Hezbollah: 3000 morts au nom de l’Iran
©Ici Beyrouth

Il y a quelque chose d'obscène dans ce qu’on voit depuis des semaines. À Téhéran, la vie a repris tranquillement. L'Iran négocie, taxe les navires dans le détroit d'Ormuz, menace de couper les câbles Internet sous-marins. Teheran pose ses conditions aux Américains, avec la sérénité de ceux qui savent que ce sont d’autres qui meurent. 

Parce que, pendant que le front iranien est éteint, au Liban la guerre continue. Plus de trois mille morts. Le chiffre est officiel, donc probablement en dessous de la réalité. Des centaines de milliers de déplacés qui ne rentrent toujours pas chez eux, parce que leurs villages n'existent plus, ou parce qu'on ne leur dit pas qu'ils peuvent revenir. 

Le Hezbollah, lui, continue la guerre, seul. De manière totalement irrationnelle. Il refuse de désarmer. Il dit non à tout accord. Il pose des conditions qui ne sont pas les siennes, parce qu'il ne parle pas en son nom. Chaque missile tiré depuis le sud du Liban est décidé à Téhéran et chaque refus de négocier est une consigne venue d'ailleurs. Les morts libanais sont une monnaie d'échange dans un jeu régional dont le Liban n'est que le terrain.

C'est ça, la vérité qu'on n'ose pas dire assez fort. Le Hezbollah consume le Liban au service de l'Iran. Et l'Iran, lui, se porte très bien. Pas de bombes sur Téhéran. Pas de déplacés sur les routes de la République islamique et aucun village rasé au nom d’une hypothétique « résistance ». L'Iran joue sa partie géopolitique avec le sang libanais comme mise de départ, et quand le pot devient trop lourd, c'est le Liban qui paie l'addition.

Ce cynisme-là n'a pas de nom poli. C'est de la prédation. L'Iran utilise une communauté libanaise comme chair à canon, comme levier de pression, et le Hezbollah, armé, financé, idéologiquement formaté depuis 1982, s'y prête avec une docilité et une absence d’empathie pour ceux qui souffrent qui devraient faire honte.

Pendant ce temps, l’État libanais, handicapé, étranglé par la guerre que mène sur son territoire une milice incontrôlable, tente, lui, de faire son travail. À Washington, dans le cadre des négociations directes avec Israël sous parrainage américain, Beyrouth cherche trois choses simples : la fin des combats, le retour des déplacés, une enveloppe pour la reconstruction.

Trois objectifs que n’importe quel gouvernement souverain mettrait en tête de ses priorités. Mais il y a un seul obstacle à tout cela. Le Hezbollah.

Ce qui est peut-être le plus troublant, c'est que les chiites eux-mêmes, ceux qui paient le prix le plus lourd, semblent de plus en plus conscients que cette guerre n'est pas la leur. On le dit en privé, on le murmure dans les villages du Sud dévasté.

Et pourtant, la révolte n'a pas lieu. On attend, désespérément, qu'une voix représentative se lève au sein même de cette communauté pour dire stop! pour dire que la fidélité à une milice, devenue, rappelons-le illégale par décision du gouvernement libanais, n'oblige pas au suicide collectif. Cette voix tarde. Et chaque jour qu'elle tarde, des gens meurent.

Honte à qui ? Aux dirigeants de la milice qui savent pertinemment que leurs combattants meurent pour des intérêts qui ne sont pas libanais. A certains responsables religieux qui habillent cette vassalité en théologie. Et à tous ceux qui continuent à parler du Hezbollah comme d'une force de résistance, alors que tout ce à quoi il résiste, c'est à la paix.

Trois mille morts. Des routes d'exil. Des maisons qui s'effondrent et Téhéran qui discute…des câbles Internet!

Voilà où mène l’obéissance aveugle à la « wilayat al-faqih ». quand on est libanais, on meurt à la place des autres.

Gebran Khalil Gebran disait: « Pitié pour la nation qui porte un vêtement qu’elle ne tisse pas, mange un pain qu’elle ne récolte pas et obéit à des chefs qu’elle n’a pas choisis. »

Il est temps que le Liban rejette, le pain, les habits et les chefs que l’Iran lui impose.

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