Ali Taher, le 10 septembre 2026. Une vaste infrastructure souterraine, présentée comme l’une des principales installations du Hezbollah dans le secteur, est pulvérisée. Des détonations d’une ampleur exceptionnelle retentissent, provoquant une secousse de magnitude 4,1 et faisant disparaître sous les décombres ce qui était présenté comme l’un des plus importants réseaux souterrains du Hezbollah dans le sud du Liban.
Si les Israéliens parlent de deux kilomètres neutralisés à Ali Taher, un responsable militaire consulté par Ici Beyrouth évoque, lui, une infrastructure bien plus vaste, longue d’environ 5.400 mètres. Dès lors, une question se pose: comment expliquer cet écart numérique? Et surtout, qu’est-ce qu’Israël a réellement détruit à Ali Taher?
2 km contre 5,4 km: les dimensions d’un réseau tentaculaire
Selon l’armée israélienne, le réseau détruit s’étendait sur plus de deux kilomètres, comprenait notamment des postes de commandement, des dépôts d’armes et des espaces permettant aux combattants de séjourner sous terre. Le complexe aurait notamment servi de quartier général à l’unité Badr et renfermé des roquettes, missiles, drones, armes antichars ainsi que des explosifs.
Toutefois, selon le responsable militaire interrogé par Ici Beyrouth, l’ensemble du dispositif souterrain lié à Ali Taher atteignait environ 5.400 mètres. Une différence qui ne serait pas nécessairement contradictoire avec le chiffre avancé par Israël. Lorsqu’on parle d’Ali Taher, il ne s’agit pas d’une hauteur isolée, mais d’un ensemble de trois collines, Ali Taher, Dabché et Touhra, qui s’étendent sur près de trois kilomètres et qui étaient traversées par une multitude de galeries souterraines.
«Les collines s’étendent sur environ trois kilomètres. Les tunnels, eux, vont de Kfar Tebnit à Kfar Remmane, du sud vers le nord. Ils passent par les collines et, depuis ces collines, peuvent rejoindre des tunnels plus petits dans les villages environnants, avec des sorties jusque dans certaines habitations», explique-t-on de même source.
Le réseau ne suivait donc pas une ligne droite. Les galeries se ramifiaient, bifurquaient et comportaient des passages perpendiculaires. Au cœur du dispositif se trouvait, selon la source précitée, un point central à partir duquel partaient plusieurs axes vers le nord et le sud, notamment en direction de Kfar Tebnit et Kfar Remmane. D’autres ramifications rejoignaient Nabatiyé el-Faouqa et Nabatiyé.
La différence entre les deux chiffres tiendrait donc à la manière dont le réseau est mesuré. Les «plus de deux kilomètres» annoncés par Israël pourraient correspondre aux principaux axes identifiés et détruits, tandis que les 5.400 mètres évoqués par la source militaire incluraient l’ensemble des ramifications.
Faire sauter plutôt qu’entrer
C’est depuis Kfar Tebnit que les forces israéliennes ont accédé, selon notre source, à Ali Taher. «Elles ont percé les défenses avant d’atteindre les galeries. Mais plutôt que de progresser dans les tunnels et subir des pertes, elles ont choisi de les détruire depuis l’extérieur, en creusant dans la colline et en y introduisant des explosifs».
L’ampleur des détonations donne la mesure de l’opération. Pour garantir la destruction de l’infrastructure souterraine, plus de 1.100 tonnes d’explosifs ont été utilisées. La secousse de magnitude 4,1 enregistrée dans la région a également témoigné de la puissance des déflagrations.
Il n’en demeure pas moins que la destruction des principaux axes ne permet pas, à elle seule, de reconstituer ce qui a disparu sous les collines. Le responsable militaire estime néanmoins que la puissance des explosions permet de considérer qu’il ne reste plus de tunnel opérationnel à Ali Taher.
Détruit, évacué, mais toujours sous surveillance
Si les tunnels ont été détruits et que les forces israéliennes contrôlent désormais le secteur, pourquoi se sont-elles retirées d'Ali Taher? Et surtout, pourquoi continuer à surveiller une hauteur qu’elles viennent précisément de neutraliser?
Si les forces israéliennes ont quitté Ali Taher pour se repositionner vers Kfar Tebnit, le château de Beaufort et Arnoun, c’est d’abord afin de pouvoir procéder aux puissantes détonations destinées à détruire les tunnels.
Ensuite, c’est la topographie du secteur qui a également pesé dans la décision, comme le souligne le responsable militaire susmentionné. «Ali Taher est une position exposée, dominée par des hauteurs situées plus à l’est, notamment Rihane, Jabal Safi et Soujoud, où le Hezbollah demeure présent et à partir desquelles il peut facilement mener des attaques contre les soldats israéliens», précise-t-il.
Une éventuelle réinstallation israélienne nécessiterait donc, selon notre source, des travaux de fortification. «Ils ont attendu de faire exploser les tunnels avant de procéder à l’installation de fortifications, le cas échéant», poursuit-il, estimant qu’Israël pourrait revenir sur les hauteurs d'Ali Taher si la situation se détériorait. En attendant, les drones israéliens continuent de surveiller le secteur.