Le Liban est une république à qui il est interdit le plein exercice de sa souveraineté. Elle est constamment obligée de négocier ses prérogatives constitutionnelles avec des acteurs de domination interne qui se réclament d’une politique de puissance régionale. Au détour de cette négociation, l’État est sommé de concéder des parts de souveraineté afin de protéger son intégrité morale et juridique, et de se prémunir contre des troubles civils qui se profilent à l’horizon. Ce scénario s’érige en paradigme à partir duquel s’expliquent les dynamiques conflictuelles récurrentes d’une histoire politique tumultueuse.
Les négociations entre le Liban et Israël, suggérées et arbitrées par la présidence américaine, sont contrées par la politique de domination chiite qui s’inscrit dans le prolongement de la stratégie impériale du régime iranien. Le principe même de la négociation est rejeté sur la base d’un diktat idéologique et de considérations stratégiques de la dictature islamique. Le positionnement fait fi des stipulations nationales et constitutionnelles libanaises et les outrepasse sans ambages. Le Liban s’engage dans ces négociations à son corps défendant alors que des enjeux stratégiques, humanitaires et géopolitiques de grande envergure sont en ligne de compte.
Dynamiques de subversion
Ces enjeux se font déclasser au profit des intérêts stratégiques iraniens et nous rappellent les ordres de grandeur de la géopolitique en terre d’Islam. La consistance de l’État territorial et du principe de nationalité est remise en cause au bénéfice de dynamiques de subversion qui interrogent le principe de l’ordre international westphalien et ses encadrements institutionnels. Ceci étant dit, le pouvoir libanais est mis en demeure et interpellé en vue de trouver des solutions concrètes à un état de guerre qui va tendanciellement mener à l’implosion du Liban et à sa transformation en terre brûlée. Le nihilisme qui caractérise la politique du Hezbollah est suffisamment parlant pour nous faire réaliser que nous sommes face à une conduite peu soucieuse des encadrements normatifs et institutionnels des conflits interétatiques propres aux États de droit.
Le pouvoir exécutif tente de se départir des règles du jeu en cours, du narratif qui les inspire et de déjouer les contraintes de la politique nihiliste et de ses instrumentations. Les contradictions sont telles que l'on peine à voir comment on va pouvoir dégager une ligne de conduite consensuelle en l’absence d’une vision politique commune, alors que la perception des enjeux en lice sépare plus que jamais. La question des négociations remet en cause la légitimité nationale de l’État libanais, les enjeux de souveraineté, la question de l’intégrité territoriale et ses déclinaisons contrastées, le caractère discrétionnaire des rapports avec les États de la région, les interdits idéologiques à l’endroit de la paix avec l’État d’Israël alors que les guerres de choix déclarées par le Hezbollah et ses antécédents tout au long d’un parcours de soixante-dix ans ont fini par détruire la possibilité même de l'État libanais.
Enjeu de politique interne
La question des négociations et de la paix n'est pas un enjeu de politique extérieure. Elle est en premier un enjeu de politique interne dans la mesure où elle met en relief les conditions rédhibitoires de l’existence nationale libanaise et la possibilité même d’un État souverain. Le coup d’État orchestré depuis l’avènement de Taef, ainsi que la fin hypothétique de la guerre civile et ses multiples versions, nous confrontent aux réalités d’une fiction étatique. Celle-ci a servi de couverture et de levier à des politiques de subversion alternées qui ont entamé l’existence nationale et la raison d’être de l’État. L’offre de paix de la présidence américaine, au même titre que les arbitrages et les programmes d’assistance militaire offerts à l'État libanais, bute sur des verrouillages politiques, institutionnels et de concorde civile.
Cette démarche de paix met le Liban face à ses réalités existentielles et à la possibilité de trouver des solutions négociées à des questions qui s’inscrivent au croisement de l’intérieur et de l’extérieur, alors que les choix politiques de base et les clivages à géométrie variable séparent plus que jamais. Le nihilisme du Hezbollah est à la source d’une dynamique conflictuelle qui tire délibérément dans la direction d’une politique de la terre brûlée, de la guerre civile et du chaos institutionnalisé. L’offre de l’administration américaine est à même de sanctuariser l’option de la paix négociée et d’assurer les conditions d’un affrontement inévitable avec la politique de subversion de l'islamisme chiite.
Les théâtres opérationnels s’étendent de l’Iran jusqu’au Proche-Orient, le défi est impératif, et à chacun de choisir son camp. Autrement, la contre-offensive américano-israélienne change la donne. Le Liban est sommé de choisir son camp et les dynamiques politiques de l’intérieur libanais ne peuvent plus se débattre dans des controverses sans fin. On n’est plus dans la recherche de l’accommodement, on est devant des choix stratégiques et d’une vision alternative de l’ordre régional, politique et institutionnel.




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