Les négociations en cours s’avèrent aporétiques et se prêtent mal à des amendements de parcours. Les islamistes iraniens sont dans la manœuvre, le gain de temps, et la politique revancharde reportée. Leur hubris n’est pas une nouveauté, elle fait partie des structures mentales de l’islamisme et des stratégies d’embrigadement d’un régime totalitaire et d’une politique impériale belliciste engagée depuis des décennies dans des entreprises de subversion. C’est un régime totalitaire et agonistique par définition et aux visées impériales hautement affichées.
Nous ne sommes pas dans l’accidentel, nous sommes dans une dynamique de subversion prise de court par des contre-dynamiques, alors qu’elle s’estimait dans une démarche ascensionnelle que rien ne pouvait arrêter. Il ne s’agit pas uniquement d’une illusion d’optique propre à ce genre de régime, il s’agit surtout de choix politiques et stratégiques d’un totalitarisme de conquête, pareil au communisme et au nazisme des années trente en Europe. Ce n’est qu’à partir de ces considérations analytiques que l'on peut définir les coordonnées de cette nouvelle mouvance stratégique. Les négociations en cours ne peuvent aucunement procéder sur une base transactionnelle qui ignore délibérément le cadrage idéologique et stratégique à partir duquel cette politique impériale avance.
Les failles stratégiques des négociations en cours tiennent aux oblitérations idéologiques d’une diplomatie transactionnelle qui estime venir à bout d’une dynamique conflictuelle sur la base de concessions mutuelles, alors qu’elle bute sur des interdits idéologiques et des stratégies identitaires non négociables. Quelles que soient les manœuvres en question, elles finiront par céder à des blocages systémiques et idéologiques non discutables. Il est inconcevable d’aborder la question du détroit d’Ormuz ainsi que celle des régimes de militarisation des conflits, avec l'armement du nucléaire et la production de missiles balistiques et tactiques, sans mentionner les sanctions financières et économiques, les stratégies de déstabilisation, et les alliances stratégiques. Ce si l’on adopte une grille analytique séquencée qui dissimule la trame idéologique et stratégique d’un régime islamiste de conquête. Ce n’est pas un hasard que le régime islamiste ait défini sa politique de déstabilisation régionale sur la base d’une «plateforme opérationnelle intégrée» où le stratégique et l’idéologique se rejoignent.
Les déclarations répétées des diverses instances du conglomérat idéologique n’ont cessé de marteler l’intangibilité des prémisses idéologiques. Le cours des négociations n’a cessé de valider le caractère heuristique de cette hypothèse de travail. Toute autre approche ne ferait que surfer sur les enjeux réels du conflit et ses incidences sur les politiques réelles. En reprenant les sujets successifs des négociations en cours, on s'aperçoit de la véracité des objections susmentionnées. Le régime iranien, en réaffirmant son contrôle sur le détroit d’Ormuz, se met d’ores et déjà en dehors des stipulations du droit des mers, du droit international et de toute diplomatie. Le diktat idéologique s’étend au-delà du champ étatique propre à celui de la scène internationale et de ses règles de droit.
La militarisation des conflits, loin d’être induite par des contraintes exclusives de sécurité nationale comme d’aucuns le supputent, découle de considérations idéologiques étayées par les prescriptions coraniques et la jurisprudence islamique. Il s’agit, en fait, de la survie du régime et de sa sanctuarisation bien au-delà des frontières de l’État dans les confins d'une configuration géopolitique mutante et évoluant au gré de l’expansionnisme en acte. L’autorité du Guide suprême (Vilayet Faqih) et sa mainmise sur la jurisprudence religieuse dans l’ensemble du monde chiite servent de levier puissant à la politique de puissance du régime iranien. On ne voit pas comment on peut déjouer les stratégies de subversion du régime iranien alors que ses relais sont installés dans les mailles du pouvoir communautaire et religieux.
Les régimes de sanction économique et financière sont cruciaux en vue d’intercepter, de contenir et de détruire les réseaux de financement qui irriguent une stratégie de déstabilisation régionale. Celle-ci opère au croisement des politiques impériales et des antennes de criminalité organisée pilotées par les diasporas chiites implantées à travers le monde. La variable étatique et ses connotations institutionnelles n’ont pas de pertinence exclusive si l’on veut comprendre la trame de cette politique de subversion. Autrement, les éventuels arrangements financiers finiraient par être recyclés dans de nouvelles entreprises d’endoctrinement et de déstabilisation. Les régimes d’encadrement totalitaire laissent peu de doute sur les moyens et la destination des politiques projetées.
Le régime islamique iranien s’est positionné au départ dans une perspective altermondialiste afin d’échapper aux règles de la communauté internationale et à ses prédicats inspirés par les États de droit et le droit naturel. Il s’est aligné sur les lignes de clivage léguées par le totalitarisme contemporain et ses variants néocommunistes. On est d’office dans un canevas de guerre froide scandé par des conflits à intensité variable qui peuvent dégénérer à tout moment et démarrer des conflits de grande envergure. Avec un régime comme celui de l’Iran islamiste, l’hypothèse de la guerre totale fait partie de la définition même des conflits dans ce genre de configuration.
Une analyse méticuleuse de la trame guerrière en cours ne peut pas faire l’impasse sur les dynamiques souterraines de ces conflits, et toute démarche diplomatique qui avancerait au ras de la diplomatie classique, de ses variables et de ses acteurs, fera long feu. Le fait de se contenter des arrangements de surface en termes de navigation maritime, seuil d’enrichissement des énergies nucléaires, concessions financières et positionnements stratégiques, nous renvoie à des impasses, à des bluffs stratégiques et à des dynamiques conflictuelles différées et à leurs impondérables. Les acteurs sont appelés à la réserve et à la précaution méthodologique si l’on veut des règlements de conflits réels. On ne voit pas comment mettre fin à une dynamique de guerre impulsée par une stratégie de subversion aux articulations idéologiques et stratégiques. Cela nécessiterait de changer de manière irréversible des rapports de force et de détruire les plateformes opérationnelles d’un impérialisme de conquête.




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