Lors de sa rencontre avec le président américain Donald Trump, le président de la République, le général Joseph Aoun, a davantage plaidé pour un partenariat économique renforcé avec les États-Unis que pour une simple aide financière directe.
À ce stade, le pays n'a plus seulement besoin de subventions limitées ou d'une aide humanitaire, mais d'un véritable partenariat capable de relancer l'investissement et de réintégrer l'économie libanaise dans les marchés mondiaux.
Si les contacts politiques entre les deux pays aboutissent, quatre principaux axes de coopération économique se profilent. Tous plantent leurs racines dans une histoire de plusieurs décennies, mais pourraient aujourd'hui entrer dans une nouvelle phase.
Pétrole et gaz
Le premier de ces axes concerne le secteur pétrolier et gazier. Depuis l'adoption de la loi sur les ressources pétrolières offshore en 2010, puis le lancement des premiers appels d'offres quelques années plus tard, la présence américaine est restée limitée, tandis que les entreprises européennes occupaient le devant de la scène.
En 2022, Washington a toutefois joué un rôle déterminant en parrainant les négociations qui ont conduit à l'accord de délimitation de la frontière maritime entre le Liban et Israël. Cet accord a levé le principal obstacle politique à l'exploration des eaux libanaises.
Les compagnies énergétiques américaines pourraient désormais trouver des opportunités d'investissement au Liban, qu'il s'agisse de l'exploration, des services pétroliers ou du développement des infrastructures gazières, en bénéficiant du soutien politique que l'administration américaine est en mesure d'offrir aux investisseurs.
Le retour des vols directs
Le deuxième dossier est tout aussi important: il concerne la reprise des liaisons aériennes directes entre le Liban et les États-Unis, interrompues depuis plus de quarante ans après le détournement d'un avion de la TWA en 1985.
Si les exigences sécuritaires et techniques sont remplies, cette décision dépasserait largement le seul secteur du transport aérien. Elle constituerait un signal fort du retour de la confiance internationale envers le Liban. Elle raccourcirait également les distances pour des dizaines de milliers de Libanais vivant aux États-Unis, encouragerait les hommes d'affaires, les touristes et les investisseurs à se rendre au Liban et offrirait un soutien précieux aux secteurs du tourisme, des services et des congrès, dont l'économie a aujourd'hui un besoin pressant.
Les relations commerciales
Malgré la solidité des relations politiques entre les deux pays, les échanges commerciaux bilatéraux restent en deçà de leur potentiel.
En effet, les États-Unis constituent un marché important pour les exportations libanaises, notamment les bijoux et les produits agroalimentaires, tandis que le Liban importe des équipements industriels, médicaux et technologiques américains.
Toutefois, l'effondrement financier amorcé en 2019 ainsi que la baisse des capacités de production ont freiné le développement des échanges. Si le Liban parvient à rétablir sa stabilité financière, les États-Unis pourraient devenir un partenaire majeur pour soutenir l'industrie libanaise et encourager les investissements dans les technologies, les énergies renouvelables et l'économie numérique, en s'appuyant également sur le vaste réseau d'hommes d'affaires libanais installés aux États-Unis.
Le Fonds monétaire international
Le dossier le plus sensible demeure celui du Fonds monétaire international (FMI).
Depuis le début des négociations en 2020, toutes les tentatives d'accord ont échoué en raison des divergences internes et du retard pris dans la mise en œuvre des réformes exigées.
Certes, les États-Unis, premier actionnaire du FMI, ne peuvent imposer un accord qui s'affranchirait des critères techniques du Fonds. Ils disposent néanmoins d'une influence politique importante au sein de son conseil d'administration et peuvent favoriser une plus grande souplesse dans les modalités d'application d'un programme, à condition que le Liban fasse preuve d'un engagement réel en faveur des réformes.
Washington dispose, à cet égard, de trois leviers d'influence susceptibles d'avoir un impact économique:
- une influence directe, à travers les entreprises américaines, les investissements et le transport aérien;
- une influence indirecte, via le FMI, la Banque mondiale et les institutions financières internationales;
- une influence politique, susceptible de renforcer la confiance des investisseurs dans l'économie libanaise.
En définitive, l'avenir des relations économiques entre le Liban et les États-Unis dépendra de la capacité du Liban à regagner la confiance des investisseurs et des bailleurs de fonds internationaux.
Le président Joseph Aoun a ouvert des portes à Washington. Les États-Unis peuvent, à leur tour, ouvrir celles de l'investissement et du financement. Mais ils ne les franchiront pas à la place des Libanais. Les réformes et le plein rétablissement de la souveraineté de l'État demeurent les deux conditions sine qua non à l'établissement de tout partenariat économique durable entre Beyrouth et Washington.



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