En Irak, deux groupes cèdent à la pression américaine pour remettre leurs armes
Des membres de Saraya al-Salam se rassemblent lors d'une cérémonie dans la ville de Samarra le 4 juin 2026, marquant leur séparation du mouvement sadriste et leur intégration dans les forces de sécurité irakiennes. ©AHMAD AL-RUBAYE/AFP

Deux groupes irakiens ont annoncé cette semaine l'intégration de leurs brigades armées dans les institutions de l'État, sur fond de pressions américaines sur Bagdad pour désarmer les groupes soutenus par Téhéran.

L'envoyé spécial américain pour la Syrie et l'Irak, Tom Barrack, a salué une étape qui «contribuera à établir l'ordre» dans ce pays miné par des décennies de violences.

Après l'offensive israélo-américaine contre l'Iran fin février, de nombreuses frappes ont été menées contre des installations américaines en Irak, imputées à des groupes armés pro-iraniens, certains revendiquant des attaques.

Le Cadre de coordination, alliance chiite majoritaire au Parlement dont plusieurs composantes disposent de branches armées liées à l'Iran, a dit être en faveur du «monopole des armes» par l'État.

Mais si le Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires créée initialement en 2014 pour combattre le groupe jihadiste État islamique (EI), a été officiellement intégrée à l'armée, certaines de ses factions pro-iraniennes agissent toujours de manière autonome.

Qui désarme et qui refuse?

Parmi les principaux groupes ayant annoncé leur intégration à l'institution militaire figurent la branche armée de Assaïb Ahl al-Haq et les brigades de l'imam Ali.

Dirigé par Qaïs al-Khazali, visé par des sanctions américaines, Assaïb Ahl al-Haq dispose d'un important bloc parlementaire de 27 sièges. Recentrée sur la politique, cette formation s'est éloignée de l'Iran et n'a notamment pas pris part à la dernière guerre.

Les brigades du Hezbollah, le mouvement al-Noujaba et les brigades Sayyed al-Chouhada, parmi les groupes les plus proches de Téhéran, restent eux opposés au désarmement.

Les brigades du Hezbollah font partie des groupes à avoir revendiqué des attaques contre les intérêts américains en Irak. Le mouvement al-Noujaba a évoqué la «poursuite» de la production d'armes.

En dehors des groupes pro-iraniens, l'influent chef chiite Moqtada Sadr a également annoncé l'intégration complète de son groupe armé à l'État.

Le monopole d'État, quelles modalités?

Assaïb Ahl al-Haq et les Brigades de l'imam Ali ont annoncé la création de comités chargés de transférer leurs hommes et équipements sous l'autorité du Premier ministre Ali al-Zaidi.

Pour le chercheur spécialisé sur l'Irak, Tamer Badawi, cette initiative devra être supervisée par le gouvernement et des acteurs indépendants, faute de quoi elle rencontrera des «problèmes structurels».

Les factions attachées à leurs armes refusent d'en discuter tant que des forces étrangères demeurent dans le nord de l'Irak.

Ces dernières sont présentes dans le cadre de la coalition internationale dirigée par Washington pour combattre les jihadistes, et leur mission doit s'achever en septembre.

Quelle réaction de l'Iran ?

L'Irak a longtemps été un terrain d'affrontement par procuration entre les États-Unis et l'Iran, les gouvernements successifs cherchant à composer avec ces deux partenaires, eux-mêmes ennemis.

Lorsque les intérêts américains ont été visés en Irak après le début de la guerre, l'armée américaine a riposté aux attaques, faisant des dizaines de morts parmi les combattants pro-iraniens.

Selon un dirigeant d'Assaïb Ahl al-Haq, Washington veut désormais récupérer «les drones et missiles balistiques» capables d'atteindre Israël.

M. Zaidi a tenté de rassurer Washington afin de sécuriser des investissements américains, a indiqué à l'AFP une source au sein du Cadre de coordination.

Mais selon Tamer Badawi, «l'Iran ne permettra pas le désarmement forcé de ses alliés locaux» en Irak. Téhéran cherche à ce que ses alliés «gagnent le plus de temps possible», dit-il.

Christy-Belle Geha / AFP

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