Après des années de flambée des prix, le Liban semble sortir de la spirale inflationniste. Mais l’accalmie reste relative: en juin 2026, l’inflation annuelle s’est établie à 17,25%, tandis que plusieurs dépenses essentielles continuaient d’augmenter à un rythme nettement supérieur. Les prix ne baissent donc pas: ils progressent simplement moins vite.
L’inflation ralentit
En juin, l’indice des prix à la consommation (IPC) a reculé de 0,75% sur un mois, après une hausse de 0,48% en mai. Sur un an, les prix progressaient toutefois de 17,25%, tandis que l’inflation moyenne sur les six premiers mois de 2026 atteignait 16,16%, selon les données de l’Administration centrale de la statistique (CAS).
La tendance est plus favorable qu’au printemps: l’inflation annuelle était de 19,04% en mai, contre 20,02% en avril et 17,26% en mars.
Le changement d’échelle est particulièrement marqué par rapport aux années précédentes. L’inflation moyenne est passée de 221,3% en 2023 à 45,2% en 2024, puis à 14,6% en 2025, selon la Banque mondiale.
Des dépenses essentielles toujours en forte hausse
La moyenne nationale masque toutefois de fortes disparités.
En juin, les prix de l’alimentation et des boissons non alcoolisées ont augmenté de 18,01% sur un an. Les transports ont bondi de 29,36%, tandis que le poste «logement, eau, électricité, gaz et autres combustibles» progressait de 25,30%.
Certains services affichent des hausses encore plus importantes: 35,72% pour l’éducation et 42,64% pour les loisirs, spectacles et culture. Les restaurants et hôtels ont augmenté de 16,32%, contre 6,61% pour les vêtements et chaussures.
Parmi les principales composantes de l’IPC, seules les communications ont enregistré une baisse annuelle, de 0,59%.
La stabilité de la livre freine l’inflation
La stabilisation du taux de change constitue l’un des principaux facteurs de la décélération de l’inflation. Après l’effondrement de la livre entre 2019 et 2023, le taux de change s’est stabilisé à 89.500 livres pour un dollar. Cette stabilité, conjuguée à la dollarisation croissante des prix et des salaires, a profondément modifié la dynamique des prix.
Selon la Banque mondiale, la quasi-dollarisation des prix à la consommation contribue à limiter la transmission des fluctuations du taux de change aux prix, notamment ceux des produits importés. Certains services domestiques, comme les loyers et l’éducation, continuent toutefois d’enregistrer de fortes hausses.
Une prévision à un chiffre contrariée
Cette amélioration avait conduit la Banque mondiale à anticiper, en janvier 2026, une inflation à un chiffre pour l’ensemble de l’année, une première depuis 2019. La trajectoire s’est toutefois révélée moins favorable : après 10,91% en janvier et 12,27% en février, l’inflation a accéléré à 17,26% en mars, puis à 20,02% en avril, avant de revenir à 19,04% en mai et 17,25% en juin.
Le ralentissement est donc bien amorcé, mais l’inflation reste pour l’instant à deux chiffres, loin encore de la prévision initiale de la Banque mondiale.
Processus de «rattrapage» inflationniste
Pourquoi cette désinflation reste-t-elle aussi lente? Le ministère de l’Économie avance plusieurs explications. Sur son compte LinkedIn officiel, il souligne que l’inflation au Liban résulte d’une combinaison de facteurs, dont certains échappent au contrôle de la politique économique nationale.
Le ministère estime que les politiques monétaires et budgétaires sont aujourd’hui suffisamment restrictives et pointe notamment l’inflation importée, dans un pays fortement dépendant des importations. La hausse de 70% des prix de l’énergie importée en constitue un exemple: elle pèse directement sur les prix, l’énergie représentant 15% de la consommation, mais aussi indirectement à travers son impact sur les coûts de production et de distribution.
Le ministère évoque également un processus de «rattrapage» inflationniste: après l’effondrement du taux de change, la valeur en dollars de nombreux prix a fortement diminué. Leur ajustement progressif vers leurs niveaux d’avant-crise continue d’alimenter l’inflation, notamment pour les salaires, les impôts, les frais de scolarité et les frais hospitaliers.
S’y ajoutent le coût élevé de la production et de la distribution au Liban — électricité, internet, transport et assurances — ainsi que les restrictions à l’importation, susceptibles de créer des déséquilibres entre l’offre et la demande. Le ministère reconnaît enfin des dysfonctionnements structurels du marché, tels que les monopoles, les ententes et la rétention de marchandises.
Le ministère mise sur le contrôle du marché
Face à cette accumulation de facteurs, le ministère estime qu’il n’existe pas de «solution miracle» et prône une action sur plusieurs leviers. Il mise notamment sur le renforcement du contrôle du marché par le service de protection des consommateurs et sur la mise en place du Conseil de la concurrence, appelé à devenir un outil supplémentaire pour lutter contre les dysfonctionnements du marché.
L’inflation ralentit. La cherté, elle, reste.




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