Iran-Liban: L'impasse
©Ici Beyrouth

Trois mois jour pour jour. Trois mois que les premières frappes israélo-américaines ont ouvert ce conflit. Vingt mille frappes plus tard, on en est exactement au même point. Pas d'horizon. Pas même l'esquisse d'un lendemain.

Depuis que les négociations ont repris entre Washington et Téhéran, par intermédiaires pakistanais interposés, l'Iran n'a qu'une stratégie: enliser et noyer dans les détails techniques un dossier que la Maison-Blanche voudrait boucler au plus vite. Le chaos est favorable au régime de Téhéran. 

Une opinion publique muselée par la terreur, des Gardiens de la révolution qui ne rendent de comptes à personne, et un régime qui a survécu à quatre décennies de sanctions, de complots et de guerres par procuration, les mollahs n'ont pas d'horloge. Donald Trump, lui, en a trois. Le Mondial de football débute le 11 juin. Le 4 juillet, l'Amérique fête ses 250 ans. Et en novembre, les midterms.

Trois rendez-vous et trois raisons pour Donald Trump de vouloir un accord, ou une victoire, avant que le temps le rattrape. Le président américain se rêve en faiseur de paix. Parmi ses promesses électorales il avait, sincèrement,  affirmé vouloir mettre fin aux guerres interminables. il ne peut pas arriver aux élections de mi-mandat les mains vides. Les Iraniens ont compté. Ils attendent.

Car Téhéran a compris depuis longtemps que le temps est une arme. L'Iran avance une exigence, recule sur une autre, pose une condition nouvelle dès qu'un accord semble proche. Ce n'est pas seulement de la mauvaise foi au sens diplomatique du terme. C'est une doctrine. Celle d'un régime qui prospère dans l'instabilité, qui exporte le désordre et qui sait que son maintien repose sur une ambiguïté maléfique. Assez menaçant pour être pris au sérieux, jamais assez acculé pour être contraint de choisir.

Et pendant que les diplomates tournent en rond, le Hezbollah continue. Au Liban-Sud, au nord du Litani, dans la plaine de la Bekaa, la milice pro-iranienne, bien que défaite, garde une capacité de nuisance. 

Conscient que la parenthèse peut se refermer à n'importe quel instant, qu'un accord américano-iranien pourrait geler, sans la régler, la situation du jour au lendemain, Israël intensifie ses opérations. La logique est claire : frapper maintenant ce qu'il ne sera peut-être plus possible de cibler demain.

Le Hezbollah assume pratiquement au grand jour qu’il n’est qu’un bras armé de Téhéran. Une milice illégale qui exécute des ordres iraniens, qui finance ses opérations via les
réseaux de blanchiment et de trafic disséminés sur trois continents, et qui n'a cure des centaines de milliers de Libanais ballottés sur les routes de l'exode. Ces familles qui fuient, ces villages rasés…le Hezbollah les regarde partir sans sourciller. La population du Liban paie le prix d'un guerre imposée par une milice qui prétend la protéger tout en la condamnant à servir de bouclier humain à monsieur Khamenei fils, si tant est qu’il soit vivant.

Et c’est dans ce contexte que ce vendredi, à Washington, des militaires israéliens et libanais se retrouvent autour d'une table sous parrainage américain. Six officiers de l'armée libanaise portent sur leurs épaules la lourde tâche de négocier un retrait israélien et le déploiement des Forces armées libanaises au Sud. Une armée qui n'a jamais eu les moyens de s'imposer face à l'État dans l'État qu'a bâti le Hezbollah. L'exercice est périlleux. Pas seulement parce que les discussions sont complexes, mais parce que leur aboutissement dépend d'une condition. Le désarmement du Hezbollah. Or le Hezbollah s'y refuse. Et il continuera de s'y refuser tant que Téhéran lui ordonnera de tenir. Cette semaine le secrétaire général de la milice a même menacé de faire tomber le gouvernement qui a déclaré ses armes illégales. Il n’y a aucune limite à la provocation. 

Alors le syndrome Gaza commence à planer sur le Liban. Gaza où le Hamas, autre créature iranienne, n'a toujours pas rendu les armes malgré les accords successifs et où les
combats ont repris. 

Le schéma et la mécanique sont identiques. Les acteurs différents. Une milice téléguidée par l'Iran, une population prise en otage, et une communauté internationale qui s'agite sans prise réelle sur le terrain.

Dans les faits, il n'existe pas de solution durable tant que le régime des mollahs est en place. Pas d'accord qui tienne, pas de désarmement du Hezbollah, ni de paix au Liban, encore moins de stabilité dans la région. Toutes les négociations en cours, ne sont que de la gestion du symptôme. La maladie, elle, est à Téhéran. Et ce régime, une grande partie du peuple iranien le hait. Ce n'est pas une hypothèse, c’est une certitude muselée par la peur et la mort. Les iraniens ont déjà tenté trois révoltes. Noyées dans le sang. Aujourd’hui, ils se demandent qui viendra les libérer de leurs tortionnaires.

La perspective s’éloigne. Les grandes puissances sont focalisées sur le nucléaire et de détroit d’Ormuz. La liberté n’est pas pour tout de suite. Si le régime criminel tient encore, ce n'est pas par adhésion populaire. C'est par la terreur. Un million de Gardiens de la révolution et de bassidji déployés comme un filet sur la société iranienne, pour surveiller et exécuter. Khamenei ne gouverne pas. Il occupe. Et ses proxies au Liban, en Irak ou au Yémen ne sont que les prolongements armés d'un régime qui a besoin de l’instabilité à l’extérieur pour servir sa survie à l’intérieur.

La seule issue, la seule qui ait jamais existé est le renversement de ce régime. Le jour où la peur changera de camp, ce jour-là, le Hezbollah perdra son donneur d'ordres, ses financements, sa raison d'être. Ce jour-là, la région respirera différemment. En attendant, on négocie. Et eux, ils attendent.

L'impasse n'est pas un accident, c’est une méthode. Et tant qu'elle sera rentable pour le régime iranien, elle se poursuivra. 

Napoléon Bonaparte disait: 
«On ne gouverne pas les hommes avec des baïonnettes, mais on les maintient avec».
Attendons le jour où les baïonnettes se briseront sur l’espoir des iraniens.

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