Le président syrien Ahmed al-Chareh a affirmé que la Syrie ne soutenait aucune option militaire au-delà de ses frontières et que son rôle consistait à promouvoir la stabilité à travers les canaux officiels, à renforcer les institutions de l’État libanais et à favoriser le dialogue entre les différentes forces politiques afin de préserver la souveraineté du Liban et d’éviter une nouvelle escalade.
Dans un entretien accordé dimanche à la chaîne Al-Mashhad, il a exclu dimanche toute intervention militaire dans le conflit opposant Israël au Hezbollah au Liban, après que le président américain Donald Trump eut de nouveau laissé entendre que Damas pourrait s'impliquer et exprimé sa frustration face à la lutte menée par Israël contre le groupe soutenu par l'Iran. Al-Chareh est revenu sur les déclarations du président américain, estimant que certains propos relayés par les médias avaient été interprétés de manière inexacte.
Selon lui, les discussions américaines portaient essentiellement sur la nécessité de mettre fin à la guerre au Liban et d’ouvrir des voies pacifiques de règlement, tout en évoquant la possibilité d’un rôle syrien positif dans le cadre des institutions de l’État libanais et non dans celui d’une intervention militaire directe.
Le Hezbollah, le dialogue et la stabilité du Liban
Évoquant la possibilité d’un dialogue avec le Hezbollah, Ahmed al-Chareh a affirmé que le dialogue restait la meilleure voie pour résoudre les crises, même avec des acteurs avec lesquels existent de profondes divergences. Selon lui, l’objectif demeure la préservation de la stabilité du Liban et la prévention d’une aggravation des conflits.
Il a reconnu que l’intervention du Hezbollah en Syrie avait été une décision erronée ayant laissé des blessures encore présentes dans la mémoire syrienne, tout en estimant que cela ne devait pas conduire à reproduire au Liban les expériences de guerre et de confrontation. Il a appelé à tourner la page des conflits pour se concentrer sur le développement et la reconstruction.
Le président syrien a également souligné que le Liban traversait actuellement une guerre de grande ampleur dont les conséquences incluent des destructions dans plusieurs régions et d’importants déplacements de population à l’intérieur du pays. Il a évoqué les répercussions directes sur la Syrie, tant sur le plan de la sécurité frontalière que des interactions sur le terrain, en raison notamment de la présence de forces liées au Hezbollah le long de la frontière syro-libanaise dans la région de la Békaa, ce qui contribue, selon lui, à compliquer davantage la situation.
Il a également rappelé que le dialogue demeurait l’option privilégiée pour faire face aux crises, y compris avec les différentes parties libanaises, estimant que toute fermeture politique conduisait inévitablement à une escalade et que l’alternative au dialogue restait la guerre, une perspective que ne souhaitent ni la Syrie ni le Liban.
Les relations syro-libanaises et les perspectives de coopération
Au sujet des relations syro-libanaises, Ahmed al-Chareh a affirmé que la Syrie considérait le Liban comme un partenaire naturel et que les relations entre les deux pays devaient se construire sur les points de convergence plutôt que sur les différends. Il a mis en avant les importantes possibilités de complémentarité économique dans les domaines du commerce, de l’énergie, des transports et des services.
Selon lui, l’histoire géographique et économique des deux pays impose une forme de complémentarité naturelle, Beyrouth constituant la façade maritime de Damas et Tripoli celle de Homs. Il a ainsi présenté la relance des relations économiques comme un choix stratégique servant les intérêts des deux peuples.
Ahmed al-Chareh a également déclaré que la Syrie était devenue aujourd’hui un point de connexion stratégique entre l’Est et l’Ouest. Sa position géographique sur la Méditerranée lui conférerait une importance croissante dans les chaînes d’approvisionnement et le commerce international, ce qui pourrait bénéficier au Liban en cas de renforcement de la coopération bilatérale.
Concernant la délimitation des frontières entre la Syrie et le Liban, il a expliqué que ce dossier demeurait lié aux complexités de la situation actuelle. Il a estimé que la priorité devait être donnée à l’apaisement et à la cessation des tensions avant d’aborder des questions techniques nécessitant des consensus plus larges.
Il a souligné que les relations devaient commencer par les points d’entente plutôt que par les sujets de discorde, estimant qu’aborder les différends dans un contexte de guerre risquait de compliquer davantage la situation, alors que les dossiers en suspens pourraient être traités ultérieurement dans un cadre de négociations sereines.
Une nouvelle approche syrienne pour résoudre la crise
Le président syrien a par ailleurs estimé que la crise au Liban avait atteint un niveau de complexité particulièrement élevé, en raison de la persistance du blocage politique et de l’aggravation des répercussions humanitaires et sécuritaires. Il a indiqué que la Syrie avait proposé une approche nouvelle pour traiter la situation, fondée sur la priorité donnée à l’arrêt de la guerre et des bombardements ainsi qu’à l’ouverture d’un processus global de règlement politique, économique et social.
Cette approche, a-t-il expliqué, a été présentée lors de contacts et de discussions avec les États-Unis ainsi qu’avec plusieurs acteurs internationaux. Elle repose sur la nécessité d’un arrêt immédiat des opérations militaires, sur le traitement des conséquences de la guerre pour le Liban et la Syrie, ainsi que sur la recherche de solutions dépassant les cadres traditionnels qui, selon lui, ne sont plus en mesure de produire des résultats concrets.
Il a estimé que la crise libanaise s’accompagnait d’une impasse politique et d’un manque de considération accordée à certaines initiatives internationales, entraînant progressivement la transformation du dossier libanais d’une question politique et économique en un dossier essentiellement sécuritaire, alors même que l’intérêt international pour les perspectives de développement du pays s’est affaibli.
Le président syrien a insisté sur le fait que la solution au Liban ne pouvait être ni militaire ni partielle, mais devait passer par un « paquet intégré » comprenant la fin de la guerre, le lancement de processus économiques, politiques et sociaux, ainsi que la réactivation de l’artère économique reliant la Syrie et le Liban afin d’atténuer la crise et de rétablir l’équilibre dans les relations entre les deux pays.
Il a également souligné que toute solution devait s’accompagner de garanties mutuelles assurant la stabilité de la Syrie et du Liban, tout en tenant compte des préoccupations sécuritaires des deux parties ainsi que de certaines inquiétudes régionales. Selon lui, les solutions partielles ont démontré leurs limites à plusieurs reprises.
Reconstruction, développement et coopération régionale
Dans le même contexte, Ahmed al-Chareh a indiqué que la Syrie poursuivait une stratégie claire fondée sur le développement économique, la reconstruction et la réforme des institutions publiques. Il a affirmé que le pays avait surmonté en peu de temps une période particulièrement difficile et entamait progressivement une phase de reconstruction économique et de réhabilitation des services publics, à travers un modèle de développement reposant sur la réforme institutionnelle, l’amélioration des services et le renforcement de la production.
Il a précisé que le modèle syrien de redressement en était encore à ses débuts mais évoluait selon des indicateurs positifs, grâce à des réformes touchant les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’énergie, du système bancaire, de l’agriculture et de l’industrie. Il a estimé que la prochaine étape serait celle du travail et de la construction plutôt que celle du conflit.
Dans ce cadre, il a indiqué que plusieurs projets économiques régionaux étaient en cours de développement avec la Jordanie, la Turquie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar, ajoutant qu’une partie de ces projets était déjà entrée dans sa phase de mise en œuvre.
Le président syrien a estimé que le passage d’une logique de solutions militaires à une logique de solutions économiques constituait désormais une option réaliste. Il a jugé que les conflits armés n’avaient apporté la stabilité à aucune partie, tandis que l’intégration économique pouvait ouvrir de nouvelles perspectives de développement et de stabilité.
Le Liban, Israël et la guerre entre l’Iran et les États-Unis
Évoquant l’éventualité de négociations entre le Liban et Israël, Ahmed al-Chareh a estimé que tout accord conclu en l’absence d’un environnement stable et d’engagements applicables resterait fragile. Il a insisté sur la nécessité de réunir les conditions réelles permettant toute démarche de paix ou d’apaisement dans la région.
Il a également appelé à tirer les leçons des expériences passées et à rechercher des solutions garantissant la stabilité de toutes les composantes de la société libanaise, y compris de la communauté chiite. Il a estimé que la protection de chaque composante libanaise servait les intérêts du Liban et de l’ensemble de la région, ajoutant qu’il existait encore une possibilité de mettre fin à la guerre et de renforcer le consensus politique et national.
Il a enfin assuré que la Syrie n’entretenait aucune intention hostile à l’égard du Liban et que son rôle consistait à soutenir la stabilité, la paix et le développement. Tout engagement syrien dans le cadre régional, a-t-il dit, serait conforme aux intérêts des peuples, en particulier des peuples syrien et libanais, avec pour objectif de mettre un terme aux guerres et d’ouvrir une phase de reconstruction et de stabilité durable.
Abordant enfin la guerre entre l’Iran et les États-Unis, le président syrien a estimé que les conflits militaires ne produisaient pas de résultats réels et que les deux camps finissaient généralement par subir des pertes mutuelles. Il a appelé à mettre fin à l’escalade et à revenir à la voie des négociations.
«Nous avons suffisamment de courage pour annoncer publiquement toute décision d’entrer dans un conflit ou une guerre. Nous ne voulons que du bien à nos frères au Liban et ne leur souhaitons qu’une vie heureuse. Le rôle de la Syrie est exclusivement positif et s’inscrit dans les intérêts du Liban comme de la Syrie», a conclu Ahmad al-Chareh.



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