« Un dîner avec l'ennemi… »
©Ici Beyrouth

Si le quart de l'énergie déployée autour de la photo montrant Antoun Sehnaoui dînant avec Benjamin Netanyahou à Washington avait été consacré à un seul dossier de corruption libanais, le pays aurait déjà soldé sa dette publique et imposé la transparence dans l'ensemble de ses institutions.

Le vrai problème, ce n'est pas ce dîner. C'est le deux poids deux mesures érigé en sport national – où ce qui est permis aux uns constitue un crime pour les autres.

Admettons qu'une large partie des Libanais nourrisse une hostilité profonde envers Netanyahou, héritée de son arrivée au pouvoir au milieu des années 1990, tenu pour responsable de l'occupation d'une partie du territoire libanais et de massacres au Liban comme à Gaza. Soit. Mais si tel est le critère, la cohérence exige qu'il s'applique à tous ceux dont le passif est comparable.

Yasser Arafat n'était-il pas lui aussi un criminel aux yeux de beaucoup? N'a-t-il pas précipité la mort de dizaines, voire de milliers de chrétiens et de musulmans en transformant le Liban en champ de bataille au début des années 1970? Les dirigeants libanais qui ont déjeuné ou dîné avec lui ont-ils été traînés dans la boue pour cela?

Hafez el-Assad n'était-il pas, lui aussi, un tyran? N'a-t-il pas réprimé son peuple avec brutalité, tué Libanais et Palestiniens, bombardé Achrafieh comme Zahlé, piétiné pendant des décennies la souveraineté libanaise? Son fils Bachar n'a-t-il pas poursuivi et amplifié cette même trajectoire – dont l'étendue des atrocités n'a éclaté au grand jour qu'après sa fuite humiliante?

À comparer les crimes attribués à Bachar el-Assad, Hafez el-Assad, Yasser Arafat et Benjamin Netanyahou, nonobstant leurs funestes bilans, une seule conclusion s'impose: ce qui vaut pour l'un doit valoir pour tous.

Même Élie Hobeika, principal accusé des massacres de Sabra et Chatila aux côtés d'Ariel Sharon, est devenu, jusqu'à son assassinat, un allié de «l'axe de la résistance». Ceux qui s'en réclamaient ont partagé avec lui repas et rencontres, sans jamais voir de contradiction à fréquenter celui qu'ils auraient dû traiter en ennemi juré et en complice de ceux qu'ils dénonçaient.

Ce deux poids deux mesures est l'une des marques de fabrique du camp de la «résistance», qui s'accroche à ses arguments pour justifier son existence et transforme la moindre critique en preuve d'un vaste complot.

Mais le monde change. Les réalités politiques aussi. Un principe n'a de valeur que s'il s'applique partout, à tous, sans exception. Alors soit Arafat et les Assad sont eux aussi des ennemis pour leurs crimes - soit il faut renoncer, une fois pour toutes, aux accusations à géométrie variable.

 

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