engagements pris lors de l'accord de phase 1 de 2020. 

Quant à la dynamique de fond, la relation entre Téhéran et Pékin est conjoncturelle, opportuniste, asymétrique, et fondée sur des transactions plutôt que sur des valeurs ou une idéologie commune. Pékin n'entend donc pas sacrifier ce partenariat stratégique pour offrir à Trump une victoire diplomatique.

Les États du Golfe face à une nouvelle donne

Les monarchies du Golfe suivent ce sommet avec une attention particulière. Des pays comme l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis entretiennent des relations économiques profondes avec la Chine tout en continuant de dépendre largement des États-Unis pour leur sécurité. Ces dirigeants cherchent à évaluer si la rivalité sino-américaine restera gérable ou si des pressions croissantes les forceront à choisir leur camp, selon le média israélien Times of Israel.

Par ailleurs, la guerre a mis en lumière des vulnérabilités dans les relations entre les États-Unis et les pays du Golfe : les dirigeants de la région n'ont pas été consultés avant le déclenchement du conflit, et l'Iran a tiré des milliers de missiles et de drones contre eux depuis mars, renforçant leurs craintes d'avoir à en supporter les principales conséquences économiques et sécuritaires.

Vers une recomposition géopolitique durable

Au-delà des annonces de ce sommet, certains analystes voient dans cette séquence le signe d'une reconfiguration plus profonde. Selon le Soufan Center, une fois le conflit apaisé, Téhéran conservera le contrôle effectif du détroit d'Ormuz, déterminant souverainement quels pays bénéficieront du libre passage. En tant que partenaire stratégique de l'Iran, la Chine en sera un des bénéficiaires directs. L'incapacité américaine à imposer ses conditions à Téhéran pourrait, selon la même analyse, pousser certaines puissances moyennes à reconsidérer leurs relations avec Washington.

Comme le souligne le Times of Israel, le Moyen-Orient n'est plus périphérique aux relations sino-américaines. La sécurité énergétique, les routes commerciales maritimes, l'application des sanctions, la concurrence technologique et l'intégration régionale lient désormais l'avenir du Moyen-Orient à la trajectoire de la rivalité entre grandes puissances. Le think tank britannique Chatham House met en garde contre la tentation de Trump de sacrifier des intérêts stratégiques de long terme contre des gains électoraux à court terme, à l'approche des élections de mi-mandat de novembre.

Ce sommet n'aura pas produit de percée spectaculaire sur ce théâtre. Il aura néanmoins confirmé que la crise iranienne est désormais inséparable du grand jeu sino-américain.

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