Silence radio du Hezbollah?
©Ici Beyrouth

Le dernier communiqué du Hezbollah, publié mercredi, enjoint les Libanais à ne pas croire ceux qui parlent en son nom: seules les déclarations de son secrétaire général, de son bloc parlementaire et les communiqués officiels reflètent sa position. Autrement dit, la milice a passé sa semaine à se désavouer.

Dans le même temps, Israël annonçait avoir pris le contrôle d’Ali el-Taher, sans que personne ne reconnaisse sa chute. À Kfar Roummane, un immeuble était rasé, faisant onze morts, dont deux familles de combattants. À Nabatiyé, l’armée élargissait son déploiement à la demande des habitants, et non sur ordre du mouvement. Le seul communiqué consacré à l’escalade, publié samedi, dénonçait « les choix erronés du pouvoir et la complicité flagrante des États-Unis », sans jamais mentionner la colline.

Quant aux figures du mouvement, c’est motus et bouche cousue.

Naïm Qassem n’a plus pris la parole depuis la fin août, alors même que la colline tombait. La dernière apparition publique de Mohammad Raad remonte à juin, tandis que son dernier texte date de la veille de la commémoration de l’imam Sadr. Wafiq Safa, l’homme des réseaux, ne s’est plus exprimé depuis juin, limité dans ses déplacements depuis la tentative d’assassinat dont il a été la cible en 2024.

Même le conseil politique n’est pas mentionné dans le communiqué de mercredi, réduisant les interventions de Mahmoud Qomati, habituellement très prolixe, à de simples prises de position personnelles.

Pourquoi alors ce silence radio?

D’abord par crainte.

La formation pro-iranienne aurait, dès mars, demandé à ses députés de limiter leurs apparitions publiques. Certains ont désormais élu domicile au Parlement, et Raad aurait été empêché de se rendre aux funérailles de Khamenei. Israël, de son côté, a éliminé en avril Ali Harshi, proche du secrétaire général et responsable de sa sécurité, et frappe systématiquement les figures appelées à prendre la relève.

Parler, c’est s’exposer ; se taire, c’est survivre, en attendant de jours meilleurs, au lendemain des élections israéliennes et dans l’espoir d’un éventuel déblocage entre Washington et Téhéran.

Ensuite, parce que la décision ne se prend pas à Haret Hreik.

Selon des sources proches des négociations, l’évacuation d’Ali el‑Taher aurait été validée par Téhéran, sans que le Hezbollah ne confirme ou infirme. Le refus de remettre la colline à l’armée libanaise relèverait, lui aussi, de calculs iraniens: protéger la présence des Gardiens de la révolution et éviter que l’arsenal au nord du Litani ne devienne un élément négociable. La colline est libanaise, mais la décision est persane.

Même les défenseurs du Hezb ont reconnu cette semaine que ses responsables politiques ignorent ce que décident ses responsables militaires, et que ces derniers ne savent pas eux-mêmes ce que décide Téhéran.

Le silence, ici, n’est pas une tactique, mais un aveu.

Enfin, parce que leur rhétorique est désormais galvaudée.

Des promesses tonitruantes de Safa en mars aux accents de Karbala chez Qassem en avril, le discours s’est réduit en septembre à des formules laconiques et défensives.

Que dire aux familles de Kfar Roummane? Aux habitants de Nabatiyé qui ont appelé l’armée plutôt que le Hezbollah? À une base militante qui commence à demander: «Où est le plan?»

Chaque réponse est balayée par la réalité sur le terrain dès le lendemain.

En mars, les porte‑voix du Hezbollah scandaient: «Vous verrez ce que nous vous ferons, demain.»

Mais demain est arrivé, et personne n’a rien vu.

Le communiqué de mercredi s’est même désolidarisé de ces voix.

Alors, qui a réduit le Hezbollah au silence?

Personne.

Il ne reste au Hezbollah que le silence — son premier véritable positionnement depuis le 7 octobre, et le seul que nul ne conteste.

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