Le projet de budget 2027 affiche, une nouvelle fois, un déficit nul. Mais, derrière ce résultat comptable se pose une question essentielle : l’État pourra-t-il réellement encaisser les recettes prévues sans comprimer davantage l’investissement et faire peser sur les ménages une part croissante du financement public ?
Le projet transmis par le ministre des Finances, Yassine Jaber, prévoit 614,945 trillions de livres libanaises de recettes et de dépenses, soit environ 6,87 milliards de dollars au taux de 89 500 livres pour un dollar. C'est contre 538,415 trillions de livres dans le budget 2026. À périmètre comparable, l’enveloppe progresse ainsi d’environ 14,2 %, tandis que le déficit prévisionnel reste fixé à zéro.
Sur le papier, ce résultat traduit une volonté de discipline budgétaire après plusieurs années de déficits et de déséquilibres. Mais, un déficit nul dans un projet de budget ne signifie pas, à lui seul, que les finances publiques se sont améliorées. Il indique d’abord que les dépenses prévues sont censées être entièrement couvertes par les recettes attendues.
Un résultat encore à démontrer
Un budget reste une prévision et ne constitue pas le compte définitif de l’État.
« Or, sans disposer des comptes exécutés et clôturés de l’exercice précédent, comparer deux budgets revient essentiellement à comparer deux séries de prévisions », souligne un expert des finances publiques.
Cette réserve est particulièrement importante au Liban, où l’écart entre les recettes anticipées et les montants effectivement encaissés peut être significatif. La crédibilité du budget 2027 dépendra donc de la capacité de l’administration à atteindre les objectifs de perception fiscale et douanière qui lui sont assignés.
Le gouvernement avait lui-même insisté, fin août, sur la nécessité de renforcer la collecte, notamment des recettes fiscales et douanières ainsi que celles provenant des propriétés maritimes.
Des recettes en hausse, tirées par la fiscalité
Le projet mise fortement sur l’augmentation des recettes fiscales. Celles-ci passeraient d’environ 439,6 trillions de livres en 2026 à 528,2 trillions en 2027, soit une progression de plus de 20 %.
La TVA représenterait à elle seule environ 205,7 trillions de livres. Les taxes sur les biens, les services et le commerce constitueraient environ 73,5 % des recettes fiscales.
Cette structure soulève la question de la répartition de l’effort fiscal. Lorsque les recettes reposent largement sur la consommation, les importations et les transactionsfinancer l’État pèse indirectement sur les ménages.
Le projet prévoit également certaines hausses fiscales et tarifaires, notamment celle de la taxe forfaitaire annuelle applicable aux sociétés holding et offshore. Selon les données rapportées sur le projet, cette taxe passerait de 50 millions à 200 millions de livres, soit une hausse de 300 %. Au-delà de l’augmentation de la charge fiscale, c’est toutefois l’attractivité du cadre légal libanais pour enregistrer ces sociétés qui est en jeu. Une fiscalité plus lourde pourrait en effet inciter certaines entreprises à privilégier d’autres juridictions pour leur implantation.
L’enjeu n’est donc et de savoir si l’État atteindra le montant de recettes inscrit dans le budget, mais aussi à quel coût économique et social ces recettes seront mobilisées.
Un budget dominé par les dépenses courantes
La structure des dépenses constitue l’autre point sensible.
Sur les 614,945 trillions de livres prévus, environ 548,3 trillions, soit près de 89 %, correspondent aux dépenses courantes. Les acquisitions d’actifs fixes, qui constituent l’un des principaux indicateurs de l’investissement public, ne dépasseraient pas 66,6 trillions de livres, soit environ 10,8 % du budget.
Les rémunérations, pensions et prestations sociales représenteraient, pour leur part, environ 329,2 trillions de livres, soit 53,5 % de l’ensemble des dépenses.
Le budget 2027 apparaît ainsi avant comme un budget de fonctionnement. Il finance les engagements courants de l’État, mais laisse une marge limitée aux investissements dont le Liban a pourtant besoin : infrastructures, énergie, eau, transports, services publics et reconstruction.
Pour un expert financier, cette faiblesse de l’investissement constitue un risque : un équilibre budgétaire obtenu au prix d’un investissement insuffisant pourrait limiter les perspectives de croissance.
Au-delà des chiffres affichés, la véritable question est celle de la qualité des choix budgétaires. Un État peut afficher un déficit nul tout en laissant peu de place à l’investissement et en faisant davantage contribuer les ménages. Pour le Liban, l’enjeu n’est donc plus seulement d’éviter le déficit, mais de s’assurer que la trajectoire budgétaire est soutenable et compatible avec la relance de l’économie.




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