Depuis que le Liban a entamé ses négociations sur les réformes avec le Fonds monétaire international (FMI), obtenir l’accord de l’institution internationale est devenu un passage obligé pour tout plan économique. Cela est compréhensible eu égard le besoin de rétablir la confiance internationale, de renouer des relations financières et d’obtenir un soutien qui aide le pays à sortir de la crise.

Mais l’enjeu est clair: s’agit-il d’élaborer une loi qui satisfasse uniquement le FMI, ou une loi qui protège réellement l’économie et les déposants?

Certes, la relation avec le FMI est importante, mais elle ne peut pas servir de prétexte pour ignorer les spécificités libanaises. Le Liban ne traverse pas une crise financière ordinaire, mais un effondrement systémique, nourri par des politiques erratiques de l’État, de la BDL et des banques. Toute réforme doit donc conjuguer normes internationales et réalité nationale.

Le projet de loi sur le déficit budgétaire a déjà suscité de nombreuses observations, du FMI comme de la BDL, obligeant à rouvrir le débat. Le gouverneur de la BDL, Karim Souaid, a confirmé que des «remarques sévères» avaient été formulées et que les discussions se poursuivaient pour parvenir à une formule consensuelle. La priorité doit être un examen approfondi et une révision sérieuse du texte, plutôt qu’une adoption précipitée.

Le Liban ne doit pas rejeter les demandes du FMI, mais veiller à ce que les réformes reposent sur des principes de justice économique et soient réellement applicables.

L’un des points essentiels sur lesquels le Fonds insiste dans ce type de dossier est la hiérarchisation des responsabilités, autrement dit des créances: déterminer qui doit supporter les pertes avant de toucher aux fonds des déposants. Le principe est, en soi, logique.

Mais, son application exige une approche rigoureuse, tenant compte de la capacité réelle de chaque partie à assumer sa part. On ne peut écarter la responsabilité de l’État, ignorer les pertes de la BDL ou exonérer les banques de leur rôle. Et surtout, les déposants ne doivent pas devenir la variable d’ajustement la plus facile pour absorber le coût de la crise.

Le gouvernement doit être un acteur à part entière, pas un figurant cherchant à afficher des progrès devant la communauté internationale. Le succès ne se mesure pas au nombre de lois adoptées:  le Liban a déjà adopté nombre de lois restées lettre morte, faute de mise en œuvre ou de moyens.

En bref, la véritable réussite sera une loi acceptable au niveau international, juste au niveau national, financièrement applicable et claire dans la répartition des responsabilités.

Le gouvernement a aujourd’hui l’occasion de montrer que la réforme n’est pas une réponse mécanique aux exigences extérieures, mais un projet national visant à rétablir la confiance. Le FMI peut être un partenaire, mais il ne peut se substituer à l’État libanais, responsable de la protection de ses citoyens.

 La valeur d’une loi ne se mesure pas à l’approbation des institutions internationales, mais à la confiance qu’elle inspire aux Libanais et à sa capacité à leur restituer leurs droits.