L'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC) ne recule pas mais «se déplace», alerte l'ONG Médecins Sans Frontières (MSF), qui reste très préoccupée par la situation.

«Même si nous voulons tous nous montrer positifs et rassurants face à la situation, nous devons rester réalistes», a déclaré Manuel Albela Miranda, épidémiologiste chez MSF, dans un entretien accordé vendredi à l'AFP au bureau international de l'ONG à Genève.

«Et la réalité, c'est qu'il est encore trop tôt pour dire que l'épidémie est en train de ralentir», a-t-il indiqué.

Le porte-parole du gouvernement de RDC, Patrick Muyaya, avait affirmé samedi dernier sur X que «le pic a été atteint» au «début de la troisième semaine du mois d'août».

Et mercredi, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait relevé des «signes encourageants» dans l'évolution de la lutte contre l'épidémie, tout en estimant que la riposte devrait se prolonger pendant plusieurs mois.

«Les signes ne sont pas encourageants», a réagi le Dr Guyguy Manangama, directeur adjoint des opérations chez MSF, dans un autre entretien à l'AFP, craignant que «les gens baissent la garde».

«La situation, au contraire, est alarmante», a-t-il insisté.

«Expansion géographique»

Cet avertissement de MSF vient conforter celui, la veille, du directeur de l'agence de santé de l'Union africaine (Africa CDC), Jean Kaseya, pour qui les données actuelles «ne permettent pas de confirmer que le pic de l'épidémie a été atteint».

La RDC a déclaré mi-mai, avec plusieurs semaines de retard, sa 17ᵉ épidémie due au virus Ebola, qui provoque une fièvre hémorragique et a déjà causé plus de 15.000 morts en Afrique ces 50 dernières années, avant l'épisode en cours.

L'épidémie a déjà fait plus de 3.600 morts sur près de 7.500 cas confirmés, selon l'OMS.

Partie de la province de l'Ituri (nord-est), la flambée actuelle est causée par le virus Bundibugyo, contre lequel il n'existe aucun vaccin ou traitement spécifique homologués.

Bien que la situation semble ralentir pour le moment en Ituri, le nombre de nouveaux cas n'a pas diminué à l'échelle nationale, indique l'ONG dans un communiqué.

«Nous sommes très préoccupés car nous constatons une expansion géographique de l'épidémie», a relevé M. Albela Miranda.

Une septième province, le Sud-Ubangi, à la frontière de la Centrafrique, est désormais touchée, tandis que le Nord-Kivu concentre près de la moitié des nouveaux cas confirmés.

«Rester très prudent»

Le Dr Guyguy Manangama alerte également sur la proportion très élevée de décès survenant au sein des communautés, qui atteint 60%, signe que «la majorité des décès sont hors des chaînes de transmissions connues».

À Mongbwalu, cité d'Ituri considérée comme le berceau de l'épidémie, environ 70% des décès surviennent encore au sein des communautés, un niveau préoccupant qui marque un retour à la tendance observée au début de l'épidémie, a renchéri M. Albela Miranda.

Il appelle à «rester très prudent face à l'évolution d'une épidémie» car un premier pic ne signifie pas nécessairement que le plus haut niveau de circulation du virus est atteint, plusieurs vagues successives pouvant se produire au cours d'une même épidémie.

MSF dispose de 1.700 employés en RDC, dont 90% de locaux.

Mais ses équipes ne peuvent pas, à elles seules, répondre à l'expansion de cette épidémie, explique l'ONG, qui demande «un renforcement significatif» du soutien opérationnel des agences de l'ONU et une «mobilisation plus réactive et plus globale», afin de renforcer la riposte.

Afin d'adapter au mieux sa réponse, MSF déploie actuellement des équipes de réponse rapide, pour détecter et contenir rapidement les nouveaux foyers de transmission avant qu'ils ne se transforment en flambées de grande ampleur dans des zones ne disposant d'aucune capacité de réponse.

Or ces équipes constatent «qu'il existe de nombreuses structures de santé» sur le terrain, «mais qu'elles ne sont absolument pas préparées», a averti M. Albela Miranda, soulignant le besoin crucial de personnels supplémentaires.

Par Agnès PEDRERO / AFP