«Compromis»: l'art de concilier l'inconciliable
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De la Rome antique aux négociations entre Washington et Téhéran, le compromis repose sur une même idée: substituer la médiation à l'affrontement. Alors que les crises se poursuivent au Liban et dans le Golfe, ce terme juridique ancien offre une clé de lecture des fragiles tentatives de règlement au Moyen-Orient.

Le dialogue entre Washington et Téhéran se poursuit malgré les crises. Une première session de négociations s'est tenue le 21 juin en Suisse, au lendemain d'une nouvelle fermeture du détroit d'Ormuz décidée par l'Iran pour protester contre les opérations israéliennes au Liban. Et, alors même que les États-Unis et l'Iran ont échangé des frappes vendredi et samedi autour du Golfe, les deux pays maintiennent leur objectif de transformer le mémorandum d'entente conclu à la mi-juin en un accord durable. Un processus qui repose sur un mot-clé de la diplomatie: le compromis.

Du différend à l'arbitrage

Le mot «compromis» apparaît en français au XIIIᵉ siècle. Il est emprunté au latin juridique compromissum, participe passé substantivé de compromittere.

Dans le droit romain, il renvoie à une convention par laquelle deux parties acceptent de soumettre leur différend à l'arbitrage d'un tiers. Le verbe compromittere signifiait d'ailleurs «promettre ensemble», puis «s'engager mutuellement à accepter une médiation». Dans le cas États-Unis/Iran, les deux pays ont accepté de confier leur différend à un processus de médiation conduit par le Qatar et le Pakistan, avant même de s'entendre sur les sujets qui les divisent.

Ce n'est qu'avec le temps que le mot prend le sens de transaction, puis celui d’un accord fondé sur des concessions mutuelles.

Dans son sens premier, le compromis ne résout donc pas immédiatement le conflit: il crée les conditions permettant de le régler. Cette nuance résonne particulièrement avec le mémorandum conclu entre Washington et Téhéran, qui ne constitue pas un accord définitif mais une feuille de route prévoyant des négociations supplémentaires.

Un accord sur ce qui reste à négocier

Le mémorandum signé en juin fixe un cadre de discussion, ouvrant une période de soixante jours de négociations destinée à traiter les questions les plus sensibles.

L'Iran affirme également qu'il ne développera pas d'arme nucléaire et accepte de maintenir le statu quo de son programme pendant les discussions. En revanche, plusieurs questions demeurent ouvertes, notamment celle de l'enrichissement de l'uranium et du sort des stocks déjà enrichis. Washington souhaite obtenir des limitations plus strictes tandis que Téhéran continue de considérer cette activité comme un droit souverain et refuse, à ce stade, d'y renoncer explicitement.

Les États-Unis, de leur côté, se disent prêts à faciliter les exportations pétrolières iraniennes, à suspendre de nouvelles sanctions pendant les négociations et à engager des discussions sur le déblocage d'avoirs gelés. Mais là encore, de nombreux détails restent à définir, tels que le calendrier précis de levée des sanctions ou les modalités d'accès aux fonds iraniens.

Le fragile équilibre d'Ormuz

Le détroit d'Ormuz demeure le point le plus vulnérable du compromis en cours. Le mémorandum prévoit la reprise progressive de la navigation commerciale dans cette voie maritime stratégique, par laquelle transitait avant la guerre près d'un cinquième des hydrocarbures mondiaux, ainsi qu'un retrait graduel des dispositifs militaires mis en place dans la région.

Mais les événements des derniers jours ont montré combien cet équilibre demeure précaire. Le 20 juin, l'Iran a annoncé une nouvelle fermeture du détroit, accusant Israël de violer les dispositions du protocole relatives au Liban et avertissant que l'ensemble de l'accord pourrait être remis en cause si ses engagements n'étaient pas respectés. Une semaine plus tard, les États-Unis ont mené des frappes contre des installations iraniennes après une attaque contre un navire commercial transitant par Ormuz, attribuée à Téhéran. L'Iran a riposté en visant des intérêts américains dans le Golfe.

Ces incidents rappellent que le mémorandum ne règle pas les différends, mais cherche à empêcher qu'ils ne mettent fin au dialogue.

Liban: la grande épreuve

Reste à savoir si la logique du compromis pourra s'étendre aux crises régionales, notamment au Liban qui abrite un proxy iranien, le Hezbollah.

Lors de leur première session de négociations en Suisse, les délégations iranienne et américaine ont annoncé la création d'une cellule de gestion des conflits chargée de veiller au respect de la cessation des hostilités sur le front libanais. Pour Téhéran, la guerre opposant le Hezbollah à Israël au Liban constitue une composante indissociable de tout règlement régional.

Cette approche a connu un développement majeur vendredi avec la publication, sous médiation américaine, d'un accord-cadre historique entre Israël et le Liban, visant à établir une «paix et une sécurité durables» entre les deux pays. Le texte prévoit notamment la mise en place de zones pilotes sous contrôle de l'armée libanaise, tandis qu'Israël maintiendrait sa présence militaire dans le sud du pays jusqu'au désarmement du Hezbollah.

La formation pro-iranienne, pour sa part, a rejeté cet accord le qualifiant d’«humiliant», tout en brandissant l’alerte contre une «guerre civile».

Le mot «compromis» révèle alors toute sa complexité. D’une part, il faut rapprocher deux adversaires – et leurs partenaires respectifs – autour d'une table de négociation. D’autre part, il faut concilier les intérêts, les priorités et les lignes rouges d'acteurs multiples dont les attentes ne coïncident pas.

Entre la promesse d'un accord et sa mise en œuvre, le chemin du compromis reste souvent le plus difficile à parcourir.

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