Le Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a décidé mercredi de clore son dossier pour manquement à ses obligations ouvert contre la Syrie, se montrant satisfait de la coopération affichée par les nouvelles autorités du pays.
Le mois dernier, des inspecteurs de l'AIEA ont pu se rendre sur deux sites, l'un à Deir Ezzor et un second dont l'emplacement n'a pas été divulgué, pour vérifier les informations fournies par Damas concernant le programme nucléaire mené sous le régime de Bachar al-Assad.
Lundi, le directeur général de l'AIEA, Rafael Grossi, avait déclaré aux médias que ses services avaient constaté que la Syrie était sous Bachar al-Assad sur le point d'achever la construction d'un réacteur nucléaire susceptible de contribuer à la fabrication d'armes.
Adoptée mercredi par consensus, c'est-à-dire sans vote formel, la résolution du Conseil des gouverneurs du gardien de la sûreté nucléaire onusien met fin à la procédure ouverte contre la Syrie en 2011, ont indiqué des diplomates à l'AFP.
Le texte avait été présenté par l'Égypte, la Jordanie, le Maroc et l'Arabie saoudite.
Le ministère syrien des Affaires étrangères a salué sur X cette décision, la qualifiant d'«accomplissement diplomatique et juridique important pour la Syrie» et ajoutant qu'elle «ouvre de nouveaux horizons pour une coopération internationale en faveur des utilisations pacifiques de l'énergie et des technologies nucléaires».
«Un réacteur très efficace»
La résolution, consultée par l'AFP, «encourage la Syrie à poursuivre sa coopération avec l'Agence, y compris les travaux de fouille sur le site de Deir Ezzor», où le réacteur nucléaire est en cours d'excavation.
Elle demande également à M. Grossi de tenir le Conseil informé des résultats des activités menées par l'agence.
Dans un rapport que l'AFP a pu consulter, l'AIEA indique que les infrastructures découvertes à Deir Ezzor, dans l'est de la Syrie, présentent des caractéristiques compatibles avec celles d'un réacteur nucléaire.
Tout en se refusant à affirmer que le programme poursuivait un objectif militaire, M. Grossi avait considéré lundi qu'il était clair que les responsables syriens de l'époque «ne voulaient pas que le monde sache ce qu'ils faisaient».
Selon lui, les caractéristiques techniques de l'installation en faisaient «un réacteur très efficace pour la production de matière fissile qui pourrait être utilisée directement pour la fabrication d'armes nucléaires».
Le site de Deir Ezzor est fermé depuis 18 ans. Israël a reconnu en 2018 l'avoir bombardé onze ans plus tôt, affirmant avoir visé un réacteur nucléaire en construction.
En 2008, moins d'un an après la frappe, des responsables américains avaient accusé la Syrie d'avoir cherché à construire un réacteur nucléaire secret, détruit selon eux lors de ce raid israélien.
L'AIEA avait à son tour conclu en 2011 que le site était «très probablement» un réacteur nucléaire, construit selon elle avec l'aide de la Corée du Nord. Ce pays est en effet soupçonné d'avoir fourni expertise, plans ou assistance technique à la Syrie.
«Aucune preuve»
La semaine dernière, l'Institut pour la science et la sécurité internationale (ISIS) avait estimé que les annonces de l'AIEA, si elles apportent quelques détails, ne constituent «ni une surprise ni ne fournissent les informations manquantes» en particulier sur la coopération avec Pyongyang.
L'ancien inspecteur nucléaire Robert Kelley a pour sa part mis en doute l'existence d'un programme d'armes nucléaires syrien.
«Il n'existe aucune preuve d'un quelconque programme d'armement», a-t-il affirmé à l'AFP.
Selon M. Kelley, même si la Corée du Nord avait effectivement participé à la construction d'un réacteur de production de plutonium, ce dont il dit douter, celui-ci aurait pu être destiné aux propres besoins de Pyongyang ou à être vendu à un tiers, «peut‑être l'Iran ou un autre acteur».
Depuis la destitution de Bachar al-Assad en 2024, les nouvelles autorités syriennes, dominées par d'anciens islamistes, se sont engagées à travailler avec l'AIEA sur la comptabilisation et le contrôle des matières nucléaires sur leur territoire.
Outre le réacteur en construction, l'AIEA a indiqué avoir trouvé un site de production de combustible nucléaire, ainsi que 73 tonnes d'uranium naturel, dont 55 tonnes de barres de combustible et le reste sous forme de déchets.
AFP


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