Cet été, les voyageurs devront composer avec deux réalités : des billets d’avion nettement plus chers et une offre de vols plus limitée. Sous l’effet des tensions géopolitiques entre l’Iran et les États-Unis et de l’envolée des prix du kérosène, le transport aérien mondial est entré dans une logique de gestion de crise. Pour préserver leurs marges, les compagnies aériennes multiplient les mesures d’urgence : hausse des tarifs, réduction des capacités, fusion ou suppression de vols, suspension de certaines lignes et révision à la baisse des perspectives financières.
À Beyrouth, une reprise encore fragile
« Près de 90 % des compagnies aériennes qui desservaient l’aéroport international de Beyrouth-Rafic Hariri (AIB) avant le déclenchement de la guerre par le Hezbollah, le 28 février dernier, ont repris leurs opérations au départ et à destination de Beyrouth », indique une source du secteur du voyage au Liban.
Mais derrière ce retour progressif, la reprise reste fragile. Le nombre de vols demeure bien inférieur aux niveaux habituels et les prix des billets ont augmenté d’environ 20 %, les transporteurs ayant réduit leurs capacités afin de limiter leurs coûts d’exploitation. Dans ce contexte, le « jet fuel » continue de peser lourd, représentant près de 36 % des coûts opérationnels d’un vol.
La même source souligne également la multiplication des annulations de dernière minute et des reprogrammations de vols, un phénomène désormais mondial. En cause : des appareils insuffisamment remplis, devenus non rentables pour les compagnies aériennes. Un vol dont le taux de remplissage descend sous les 60 % est généralement annulé.
Dans ces conditions, aucun vol supplémentaire n’est prévu à l’AIB pour la fête de l’Adha. Selon des sources aéroportuaires, le trafic enregistré le mois dernier n’a atteint que 55 % du niveau observé en avril 2025.
Une industrie encore loin d’un effondrement généralisé
Selon un professionnel du transport aérien, le secteur évolue davantage dans une logique de « pression permanente » que dans un scénario d’« effondrement généralisé ». Mais l’ampleur du choc dépendra avant tout de la durée des tensions géopolitiques. Plus la crise s’installe, plus la pression sur les approvisionnements énergétiques et les coûts opérationnels risque de s’intensifier.
Pour l’heure, les compagnies aériennes parviennent encore à absorber une partie du choc grâce à une gestion plus agile de leurs capacités et à des circuits d’approvisionnement alternatifs. Les raffineries européennes continuent notamment de soutenir une large part de la demande à partir de leurs réserves, tandis que des marchés comme le Nigéria et les États-Unis contribuent à stabiliser les flux d’approvisionnement.
Vague mondiale de surtaxes et de plans d’urgence
Partout dans le monde, les transporteurs serrent la vis. En Chine, en Inde, au Pakistan ou encore à Hong Kong, plusieurs compagnies ont relevé leurs surtaxes sur le carburant et augmenté leurs tarifs sur les vols domestiques et internationaux. Certaines, comme SunExpress, ont même instauré des surtaxes temporaires sur les liaisons entre l’Europe et la Turquie.
Sous pression financière, Korean Air a activé un plan d’urgence, tandis que T'way Air envisage des congés sans solde. De son côté, Alaska Airlines a levé 500 millions de dollars de dette pour renforcer sa trésorerie. Le cas le plus spectaculaire reste celui de Spirit Airlines, contrainte de suspendre brutalement ses opérations.
Le groupe Air France-KLM anticipe, lui, une facture énergétique alourdie de 2,4 milliards de dollars et revoit à la baisse ses perspectives de croissance, tandis que KLM a déjà supprimé 160 vols européens.
Même les stratégies de couverture financière (hedging) et les plans d’économies ne suffisent plus à absorber le choc pétrolier. Plusieurs groupes, dont ANA, Wizz Air ou TAP Air Portugal, reconnaissent que les hausses tarifaires et les ajustements internes ne compensent qu’une partie des pertes liées à l’envolée du carburant.




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