Où en sont les Houthis? Entre pressions militaires, tensions régionales et démonstration de force
Des Yéménites armés scandent des slogans lors d'un rassemblement , dans la capitale Sanaa, contrôlée par les Houthis. ©Mohammed Huwais / AFP

Les Houthis traversent une période de fortes tensions. Alors que le mouvement continue de menacer l'Arabie saoudite et de peser sur la sécurité maritime en mer Rouge, il fait face à une pression militaire et diplomatique croissante. Dans le même temps, le rapprochement historique avec l'Iran, et la reprise des vols directs entre Téhéran et Sanaa, alimentent les inquiétudes de ses adversaires.

Un mouvement toujours influent malgré des signes de fragilité

Selon les analyses, les Houthis, originaires de la région de Saada, représentent une minorité de la population yéménite. Ils se sont imposés à Sanaa en profitant des troubles du Printemps arabe et en nouant des alliances tribales, politiques et militaires.

Ces analyses estiment toutefois que leur emprise s'est réduite au fil des années et qu'ils ne contrôlent plus qu'environ un tiers du territoire qu'ils détenaient au plus fort de leur expansion. Leur capacité à maintenir ces alliances avec l’Iran constitue à la fois leur principale force et leur principale vulnérabilité, surtout après la guerre récente.

Les tensions montent avec Riyad

La situation s'est récemment tendue après que le porte-parole militaire houthi, Yahya Saree, a menacé de mener des attaques contre les aéroports et les infrastructures stratégiques saoudiennes.

Ces déclarations ont suivi l'arrivée à Sanaa d'un avion civil iranien, premier vol direct officiellement confirmé entre Téhéran et la capitale yéménite depuis près de dix ans. Selon les Houthis, l'appareil transportait plus de 200 patients ainsi qu'une délégation officielle se rendant aux funérailles du guide suprême iranien, Ali Khamenei.

En réaction, la coalition dirigée par l'Arabie saoudite a promis de répondre avec une «détermination et une force sans précédent» à toute attaque contre le royaume ou contre la souveraineté du Yémen. Le Conseil présidentiel yéménite, reconnu par la communauté internationale, a lui aussi dénoncé ces liaisons aériennes directes avec l'Iran, les qualifiant de violation de la souveraineté du pays.

Le rapprochement avec l'Iran se poursuit

Selon certaines sources, un deuxième vol commercial de la compagnie iranienne Mahan Air devait atterrir à Sanaa quelques jours seulement après la reprise de cette liaison aérienne.

Le média rapporte également que les dirigeants houthistes étudient les moyens d'utiliser leur position stratégique sur le détroit de Bab el-Mandeb afin d'exercer une pression économique et militaire sur l'Arabie saoudite.

Une nouvelle attaque contre un cargo en mer Rouge

Les tensions demeurent vives sur les routes maritimes. Dimanche, un cargo a été attaqué à une trentaine de milles nautiques au sud-ouest de Hodeïda, selon le centre britannique UK Maritime Trade Operations (UKMTO).

Une embarcation légère a ouvert le feu sur le navire avant que les agents de sécurité présents à bord ne ripostent. Les assaillants ont ensuite rejoint un navire plus important dont le système d'identification automatique était désactivé. Le cargo et son équipage sont sortis indemnes de l'incident, qui n'a pas été revendiqué.

Cette attaque intervient alors que les Houthis avaient récemment menacé de reprendre leurs opérations contre la navigation commerciale.

Depuis le début de la guerre à Gaza, les Houthis ont revendiqué leurs attaques contre les navires transitant par la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, affirmant agir en soutien au Hamas. Selon les informations rapportées, plus d'une centaine de navires marchands ont été visés par des missiles ou des drones, entraînant le naufrage de deux bâtiments et la mort de quatre marins. Ces attaques ont conduit de nombreuses compagnies maritimes à contourner l'Afrique plutôt que d'emprunter le canal de Suez.

Une intensification des combats sur le terrain

Sur le plan militaire, les affrontements semblent également reprendre de l'intensité. Le Jerusalem Post, rapporte que les Houthis auraient renforcé leurs positions au cours des dernières semaines avant de lancer une offensive dans le gouvernorat de Hodeïda.

Selon ces informations, les combats les plus violents se sont déroulés dans le sud du gouvernorat, où les Houthis auraient tenté de s'emparer de positions stratégiques dominant la ville de Hays. Les affrontements auraient fait des dizaines de morts et de blessés dans les deux camps, tandis que les forces de la Résistance nationale yéménite ont annoncé la perte de 14 combattants.

Le même article indique également que les autorités yéménites ont annoncé le démantèlement d'une cellule houthie présumée à Aden, accusée d'être impliquée dans plusieurs opérations d'assassinat.

Une issue politique toujours incertaine

Les analystes soulignent que, du point de vue iranien, les Houthis constitueraient un levier stratégique moins important que le Hezbollah libanais ou les milices irakiennes, ce qui pourrait faire d'eux une monnaie d'échange dans d'éventuelles négociations régionales.

Entre pressions militaires, menaces contre l'Arabie saoudite, reprise des liaisons avec l'Iran et poursuite des incidents en mer Rouge, les Houthis demeurent au cœur des tensions régionales. Si le mouvement conserve une capacité de nuisance importante, les développements récents témoignent d'un environnement de plus en plus hostile et d'un conflit loin d'être résolu.

 

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