La question devient lancinante dans la mesure où l’état de blocage, tant régional que domestique, se rend de plus en plus hermétique et dépourvu de tout horizon. Ceci est d’autant plus grave qu’il nous renvoie à une stratégie de prise d’otages opérée par un régime qui se recommande d’un narratif suprématiste et d’une politique de conquête impériale sans vergogne. De telles prises d'otages rendent compte de l’usage systématique de la violence et de la justification d’une politique interventionniste de subversion déliée de toute norme légale ou morale et des contraintes d’un ordre international de droit.
Le régime iranien se définit à partir d’une autoréférentialité idéologique qui le met d’office en dehors de la communauté internationale dont il se distancie. Le rapport discrétionnaire aux institutions et au droit internationaux est scandé de manière répétée et dénote une volonté de rupture idéologique hautement affichée. Il participe du révolutionnarisme bolchevique dont il reprend les modes opératoires recyclés au niveau d’un discours apocalyptique chiite qui lui sert d’étayage. Hormis le fait que la dictature islamique a déjà façonné les infrastructures d’un régime totalitaire où l’emprise idéologique et les stratégies politiques se complètent.
Toute analyse géopolitique qui se départit de ces données de base se fourvoie dans des apories qui rendent impossible toute analyse en la matière, voire la disqualifie. À vouloir juger la conduite de ce régime à l’aune des États de droit et des institutions internationales de démocratie libérale, c’est se mettre d’ores et déjà hors sujet. Les négociations avec ce type de régimes n’ont pas pour but de résoudre des problèmes de géopolitique ou de géostratégie en conflit. Elles ont plutôt pour objectif de définir des glacis, de tracer des lignes de démarcation et d’entériner des zones d’influence.
La défaite du régime iranien est loin d’avoir suscité une rétrospective critique qui est pourtant mandatée par le bilan désastreux des guerres déclenchées depuis le 7 octobre 2023. Le régime est dans une posture de déni et de revanche obnubilante qui empêche toute évaluation critique alors qu’elle s’impose de manière impérative. Tous les dossiers de négociation sont déboutés alternativement parce que la volonté de recherche d’une solution négociée est absente au point de départ. La belligérance à l’extérieur n’est que le revers d’une violence sauvage qui sévit impitoyablement au sein d’un Iran en banqueroute totale.
Avec une économie en faillite, des finances publiques volatilisées, des infrastructures en lambeaux, une société extrêmement appauvrie et en état de délabrement structurel, la société iranienne est dans une impasse. Autrement, la structure alvéolaire du pouvoir iranien a permis au régime autocratique de se perpétuer, de déjouer les dynamiques implosives et de préempter la formation d’une opposition cohérente. Les illusions d’une solution négociée doivent prendre fin au profit d’une stratégie d’érosion réticulaire qui viendrait à bout de ce régime, c'est la condition sine qua non à la paix régionale et à la transition démocratique en Iran.
La reprise de contrôle du détroit d’Ormuz et la libération des voies internationales de navigation constituent des voies incontournables. Elles permettent, au même titre que la poursuite de la destruction des infrastructures nucléaires et des armements balistiques et des plateformes opérationnelles intégrées et de leurs relais étatiques et paraétatiques, de mettre fin aux régimes d’exception. Ceux-ci sont imposés à une région prise en otage par les fondamentalismes islamiques, dont le régime iranien représente la tentative la plus accomplie.
La reconstruction des mandataires régionaux est un des points culminants de la stratégie de recouvrement des leviers stratégiques qui ont permis à l'Iran de prendre le contrôle du Proche-Orient et de réinvestir les dynamiques régionales et locales. Cependant, cette stratégie écornée de toutes parts fait face aux nouvelles réalités d'un Iraq émietté et incapable de se reconstituer de manière cohérente, tant les dynamiques internes sont sujettes au diktat iranien et à ses avatars. La Syrie échappe à son tour aux contrôles du régime iranien et finit par se retrouver dans un nouvel étau stratégique, celui de la rivalité israélo-turque et de ses incidences sur une scène politique interne non encore stabilisée.
Le Liban demeure la clef de voûte de cette entreprise de déstabilisation, dès lors que le Hezbollah et consorts s'opposent résolument à l'accord-cadre signé par le Liban et Israël, et méconnaissent la légitimité des institutions libanaises et leur droit à négocier indépendamment. Gaza et les territoires palestiniens se font instrumentaliser une nouvelle fois de plus, et rendent impossible l'élaboration d'un agenda de négociation autonome et délié des contraintes de la politique de puissance iranienne. Tant que la liberté de manœuvre des pays du Levant reste sous influence iranienne, le jeu des négociations demeurera otage des politiques impériales islamiques et de leurs incidences sur l'avenir des pays concernés.




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