L'Iran tire des missiles sur Israël pour la première fois depuis la trêve au Moyen-Orient
Une traînée de missile est visible dans le ciel au-dessus de la ville côtière israélienne de Netanya, le 7 juin 2026. ©JACK GUEZ / AFP

Des sirènes d’alerte aérienne ont retenti dimanche en Israël alors que l’armée tentait d’intercepter plusieurs salves de missiles iraniens, une première depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu d’avril dans la guerre au Moyen-Orient.

Les puissants Gardiens de la révolution iraniens ont qualifié cette attaque «d’avertissement» après des frappes israéliennes menées plus tôt dans la journée contre la banlieue sud de Beyrouth, menaçant d’élargir leurs représailles en cas de nouvelles agressions.

Le cessez-le-feu conclu le 8 avril avait mis fin aux principales hostilités entre l’Iran, Israël et les États-Unis, mais les efforts visant à transformer cette trêve en règlement durable ont à plusieurs reprises échoué. Les tirs de dimanche risquent ainsi d’assombrir davantage les perspectives d’une paix durable, alors que la guerre au Moyen-Orient atteint son 100e jour.

Téhéran a insisté sur le fait que tout accord destiné à mettre fin durablement au conflit devait également arrêter la guerre parallèle au Liban, où Israël poursuit sa campagne contre le Hezbollah soutenu par l’Iran. Les autorités iraniennes avaient averti que toute nouvelle attaque contre Beyrouth entraînerait une «reprise totale» des hostilités.

Dimanche, le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annoncé que l’armée avait «frappé un centre de commandement militant dans le quartier de la Dahiyé à Beyrouth, en réponse aux tirs du Hezbollah vers le territoire israélien».

Selon le ministère libanais de la Santé, la frappe a fait deux morts et 20 blessés.

Israël avait averti qu’il frapperait la zone en cas d’attaque du Hezbollah contre le nord d’Israël. Le mouvement a ensuite confirmé avoir lancé des missiles et des drones contre deux casernes israéliennes dimanche matin.

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien et principal négociateur de Téhéran dans les discussions avec Washington, a accusé les États-Unis d’avoir donné un «feu vert» à l’attaque contre Beyrouth, affirmant que les intérêts américains et israéliens étaient désormais des «cibles légitimes».

Quelques heures plus tard, l’armée israélienne a signalé au moins trois vagues de missiles entrants, précisant que ses systèmes de défense aérienne «identifiaient et interceptaient les menaces».

Le chef du commandement central de l’armée iranienne a estimé qu’Israël avait «franchi toutes les lignes rouges» avec la frappe sur Beyrouth, exigeant l’arrêt de sa campagne au Liban.

«L’opération de ce soir était un avertissement», ont déclaré les Gardiens de la révolution. «Si de telles agressions se répètent, les réponses seront plus larges et viseront l’ensemble des cibles américano-sionistes dans la région.»

Peu après l’attaque, l’Iran a annoncé la fermeture de son espace aérien dans l’ouest du pays, rapidement suivi par l’Irak voisin et la Syrie.

«Anesthésiés»

Cette forte escalade intervient alors que les Iraniens ressentent déjà les effets de plusieurs semaines d’incertitude.

Elaheh, coach sportive à Ahvaz, a confié à l’AFP : «Je suis complètement anesthésiée.»

«La vie quotidienne? C’est une blague. Tout est horrible. Nous essayons seulement de survivre», a ajouté cette femme de 32 ans, évoquant la hausse des prix.

Farhad, un chef cuisinier de 35 ans, a également déclaré que la vie devenait «de plus en plus difficile», soulignant que les difficultés économiques avaient commencé bien avant la guerre.

«Des choses que vous envisagiez encore d’acheter il y a quelques mois sont désormais devenues des rêves et des contes de fées», a-t-il déclaré à l’AFP.

Des signes d’efforts diplomatiques persistants ont toutefois émergé durant le week-end, avec la visite à Téhéran du ministre pakistanais de l’Intérieur Mohsin Naqvi.

À son arrivée samedi, M. Naqvi a déclaré qu’il remettrait une «lettre spéciale» du chef de l’armée pakistanaise au guide suprême iranien, ainsi qu’un message du Premier ministre pakistanais, selon la télévision d’État iranienne.

Le chef de l’armée pakistanaise, Syed Asim Munir, joue un rôle clé dans la médiation entre l’Iran et les États-Unis après une première série de négociations directes à Islamabad.

Samedi également, le commandant en chef de l’armée libanaise Rodolphe Haykal s’est rendu au Pakistan pour des discussions avec M. Munir. Une source au fait de cette visite a indiqué qu’elle était «liée à la médiation pakistanaise» entre Téhéran et Washington.

«Impasse»

Mohsen Rezaei, conseiller militaire du guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, avait déclaré à CNN que les négociations avec les États-Unis étaient «dans l’impasse» et que Donald Trump devait «sortir de cette impasse», réclamant la libération d’environ 24 milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés.

Donald Trump a toutefois affirmé dans la même interview qu’il ne débloquerait pas ces avoirs avant un accord initial avec Téhéran. «S’ils se comportent correctement, si cela se passe bien, alors nous commencerons à discuter», a-t-il déclaré.

Selon une source proche de la réflexion du secrétaire américain au Trésor Scott Bessent, Washington pourrait chercher à utiliser ces fonds pour couvrir les dégâts causés par les frappes iraniennes contre des alliés du Golfe.

Par ailleurs, le Commandement central américain (CENTCOM) a annoncé dans la nuit avoir détruit deux drones iraniens «qui menaçaient le trafic maritime international dans le détroit d’Ormuz».

Une précédente interception de drone et des frappes contre des sites radar iraniens avaient conduit Téhéran à tirer samedi une salve de missiles contre les alliés américains Bahreïn et le Koweït.

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