L’échec de la diplomatie concernant l’Iran et le Liban n’est pas dû au hasard ou à l’imprévoyance de l’administration américaine. Celle-ci a d'ailleurs tout mis en œuvre pour réussir une sortie négociée des dynamiques conflictuelles intentionnelles initiées par l’Iran dès le 7 octobre 2023. La raison de l’échec est simple à scruter dans la mesure où le conglomérat iranien n’est pas prêt à se dessaisir de sa politique impériale au profit d’une diplomatie de résolution des conflits.
Le seul objectif des négociations menées de manière erratique est celui de protéger sa survie, de récupérer sa latitude manœuvrière à tous égards, de poursuivre la stratégie de militarisation des conflits à outrance, de faire payer à la communauté internationale les frais de ses guerres et leurs effets destructeurs, et de maintenir ses verrouillages au sein de l’Iran afin de casser à tout moment toute opposition et toute velléité libertaire. Sachant que la société iranienne est depuis des décennies en rébellion ouverte contre un régime meurtrier qui doit sa survie à la terreur à l’intérieur, et à la sape de la paix civile et la menace sur les plans régional et international.
Ce qui surprend, ce sont les œillères idéologiques de certaines analyses. Ces analyses s’installent dans le déni des réalités et justifient un régime manifestement opposé à la quête négociée de la paix, au nom d’une idéologie de conquête explicitement affichée par une dystopie meurtrière et ses acteurs. Les projections logistiques intermédiaires du côté américain et les manœuvres de diversion du régime iranien ne sont pas de nature à dérailler une dynamique conflictuelle hautement stratégique.
En proclamant l’échec présomptif des États-Unis, ces analyses ne font que marteler l’idée de la guerre remportée par l’Iran et la nécessité d’en prendre acte. Or, l'état de la question est loin de valider des préjugés idéologiques qui tendent à court-circuiter toute analyse exhaustive des enjeux en lice. Le régime iranien a été défait sur le plan militaire et sa volonté d’en découdre ne fait que trahir son exaspération vis-à-vis d’une réalité qui lui échappe de manière résolue.
La réactivation des plateformes opérationnelles qu’il avait créées, la politique des bombardements indiscriminés qui a visé l’ensemble des pays du Golfe, le Proche et Moyen-Orient, la poursuite de la terreur d’État tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, et le refus de se soumettre au droit international pour ce qui a trait à la gestion des voies de navigation mondiale, réitèrent sans ambages ses visées impériales. Elles témoignent aussi de son rejet catégorique des règles de la vie internationale et de sa posture résolument agonistique.
La négociation dans son cas ne correspond à strictement rien. Elle ne sert qu'à préserver ses marges de manœuvre, prolonger les hostilités, jouer les échéances électorales aux États-Unis, creuser les divisions au sein de l’alliance transatlantique, provoquer des réalignements stratégiques et alimenter les clivages idéologiques dans les démocraties occidentales. Nous sommes de part et d’autre dans un schéma de guerre par attrition et bien loin d’un scénario de résignation que rien ne justifie.
Les intentions du régime sont hautement affichées, mais son triomphalisme est loin d’être acquis. La stratégie des États-Unis, en alternant les frappes militaires et la diplomatie, envoie un message explicite au régime iranien : la cessation de la guerre passe par des accords stratégiques et sécuritaires négociés, ratifiés et dûment appliqués selon un calendrier de convenance commune.
Le cynisme et l’arrogance de la dictature iranienne reflètent un état d’esprit qui gagnerait à être cassé moyennant une politique d’érosion évolutive et concluante. Toute politique inspirée par des comparaisons fallacieuses avec les conflits de la guerre froide et ceux de l’après-guerre est déplacée, comme elle passe outre les bouleversements géopolitiques et géostratégiques et leurs incidences sur les architectures sécuritaires régionales.
Toute idée de retrait qui profiterait au régime iranien ne peut qu’alimenter la politique revancharde d’une dictature déterminée à reconstituer ses défenses stratégiques. Elle lui permet aussi d'exploiter les rivalités des blocs idéologiques, de tirer parti des pourrissements conflictuels et de s'inscrire dans la logique des conflits gelés adoptés par la dictature russe, laquelle s’est recomposée autour de ces blocages stratégiques. Or, les États-Unis ne peuvent sous aucun rapport opérer un retrait unilatéral qui bénéficierait à une dictature islamique, dont le caractère belliciste et les visées expansionnistes ne sont plus à démontrer.
Toute analyse qui entend établir des équivalences fonctionnelles entre les deux pays relève de la mystification idéologique. Reste à savoir que la stratégie à adopter est à redéfinir de manière continue afin d’assurer l’atteinte des objectifs intermédiaires et de les relier à ceux qui visent la chute du régime. Le train actuel des négociations n’est pas uniquement dysfonctionnel mais entièrement faussé par l’absence d'un protocole juridique et normatif commun aux deux régimes.
Le Liban, quant à lui, demeure otage de la politique impériale iranienne et de ses relais domestiques. La stratégie du sabotage délibéré mise en œuvre par le Hezbollah ne fait que reprendre les priorités posées par le régime iranien qui désormais dirige en direct l’action militaire du Hezbollah. Elle s’est réarticulée sur la base des “plateformes opérationnelles intégrées” jadis théorisées par Qassem Suleimani. Les réunions qui se tiennent à Rome pour la mise en application des stipulations de l’accord-cadre sont dénoncées, d’ores et déjà, par le Hezbollah. L’exécution de cet accord par le Hezbollah, qui bute sur son refus de coopérer avec l’armée libanaise, est d’ores et déjà compromise, cette dernière effectuant une lecture sélective de l’accord-cadre, alors que la guerre se poursuit au Sud-Liban. Les équivoques du pouvoir exécutif à cet endroit vont inévitablement rejaillir sur la crédibilité de l’État libanais ainsi que sur les conditions de la paix civile dans le pays.
La politique de déstabilisation régionale du régime islamique iranien se poursuit à partir d’un axiome de base, celui du sabotage de la paix domestique et de la prolifération des guerres civiles comme gage de survie de la politique impériale. Quels que soient les impondérables logistiques et stratégiques, il n’est plus question de rétablir le statu quo ante. L’anéantissement du régime islamique iranien est désormais impératif.




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