La défaite du Hezbollah est doublement révélatrice: elle scelle une nouvelle fois la fin d’une supercherie qui n’a que trop duré, celle de l’invincibilité du mouvement terroriste; elle met également fin à une autre imposture autrement plus grave, celle de la légitimité d’un État dysfonctionnel qui s’interdit toute action souveraine. Le mouvement terroriste s’impose par la force, la mainmise sur l’administration étatique et en puisant au grimoire idéologique d’une politique de subversion en acte. Cet État se dissimule derrière des subterfuges qui révèlent ses incohérences structurelles et son incapacité à traduire sa constitutionnalité en actes de souveraineté.
Nous faisons face à des dilemmes, des apories et des impasses qui remettent en question la viabilité d’un État en posture d’auto-invalidation. Cela arrive alors que le mouvement putschiste se poursuit, vise intentionnellement la paix civile et s’inscrit dans une politique de subversion régionale menée par le régime iranien. La défaite non assumée se vit dans le déni et la poursuite d’une politique de sabotage systématique qui avance tous azimuts et sans aucun scrupule. Il s’agit en fait de la répudiation de l’hypothétique récit national, de l’ethos et des institutions d’une démocratie libérale en fin de parcours. Loin de toute complaisance, cette analyse ne fait que prendre acte de l’échec et de l’impossibilité de recomposer un État en état d’abdication intentionnelle.
La décomposition de fait des institutions n’est plus à démontrer. Leur constitutionnalité est entièrement battue en brèche. Elle nous renvoie brutalement aux politiques de puissance régionale, ainsi qu'à la politique de domination chiite. Elle rappelle aussi les turpitudes d’une oligarchie qui s’est accommodée de son pouvoir discrétionnaire absolu, de l’absence de comptabilité et de la normalisation de la délinquance sous toutes ses formes. Le pays n’est plus en mesure de s’adapter à des hérésies de tous ordres alors que l’eau prend de tous les côtés. Les déficits immunitaires évoluent dans tous les sens et les institutions ne sont que des faux semblants.
La politique de domination chiite poursuit son cours et le soi-disant nouveau pouvoir exécutif ne fait que se plier à ses injonctions. Les nominations administratives, la complicité du pouvoir judiciaire, l’infiltration de l’armée, le blocage des réformes financières, le contrôle de l’appareil sécuritaire, le non-respect des engagements amplement attesté dans la non-implémentation des stipulations de la trêve, les louvoiements autour de la mise en œuvre de l’accord-cadre, les luttes sournoises d’influence, la servilité du parlement, les politiques de noyautage de la société civile, le climat de délinquance généralisée et la prévalence d’un État-policier géré par des criminels en costume ne peuvent justifier sous aucun rapport les politiques attentistes, de complicité avérée et le complot du silence qui relie toutes les ailes de l’oligarchie régnante sous la régence de la politique chiite de domination.
La défaite du Hezbollah devrait poser des lignes de partage entre un passé qui n’a que trop duré et un avenir qui ne verra jamais le jour au cas où cet état de complicité va perdurer. Le Liban ne peut plus s’adapter aux contraintes de la politique de domination chiite, et il est déjà impératif de trancher les questions de souveraineté, de paix avec Israël, de réforme des institutions et de la gouvernance publique. Les équivoques à cet égard ont trop duré et ont largement desservi les desseins d’une politique de domination déclarée. La guerre avec Israël a mis à nu les non-dits d’une scène politique libanaise dépourvue de toute consistance et de toute dignité tant juridique que morale, et il est crucial d’aborder ces questions de manière frontale.
La politique des ambiguïtés orchestrée par des oligarques de tout acabit n’aura de cesse que lorsque l’abord des questions cruciales se fera à l’air libre. Nous avons été menés par le bout du nez par des politiques de puissance qui se sont emparées de nos vies, de nos droits, de nos biens, de nos institutions, de nos libertés et de notre territoire national pour nous asservir. Elles ont ainsi cassé toutes nos velléités de résistance et nous ont entraînées dans des guerres idéologiques, de religion et de conquêtes impériales. Au-delà des intrications géostratégiques des cycles de violence en cours, il faudrait s’interroger sur l’avenir d’un pays et d’un État dans un état d’apesanteur prolongé. Or, cet état de péremption devrait prendre fin.
L'incohérence du pouvoir exécutif, la faiblesse des mécanismes constitutionnels, les fractures de la géopolitique libanaise, la médiocrité du débat politique, la bassesse des politiques et la prédominance de la culture oligarchique sont autant d'obstacles à une démarche réformiste de fond. Ils font inévitablement appel à des choix politiques et des dynamiques alternatives devenus impératifs. Alors, que le choc frontal des politiques de puissance régionales évolue de manière asymptotique et s'empare de la fragilité structurelle d'un système étatique en éclats. La gravité des enjeux, l'impéritie de la classe politique et la brutalité de la scène politique moyen-orientale nous laissent perplexes.




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