Au Liban, la santé cérébrale à l’épreuve de l’accès aux soins
Un cerveau en couleurs pour rappeler une priorité simple: prévenir plus tôt, dépister plus vite et mieux accompagner les patients. ©DR

À l’occasion de la Journée mondiale du cerveau, célébrée le 22 juillet, la Fédération mondiale de neurologie place l’édition 2026 sous le thème « Santé cérébrale : un accès pour tous ». Au Liban, où les coûts de santé, les retards diagnostiques et les ruptures de suivi compliquent la prise en charge, Ici Beyrouth fait le point sur les enjeux de la santé cérébrale, entre prévention, signes d’alerte et accès aux soins neurologiques.

Le cerveau contrôle la mémoire, le langage, l’attention, le mouvement, l’équilibre, le sommeil, les émotions et une partie des fonctions vitales. Sa santé conditionne l’autonomie, les capacités d’apprentissage, la vie professionnelle et la qualité de vie.

La Journée mondiale du cerveau rappelle que les maladies neurologiques ne concernent pas seulement le grand âge. Elles touchent l’enfant, l’adulte jeune, la personne active et le senior. Accident vasculaire cérébral, migraine, épilepsie, démence, maladie de Parkinson, sclérose en plaques, neuropathies, troubles du sommeil, complications neurologiques du diabète ou infections du système nerveux: le champ est large, fréquent et souvent sous-diagnostiqué.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de trois milliards de personnes vivaient avec une affection neurologique en 2021. Ces maladies constituent aujourd’hui l’une des principales causes de handicap et de perte de santé dans le monde.

Au Liban, les données restent fragmentaires, mais elles suffisent à mesurer l’enjeu. Selon l’OMS, le taux de mortalité attribué à l’AVC y était estimé à 39,4 pour 100.000 habitants en 2021, tandis que celui lié à la maladie d’Alzheimer et aux autres démences atteignait 26 pour 100.000 habitants. Une étude libanaise publiée dans le Journal of Epidemiology and Global Health a, de son côté, estimé la prévalence ajustée des survivants d’AVC à 0,50%, tout en soulignant la rareté des données épidémiologiques locales.

Le vieillissement de la population, l’hypertension, le diabète, le tabagisme et la sédentarité renforcent ce risque. Dans une étude libanaise, la prévalence de l’hypertension atteignait 36,9% chez l’adulte. Or ces facteurs ne menacent pas seulement le cœur: ils exposent aussi au risque d’AVC, de déclin cognitif, de neuropathies et de complications neurologiques chroniques.

L’accès, maillon faible de la prise en charge

Le thème 2026 pose une question centrale: comment protéger la santé neurologique si les patients n’ont pas accès, à temps, à une consultation spécialisée, à l’imagerie, aux médicaments, à la rééducation ou au suivi?

Au Liban, cette question est particulièrement sensible. Une consultation de neurologie, une IRM, un traitement chronique, une prise en charge de kinésithérapie, d’orthophonie ou de rééducation cognitive peuvent représenter une charge importante. Résultat: les symptômes sont parfois banalisés, les examens reportés, les traitements interrompus ou le suivi espacé.

En neurologie, ce délai peut peser lourd. Dans l’AVC, l’épilepsie, les infections du système nerveux, les maladies inflammatoires ou les troubles cognitifs, une prise en charge tardive peut aggraver les séquelles, réduire les chances de récupération et alourdir la dépendance.

Prévenir avant les symptômes

La santé cérébrale se protège bien avant l’apparition d’une maladie. Une partie du risque neurologique dépend de facteurs modifiables: hypertension artérielle, diabète, excès de cholestérol, tabagisme, sédentarité, surpoids, troubles du sommeil, stress chronique, isolement social et consommation excessive d’alcool.

Ce qui protège le cœur protège aussi le cerveau. Le contrôle de la tension artérielle, de la glycémie, du cholestérol et du rythme cardiaque réduit notamment le risque d’AVC. L’arrêt du tabac, l’activité physique régulière, une alimentation équilibrée et un sommeil de qualité participent aussi à la prévention.

La prévention repose sur des actes simples: mesurer sa tension, faire contrôler sa glycémie et son bilan lipidique, traiter les troubles du sommeil, respecter les traitements prescrits, limiter l’automédication prolongée et consulter en cas de symptôme neurologique inhabituel.

Les signes d’alerte

Certains symptômes imposent une consultation urgente: faiblesse brutale d’un bras ou d’une jambe, déformation du visage, trouble soudain de la parole, perte brutale de la vision, confusion aiguë, crise convulsive, perte de connaissance, vertige intense avec trouble de l’équilibre ou céphalée brutale inhabituelle.

Même si les signes disparaissent, ils ne doivent pas être ignorés. Un accident ischémique transitoire peut précéder un AVC. En cas de doute, il faut consulter sans attendre.

D’autres symptômes relèvent d’un avis médical programmé: troubles de mémoire progressifs, tremblement persistant, troubles de la marche, engourdissements répétés, douleurs neuropathiques, migraines fréquentes, troubles du sommeil durables, baisse inexpliquée des performances scolaires ou professionnelles, changement inhabituel du comportement.

Un enjeu collectif au Liban

La santé cérébrale ne peut pas reposer uniquement sur les gestes individuels. Elle suppose un meilleur accès aux soins, aux médicaments, à l’imagerie, à la rééducation et au suivi. Elle nécessite aussi une meilleure orientation des patients et une intégration plus forte de la neurologie dans la médecine de première ligne.

Médecins de première ligne, spécialistes, pharmaciens, physiothérapeutes et orthophonistes ont tous un rôle à jouer dans le repérage des symptômes et la continuité des soins. La Journée mondiale du cerveau rappelle ainsi une priorité simple: prévenir plus tôt, orienter plus vite et garantir un meilleur accès aux traitements et au suivi.

 

Infos pratiques: sept réflexes pour préserver sa santé cérébrale

– Mesurer régulièrement sa tension artérielle, surtout après 40 ans ou en cas d’antécédents familiaux.
– Contrôler la glycémie, le cholestérol et le poids, notamment en cas de surpoids, de diabète ou d’hypertension.
– Marcher 20 à 30 minutes, trois à cinq fois par semaine, ou pratiquer une activité adaptée à son état de santé.
– Dormir à horaires réguliers, limiter les écrans le soir et consulter en cas de ronflements importants, d’insomnie chronique ou de somnolence diurne.
– Stimuler ses fonctions cognitives: lecture, calcul mental, langue étrangère, musique, jeux de mémoire, écriture ou activité manuelle.
– Réduire les longues périodes assises et faire des pauses actives dans la journée.
– Consulter sans délai en cas de signe neurologique brutal: faiblesse d’un membre, trouble de la parole, déformation du visage, perte de vision, confusion, crise convulsive ou céphalée soudaine inhabituelle.

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