«Je ne sais pas s’il pourra aller à l’école en septembre. Je ne sais même pas si nous pourrons rentrer chez nous.» À Nabatiyé, Hana a déjà préparé le cartable de son fils. Il est posé dans un coin de la pièce où la famille vit, loin de Khiam.
Son fils a neuf ans. Depuis deux ans, les rentrées scolaires se succèdent sans véritable retour à la normale.
Cette année encore, la même question domine: la situation sécuritaire permettra-t-elle réellement une rentrée le 15 septembre? Directeurs, enseignants, parents et élèves attendent une réponse qui dépasse désormais le seul calendrier scolaire.
Au Liban-Sud, la rentrée est devenue un test concret du retour à la normale.
Des écoles debout, mais une scolarité toujours perturbée
Dans les cazas de Marjeyoun, Bint Jbeil, Hasbaya et Nabatiyé, les conséquences de la crise dépassent largement les dégâts matériels.
Selon une évaluation menée par le ministère de l’Éducation avec l’appui technique de l’Unicef, 340 établissements scolaires publics, privés et techniques ont été endommagés, dont 17 entièrement détruits.
Si les travaux de réhabilitation ne sont pas achevés à temps, jusqu’à 100.000 enfants pourraient se retrouver sans salle de classe en septembre.
À Aïn Ebel, Taybé ou Meis el-Jabal, l’enseignement en ligne se poursuit depuis deux ans et pourrait encore être maintenu durant l’année scolaire 2026-2027, faute de conditions permettant un retour durable en présentiel.
À Taybé, le directeur du lycée officiel Ali Nahlé se souvient des difficultés rencontrées lors de la tentative de retour partiel en présentiel au début de l’année dernière. «Les élèves avaient perdu leurs habitudes scolaires, les familles avaient peur et nous ne savions jamais si nous pourrions maintenir les cours dans la durée», témoigne-t-il.
Pour certains élèves, les conséquences se font déjà sentir. «J’essaie de suivre, mais je me sens en retard dans tout», confie Nour, élève de seconde.
Le décrochage scolaire ne passe pas nécessairement par une décision explicite de quitter l’école. Lorsque les revenus familiaux diminuent ou disparaissent, les frais de scolarité et les dépenses liées à l’école deviennent difficiles, voire impossibles, à assumer. «Mon fils aîné a 14 ans. Il travaille dans un atelier depuis la mort de son père», raconte Soha, originaire de Debbine.
Pour les parents, une rentrée à quel prix?
Routes endommagées, détours, transports scolaires plus coûteux ou crainte d’une nouvelle escalade: pour les familles, chaque déplacement devient une question de sécurité et de budget. «Nous voulons que notre enfant reprenne l’école, mais nous devons d’abord savoir s’il pourra y aller et revenir dans des conditions sûres», confie Samir, père de trois enfants à Kawkaba.
Pour les familles déjà fragilisées, la rentrée ajoute une nouvelle série de dépenses: scolarité, fournitures, transports, carburant, parfois logement temporaire.
Certaines ne sont pas toujours revenues dans leur village et doivent choisir une école depuis leur lieu de déplacement, sans savoir si cette solution pourra durer toute l’année.
À Nabatiyé, des écoles rouvrent, d’autres ferment
À l’école des Sœurs Antonines, qui compte environ 800 élèves, les équipes réparent les dégâts, vérifient les équipements et préparent les salles.
La direction souhaite rouvrir, à condition que la situation sécuritaire le permette. «Nous réparons l’école parce que nous voulons rendre aux enfants leur place. Mais nous dépendons aussi de la situation sécuritaire», affirme Sœur Marie Touma.
Dans le même temps, la fermeture annoncée de l’École évangélique nationale de Nabatiyé pour l’année scolaire 2026-2027 illustre un autre aspect de la crise. Des élèves devront trouver un nouvel établissement pour poursuivre leur scolarité.
Mais derrière ces élèves, ce sont aussi des enseignants, des employés administratifs et des personnels techniques qui se retrouvent sans emploi. «Nous voulons travailler, mais nous ne savons pas où nous pourrons reprendre», témoigne Elias, membre du personnel affecté par la fermeture.
Les enseignants, eux aussi, sans visibilité
À quelques semaines de la rentrée, certains enseignants ignorent encore dans quelles conditions ils pourront reprendre leur activité. «Je suis prête à rentrer. Je veux rentrer. Mais personne ne m’a dit si mon école est réparée, si j’aurai une classe ou même si les enfants seront là. Alors je me demande: que faut-il préparer, exactement?», témoigne Rima, enseignante à Marjeyoun.
À Nabatiyé, Fadi, professeur de mathématiques, résume cette incertitude: «On nous demande d’enseigner la normalité dans une région où rien ne l’est.»
Le véritable test sera le retour en classe
La rentrée du 15 septembre ne se résumera pas à l’ouverture des portes des établissements. Elle se mesurera à la capacité des élèves à les franchir, des familles à en assumer le coût et des enseignants à retrouver leur place.
À quelques semaines de l’échéance, les écoles préparent leurs salles, les enseignants attendent encore de savoir dans quelles conditions ils pourront reprendre et les familles hésitent toujours sur l’établissement où inscrire leurs enfants.
Chez Hana, le cartable de son fils est déjà prêt. Reste désormais à savoir s’il pourra, cette fois, franchir les portes de son école et y rester jusqu’à la fin de l’année scolaire.



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