Paix: Et si on arrêtait de se faire peur!
©Ici Beyrouth

Et de sept ! La septième session de négociations directes entre Israël et le Liban se tenait à Rome. Avec des délégations élargies, sous le parrainage américain, dans ce format qui est devenu, en quelques mois, le seul cadre où Beyrouth et Tel-Aviv se parlent directement depuis les années 1980. Malgré les obstacles et les blocages, la simple tenue de ces discussions est un point positif. En toile de fond, toujours la même problématique : le Hezbollah acceptera-t-il un jour de rendre les armes qu’il a placées, depuis quarante ans, au-dessus de l’État libanais lui-même ?

Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. Pas d’un conflit entre deux pays qui chercheraient un compromis territorial. Mais d’un pays, le Liban, empêché de négocier sa propre souveraineté parce qu’une milice armée par Téhéran s’est arrogé le droit de décider seule de deux guerres qui n’ont rien à voir avec lui. L’Iran n’a jamais eu besoin d’envahir le Liban. Il lui a suffi d’y loger une milice, un état-major, un arsenal et de laisser le pays payer, à sa place, le prix de sa stratégie régionale. Rome n’est que la scène où l’on tente, tant bien que mal, de solder cette hypothèque.

Et pourtant. Un jour, il y aura une paix. Cela peut paraître irréel tant les souffrances sont grandes. Un jour, un gouvernement libanais souverain discutera d’une frontière avec un gouvernement israélien, sans qu’un troisième acteur, à Téhéran, dispose d’un droit de veto sur l’agenda. L’État libanais a mille fois raison de faire le pari du désarmement des milices en échange du retrait israélien sur les frontières internationales. Il n’y a aucun autre choix possible. Ce jour-là, les amis du Liban (si, si, il en reste) nous aideront à reconstruire ce qui a été détruit. Les déplacés pourront revenir dans leurs maisons sans la crainte, permanente depuis le funeste accord du Caire de 1969, de devoir repartir sur les chemins de l’exode pour les beaux yeux de monsieur Arafat, monsieur Assad, monsieur Sinwar ou monsieur Khamenei.

Ce jour-là arrivera plus vite si l’on cesse de se faire peur avec des fictions.

Car il en existe une, tenace, qui pollue le débat depuis cinquante ans : l’idée qu’Israël voudrait, à terme, coloniser le Sud-Liban. Or, l’Histoire a déjà tranché cette question. Israël a occupé une zone de sécurité au Liban-Sud de 1978 à 2000. Vingt-deux ans, et pas une maison construite, pas un muret. Rien. Pendant des décennies, experts et politiciens libanais nous expliquaient sans sourciller qu’Israël avait construit d’immenses tunnels pour transporter l’eau du Litani vers son territoire. En l’an 2000, Israël s’est retiré. Et, surprise : pas de tunnels. Aucune canalisation, aucune infrastructure. Le fantasme du pillage hydraulique n’a pas survécu à l’inspection du réel. Les seuls tunnels non fictifs sont ceux par lesquels le Hezbollah a « gruyérisé » le pays.

Autre exemple : le Sinaï. C’est là, dans cette péninsule, que se joue tout le récit fondateur du peuple juif. L’Exode, les quarante années dans le désert, les tables de la Loi, l’Arche d’alliance. Israël a occupé le Sinaï en 1967, à l’issue de la guerre des Six Jours, un territoire trois fois plus vaste qu’Israël lui-même. Et pourtant, l’accord de paix avec l’Égypte a permis sa restitution intégrale. Si Israël a pu rendre le Sinaï, berceau de son propre récit religieux, il n’a manifestement pas conservé la moindre ambition territoriale, politiquement affirmée, sur un Sud-Liban dont il ne partage ni l’histoire ni le sol sacré. L’occupation n’était pas un projet de colonisation : c’était, jusqu’à preuve du contraire, un dispositif sécuritaire, appelé à se retirer dès lors qu’une contrepartie existait. Le fantasme du Grand Israël, brandi par quelques illuminés en Israël et par beaucoup dans le monde arabe, ne repose sur rien de vraiment tangible.

Le Litani, parlons-en. Que fait le Liban de ce don ? Le fleuve qui aurait dû, selon la légende, nourrir la convoitise israélienne, le Liban lui-même ne sait pas l’exploiter. Ses eaux, polluées par des décennies de rejets non traités et de pesticides, se déversent en grande partie dans la Méditerranée, empoisonnant sur leur passage les terres qu’elles sont supposées irriguer. Sans, non plus, produire d’électricité à la hauteur de son potentiel ni profiter aux populations du Sud. Un jour, il faudra que le Liban demande, et obtienne, une assistance internationale pour réhabiliter ce fleuve, plutôt que de continuer à en faire un argument de propagande politique.

Problème : si un accord est signé et que les Israéliens se retirent, que resterait-il comme argument à la milice pro-iranienne pour conserver ses armes ? Ce serait la fin de ses projets hégémoniques, et le Hezbollah n’y a donc aucun intérêt, dans la réalité.

Tout cela prendra du temps. Il y a d’abord les élections législatives en Israël, en octobre. La coalition de Benjamin Netanyahou n’est pas certaine de garder sa majorité. Le Premier ministre israélien ne peut pas paraître céder, ni sur Gaza, ni sur le Hezbollah, ni sur l’Iran. Ensuite, il faudra former un gouvernement, ce qui risque, là encore, de prendre du temps. En novembre se tiendront les élections de mi-mandat aux États-Unis. Donald Trump a jusqu’à cette date pour régler le dossier iranien, qui se complique jour après jour. Il est donc plus que probable que la situation au Liban et dans la région reste chaotique jusqu’en 2027. Si tout va bien !

D’ici là, il faudra garder le cap et colmater les brèches du bateau libanais. Et surtout, garder l’espoir que le pays n’est pas éternellement privé de la lumière au bout du… tunnel !

Dieu, que c’est long.

Aristote disait: «L’espérance est le songe d’un homme éveillé».

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