Six mois après le début de la guerre entre l'Iran et les États-Unis, sans victoire militaire ni règlement négocié en vue, Washington relance la pression économique. Le président Donald Trump a promis un «Economic D-Day» sous lequel tout pays continuant de commercer avec l'Iran s'exposerait à des conséquences économiques «considérables». Le secrétaire au Trésor Scott Bessent doit détailler ce paquet de mesures ce lundi, lors d'une conférence de presse annoncée dès la semaine dernière, après avoir promis dans une tribune publiée dans le Financial Times que «l'aube» ferait se lever un «D-Day économique».
En attendant cette annonce officielle, les contours du dispositif se dessinent surtout à travers ses prises de parole des derniers jours – tribune, interviews télévisées – plutôt qu'à travers un texte réglementaire déjà publié.
Washington sanctionne l'Iran depuis près de cinquante ans. Mais qu’est-ce qui distingue l'«Economic D-Day» du dispositif déjà en vigueur?
Un régime de sanctions déjà considérable
Le dispositif américain contre l'Iran couvre déjà les secteurs bancaire, énergétique, aérien et des cryptomonnaies du pays. Il s'est durci après le retrait américain, sous le premier mandat de Donald Trump, du Joint Comprehensive Plan of Action, l'accord conclu en 2015 entre l'Iran et les grandes puissances pour encadrer son programme nucléaire. Depuis le début du conflit actuel, ce socle est complété par l'opération Economic Fury, qui combine des sanctions du Trésor sur les flux financiers du régime et un blocus naval des ports iraniens.
Un ancien responsable du Trésor américain, Miad Maleki, a résumé la situation à CNN en expliquant que l'Iran subit déjà les sanctions les plus complètes de l'histoire, au point que les États-Unis se trouveraient à leur capacité maximale de désignation. C'est précisément ce constat qui explique pourquoi le «D-Day» ne consiste pas à ajouter de nouveaux noms à des listes déjà saturées, mais à changer d'angle d'attaque.
Un déplacement de cible: les intermédiaires plutôt que Téhéran
Dans une tribune publiée dans le Financial Times, Bessent définit sa cible sans détour: il s'agit des complices de l'Iran, c'est-à-dire les pays, banques et entreprises qui continuent d'acheter son pétrole, de faire transiter ses finances ou d'accueillir ses vols. Le raisonnement est simple: puisque l'Iran lui-même est déjà sous sanctions maximales, le nouveau levier consiste à s'attaquer à ceux qui lui servent encore de relais.
Interrogé par CNBC, Bessent a formulé cette logique de façon directe: quiconque continue de commercer avec l'Iran s'expose désormais à la pleine puissance du Trésor américain.
Le dollar comme nouveau levier
La précision la plus technique vient de Michael Parker, ancien de l'Office of Foreign Assets Control (Ofac), l'organisme du Trésor américain chargé de faire appliquer les sanctions, cité par la BBC. Selon lui, la nouveauté ne réside pas dans la création d'un nouvel outil juridique, mais dans l'activation d'un levier resté jusqu'ici largement inexploité: cibler toute transaction touchant à la fois au dollar américain et à l'Iran.
Jusqu'à présent, les sanctions secondaires servaient surtout de menace pour encourager les institutions financières étrangères à se conformer aux règles américaines. Le «D-Day» entend transformer cette menace en application systématique.
La fin annoncée des dérogations
Lors du premier mandat de Trump, la campagne dite de pression maximale avait été affaiblie par de nombreuses dérogations accordées aux pays dépendants du pétrole iranien, notamment la Chine et l'Inde, rappelle l'Associated Press. Le discours actuel de Bessent tranche avec cette période: il affirme vouloir mettre alliés et partenaires devant un choix binaire, sans exemption pour ceux qui continueraient de ménager Téhéran.
Autre différence notable: la marine américaine traque désormais activement les pétroliers non enregistrés dans le but de réduire les exportations de brut iranien à zéro absolu. La stratégie précédente visait une réduction progressive des volumes; celle-ci fixe un objectif quantitatif et définitif.
Le gel d'environ un milliard de dollars d'actifs en cryptomonnaies liés à l'Iran ne passe pas inaperçu. Ce canal de contournement, resté secondaire dans le dispositif sanctionnaire classique centré sur le système bancaire formel, devient une cible à part entière du nouveau paquet.
Une méthode que Washington présente comme déjà éprouvée
Bessent revendique lui-même la continuité de sa méthode avec d'autres dossiers. Cité par CNBC, il a décrit le dispositif comme un «one-two punch» associant le blocus naval déjà en place aux sanctions les plus dures jamais imposées, affirmant que cette combinaison avait fonctionné au Venezuela et fonctionnait actuellement à Cuba, avant d'annoncer vouloir répéter ce schéma avec l'Iran.
Les mesures précises du paquet doivent être détaillées lors d'une conférence de presse de Bessent, ce lundi. En l'état, la différence entre l'«Economic D-Day» et les sanctions déjà en vigueur ne tient donc pas à un nouvel arsenal juridique, mais à un changement de cible, de tolérance et d'objectif chiffré, appliqué à un régime de sanctions qui existait déjà dans sa quasi-totalité.




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