Aoun et Trump... la rencontre d'État à État
©Ici Beyrouth

Depuis le mandat de Charles Hélou, chaque visite d'un président libanais à la Maison-Blanche s'est déroulée dans un contexte de crise, marqué par l'affaiblissement de l'autorité de l'État. Le président Sleiman Frangié avait ainsi été confronté à l'incident du contrôle de ses bagages aux États-Unis lors de son déplacement à l'ONU, avant que la guerre n'éclate. Dès lors, le président libanais n'était plus en mesure de porter les espoirs de son pays. Ses voyages à la recherche de solutions se sont avérés incapables de combler le fossé, comme ce fut le cas lors de la rencontre entre les présidents Amine Gemayel et Ronald Reagan, avant que l'accord du 17 mai ne s'effondre sous la pression de la rue.

Sous la tutelle syrienne, le président libanais n'était pas en mesure d'obtenir le moindre acquis pour le Liban lors de ses visites aux États-Unis ou de ses rencontres avec le président américain. Hafez el-Assad, puis son fils Bachar, détenaient les véritables leviers du pouvoir au Liban et utilisaient l'influence syrienne auprès de Washington pour contrôler le jeu politique libanais.

La première visite libanaise à la Maison-Blanche ayant permis d'obtenir un véritable acquis pour le Liban fut celle du patriarche Sfeir auprès du président Bush, dans le contexte des bouleversements qui ont marqué la période entre l'adoption de la résolution 1559 et l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri. À son retour, il fut accueilli triomphalement, porté sur les épaules par une foule convaincue qu'il avait obtenu un engagement américain en faveur du retrait des forces syriennes du Liban.

Mais la période de l'influence iranienne, amorcée en 2005, a conduit à la sortie humiliante du Premier ministre Saad Hariri de la Maison-Blanche, après la démission de son gouvernement au Liban. Depuis lors, aucun président libanais n'a été en mesure d'obtenir, lors de ses rencontres avec les dirigeants américains, des avancées en faveur des droits du Liban et de son peuple.

Le 21 juillet 2026, le président Joseph Aoun rencontrera son «ami» Donald Trump. Ce sera la première rencontre entre un président libanais pleinement souverain et disposant de sa propre capacité d'initiative, et un président américain totalement engagé en faveur de la paix dans la région, sans facteurs de perturbation. Tout simplement parce que ceux qui voulaient imposer leur arrogance ne sont désormais plus en mesure de le faire.

Joseph Aoun se rendra à cette rencontre avec pour seul bagage les prières des montagnes et la bénédiction de la Terre des saints, plutôt que des cadeaux traditionnels et fastueux. Alors que les dirigeants des pays riches offrent au président américain des avions, des palais et des présents inestimables, le président libanais lui apportera quelque chose de bien plus précieux: le message d'une terre qui fut la première destination choisie par le pape pour sa visite à l'étranger, qui s'apprête à béatifier le patriarche considéré comme l'un des pères fondateurs de l'État moderne et qui reste profondément attachée à la préservation de sa diversité.

Il s’agit donc de savoir saisir cette occasion historique et de veiller à ce qu'elle débouche sur des résultats décisifs, capables d'apporter un véritable changement au Liban; car cette opportunité dépasse largement l’instant présent.

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