Six ans après le Megxit, le retour spectaculaire des parias de la Couronne
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Et comme si surprendre était devenue leur spécialité ! Six ans après avoir claqué la porte de la monarchie britannique, le prince Harry et son épouse Meghan Markle s’apprêtent à poser de nouveau leurs valises au Royaume-Uni, avec leurs deux enfants, Archie et Lillibet. L’annonce, tombée mercredi soir, a fait l’effet d’un coup de tonnerre outre-Manche.

Pourquoi maintenant ? Et surtout, pourquoi ce spectaculaire retour en arrière ? Il faut mesurer le chemin parcouru depuis le « Megxit », ce néologisme devenu le symbole d’une rupture sans précédent avec la famille royale. Six années de déchirements, de règlements de comptes, de révélations explosives et de confessions à charge. Six années au cours desquelles les Sussex ont méthodiquement livré, par interviews, documentaires et autobiographie, les coulisses, parfois peu reluisantes, de leur passage au sein de la Couronne. Jusqu’au séisme de l’entretien accordé à Oprah Winfrey, en 2021, véritable déflagration médiatique qui avait achevé de creuser le fossé entre le couple et la monarchie.

Puis vint la Californie, une nouvelle vie, loin du tumulte de Buckingham et de la presse britannique. Harry et Meghan semblaient avoir tiré un trait, au moins géographiquement, sur leurs anciennes vies. Ils avaient troqué les ors de la Couronne pour les collines de Montecito et entrepris de bâtir, à coups de contrats et de prises de parole, une vie affranchie du protocole royal. Et voilà qu’aujourd’hui, contre toute attente, les Sussex rebroussent chemin. Pas pour une apparition, pas pour une visite éclair, mais pour y refaire leur vie.

Statut inchangé

Un déménagement qui ressemble autant à un coup de théâtre qu’à un aveu : celui d’un exil qui n’a peut-être jamais complètement pris. Reste à savoir ce qui se joue derrière ce spectaculaire retour. Un rapprochement familial ? Un choix dicté par les circonstances ? Ou la réalisation d’un échec qui a toujours été inévitable…

Concrètement, ce retour ne prendra pas la forme d’une réintégration dans la monarchie. Le duc et la duchesse de Sussex doivent quitter les États-Unis d’ici la fin du mois pour s’installer dans une résidence privée, dépourvue de statut royal, située vraisemblablement à l’extérieur de Londres.

Deux pistes seraient actuellement évoquées pour leur future résidence, sans qu’aucune n’ait toutefois été confirmée à ce stade : les Cotswolds, refuge prisé des célébrités américaines en quête de discrétion et situé à proximité du domaine de Highgrove du roi Charles III, ou le Northamptonshire, où se trouve Althorp House, demeure de l’enfance de la princesse Diana et lieu où elle repose.

Les enfants Sussex, le prince Archie, sept ans, et la princesse Lilibet, cinq ans, feront quant à eux leur rentrée dans une école britannique dès septembre. L’établissement scolaire n’a, lui aussi, pas été révélé, officiellement pour des raisons de sécurité.

Selon des sources proches du roi, pas question pour Harry et Meghan de reprendre à ce stade leurs fonctions de membres actifs de la famille royale. Leur statut restera inchangé : ils demeureront des membres non actifs de la famille royale et continueront de mener une existence privée, conformément aux conditions qu’ils avaient eux-mêmes fixées lors de leur départ.

Mais le simple fait de les voir revenir durablement sur le sol britannique fait naître une hypothèse qui aurait semblé inconcevable il y a encore quelques jours : et si cette nouvelle proximité avec la Couronne finissait, un jour, par rendre possible un retour aux affaires royales ? Aucune décision n’a été prise en ce sens, mais la perspective n’est désormais plus tout à fait théorique. Surtout que la source précitée ajoute : un changement peut avoir éventuellement lieu, mais devra être discuté entre père et fils.

Pour Charles III qui a réagi officiellement à cette nouvelle, ce retour constitue en tout cas « l’occasion de renouer avec une proximité familiale » dont il a été largement privé depuis le départ de son fils. Le souverain serait « particulièrement satisfait à l’idée de pouvoir voir plus régulièrement Harry, mais aussi ses petits-enfants, dans un cadre à la fois privé et, potentiellement, professionnel ». Le Daily Telegraph révèle que le roi a été averti du déménagement dimanche dernier et aurait accordé son aval.

Le dilemme de la sécurité

Reste l’épineuse question de la sécurité, l’un des principaux points de friction entre Harry, la monarchie et les autorités britanniques. Les modalités de leur protection à leur retour n’ont pas été dévoilées et aucune évolution du dispositif actuel n’a été annoncée. Le prince continue notamment de contester le refus de l’État britannique de lui accorder une protection policière permanente lorsqu’il se trouve au Royaume-Uni. Le nouveau Premier ministre Andy Burnham a affirmé ce jeudi que la question de protection policière du couple Sussex restera « une affaire privée », même si la décision finale revient à un comité indépendant.

Mais le retour du couple, cette fois accompagné de leurs deux enfants et pour une installation appelée à durer, pourrait rebattre les cartes. Dai Davies, ancien chef de la protection royale au sein de la Metropolitan Police, estime, dans une interview accordée au Daily Mail, que cette nouvelle configuration devrait conduire les autorités à réévaluer sérieusement le niveau de menace pesant sur Harry et sa famille. La présence permanente du prince sur le sol britannique, le profil de Meghan et surtout la scolarisation d’Archie et Lilibet au Royaume-Uni constitueraient, selon lui, autant d’éléments susceptibles de modifier l’évaluation sécuritaire. « Les chances qu’il obtienne désormais cette protection ont considérablement augmenté », juge l’ancien responsable, pour qui le fait que Harry ne revienne plus seul, mais avec toute sa famille, « a changé toute la dynamique ». Il insiste sur l’existence d’une « menace potentielle réelle » qui, selon lui, justifie que le dossier soit à nouveau examiné « au plus haut niveau du gouvernement ». Des estimations chiffrent cette protection policière à cinq millions de livres sterlings annuels. Une somme que pourrait aussi régler le monarque lui-même par financement privé, selon certains experts royaux.

Motivation familiale

Mais pourquoi ce retour, et pourquoi maintenant ? Derrière la décision spectaculaire des Sussex se dessine, à première vue, une motivation éminemment familiale. La relation entre Harry et son père semble avoir connu, ces derniers mois, un réchauffement que personne n’aurait nécessairement imaginé au lendemain des années de règlements de comptes.

Le point d’orgue de cette détente est survenu en juillet dernier, lorsque Charles III et Camilla ont reçu Harry, Meghan et leurs deux enfants à Highgrove House. Une rencontre privée, soigneusement tenue à l’écart des caméras, mais hautement symbolique : le roi retrouvait alors Archie et Lilibet pour la première fois depuis 2022. Pour Harry, l’enjeu serait d’abord de renouer avec son père. Le prince n’a jamais dissimulé son souhait de passer davantage de temps à ses côtés, alors que le souverain poursuit son traitement contre le cancer depuis plus de trois ans.

Le retour en Grande-Bretagne permettrait cette fois de transformer ces retrouvailles ponctuelles en une véritable proximité familiale, avec la possibilité pour Harry de voir plus régulièrement son père et pour ses enfants de connaître enfin une famille qu’ils ont, jusqu’ici, essentiellement côtoyée à distance. Même chose ne peut cependant pas être dit pour les relations entre le duc et son frère William, prince de Galles, avec qui les contacts sont complètement rompus depuis plusieurs années. Malgré un silence officiel, la nouvelle du retour de son frère au Royaume-Uni aurait frustré le prince William, selon la presse britannique.

Mais c’est aussi pour Archie et Lilibet que le choix britannique prend tout son sens. Leur scolarisation au Royaume-Uni, à partir de septembre, doit leur permettre de renouer avec la culture, l’histoire et les traditions du pays de leur père, mais aussi avec leur famille paternelle. Et, au-delà des Windsor, les Sussex devraient également se rapprocher de la famille Spencer. Le prince Harry aurait ainsi à cœur que ses enfants connaissent davantage la branche maternelle de leur famille et notamment leur héritage lié à la princesse Diana. Leur passage à Althorp, la demeure familiale des Spencer, lors de leur dernière venue au Royaume-Uni, n’avait rien d’anodin : c’est là que repose leur grand-mère, décédée tragiquement en 1997.

La question financière

Il serait toutefois réducteur de ne voir dans ce déménagement qu’une affaire de famille. D’autres considérations, plus pragmatiques, sont avancées par des observateurs de la monarchie et du monde des médias, notamment la question financière.

Le modèle économique imaginé par les Sussex après leur départ de la famille royale reposait en grande partie sur leur capacité à transformer leur expérience de la Couronne en contenus médiatiques. Or, après le documentaire Netflix de 2022 et les mémoires de Harry, Spare, une grande partie des révélations les plus rémunératrices a déjà été livrée. Le filon des secrets royaux, qui avait contribué à faire de leur installation américaine un phénomène médiatique et commercial, paraît désormais beaucoup plus difficile à exploiter. Le spectaculaire essoufflement de certains de leurs partenariats nourrit cette lecture. Leur contrat avec Spotify, annoncé à l’époque comme un accord de vingt millions de dollars, a été interrompu en 2023 après une seule saison du podcast de Meghan. Leur collaboration avec Netflix, elle, se poursuit, mais dans un format plus resserré, tandis que les projets du couple n’ont plus retrouvé l’impact planétaire de leurs premières productions consacrées à leur rupture avec la famille royale.

Le prince Harry pourrait renouer avec ses engagements caritatifs britanniques, notamment autour des Invictus Games de Birmingham en 2027, que le duc de Sussex souhaite inaugurer aux côtés de son père. Tandis que Meghan poursuivrait le développement de sa marque lifestyle, As Ever, qui connaît un fort déclin selon certains médias. Une présence régulière sur le sol britannique leur offrirait surtout ce que leur exil californien leur a progressivement fait perdre : une proximité physique avec le centre de gravité de la monarchie et, avec elle, une exposition médiatique considérable qui pourrait, à son tour, créer plus de rentrées financières.

Reste enfin une donnée plus prosaïque, mais impossible à écarter : le coût de leur vie entre les États-Unis, le Royaume-Uni et le Portugal, auquel s’ajoutent des dépenses de sécurité particulièrement lourdes. Le couple conservera ses propriétés californienne (estimée à plus de 15 millions de livres) et portugaise (estimée à plus de 6 millions de livres), ce qui relativise toutefois l’idée d’un véritable abandon de leur vie américaine. Il ne s’agit donc pas d’un retour pur et simple à la case départ, mais plutôt d’un spectaculaire rééquilibrage : l’Amérique reste leur base économique et entrepreneuriale, tandis que le Royaume-Uni pourrait redevenir leur centre familial et, dans une certaine mesure, leur ancrage public.

Au fond, plusieurs lectures peuvent donc coexister. Un fils qui veut se rapprocher de son père malade. Un grand-père qui souhaite retrouver ses petits-enfants. Des enfants à qui l’on veut transmettre un héritage britannique, Windsor et Spencer. Mais aussi un couple qui doit désormais composer avec une réalité médiatique bien différente de celle qui avait accompagné son départ de la monarchie. Six ans après avoir quitté le Royaume-Uni pour échapper précisément à la machine royale, Harry et Meghan semblent aujourd’hui avoir compris qu’il leur était peut-être impossible de rester durablement en dehors de son orbite.

 

 

 

 

 

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