Après le Hezbollah, puis les Israéliens, les collines de Ali el-Taher pourraient-elles finalement être livrées au contrôle de l’armée libanaise ? La question se pose alors que les forces israéliennes se sont retirées des hauteurs pour se repositionner à Beaufort et dans les secteurs environnants, tout en conservant une capacité de surveillance et de frappe sur la zone.

Une remise à l’armée, mais à quelles conditions ?

Aujourd’hui, l’idée d’un passage de Ali el-Taher sous contrôle de l’armée libanaise se présente à nouveau. Il convient toutefois de rappeler que cette hypothèse avait déjà été évoquée, notamment en août dernier, dans le cadre des discussions sur le retrait israélien et le déploiement de l’armée au Liban-Sud. À l’époque, il a été question qu’Israël puisse renoncer à une opération de grande ampleur contre les collines en question, à condition que l’armée libanaise y entre et démantèle les infrastructures du Hezbollah.

Or, non seulement le Hezbollah refusait de se plier au fait accompli, mais l’armée libanaise conditionnait son intervention à un «accord» avec le Hezbollah, ce qui a finalement conduit à une prise de la zone par les Israéliens. Un retrait de ces hauteurs s’en est suivi, avec un repositionnement sur les lignes plus en arrière. Ce retrait physique n’a cependant pas signifié l’abandon de la position. L’armée israélienne maintient un contrôle de feu sur le secteur et se réserve la possibilité de frapper toute tentative du Hezbollah d’y revenir.

Dans ce contexte, une éventuelle entrée de l’armée libanaise supposerait bien davantage qu’un simple remplacement des forces présentes sur le terrain. Selon une source militaire proche du dossier, interrogée par Ici Beyrouth, Israël chercherait à s’assurer que le déploiement libanais empêche durablement le retour du Hezbollah et la reconstitution de ses infrastructures militaires sur la colline.

«Une remise à l’armée libanaise nécessiterait un mécanisme de coordination permettant aux soldats de s’y installer effectivement, tout en garantissant qu’aucune nouvelle infrastructure du Hezbollah ne puisse y être établie», explique le responsable militaire. Autrement dit, la question ne serait pas seulement celle de la présence de l’armée, mais de sa capacité à exercer un contrôle effectif sur la position.

Israël garderait-il la main à distance ?

C’est précisément là que réside l’une des principales difficultés du scénario. Même en cas de déploiement de l’armée libanaise, Israël ne renoncerait pas nécessairement à la surveillance de la zone ni à sa capacité d’intervention.

«Même si l’armée libanaise venait à prendre le contrôle de Ali el-Taher, cela ne signifierait en aucun cas qu’Israël renoncerait à surveiller la position», estime-t-on de même source. «Les drones continueront de quadriller la zone», ajoute-t-on, précisant que l’objectif israélien serait de conserver une visibilité constante sur le secteur et de prévenir toute réinstallation du Hezbollah.

Selon cette même source, cette logique explique également les opérations israéliennes menées autour de Ali el-Taher, notamment dans le secteur de Mansouri. Des bâtiments et des structures continuent d’y être détruits afin de dégager le terrain autour des positions israéliennes et de limiter les possibilités d’infiltration ou d’utilisation de constructions comme points d’appui.

L’éventualité dont il est donc question aujourd’hui pourrait bel et bien reposer sur une présence libanaise au sol, mais aussi et surtout sur le maintien par Israël d’une capacité de surveillance et de frappe à distance. Une telle configuration ne constituerait donc pas un transfert sécuritaire pleinement abouti, mais plutôt un arrangement dont les modalités resteraient à définir.

Pour l’heure, aucun transfert officiel de Ali el-Taher à l’armée libanaise n’a été annoncé. «La situation pourrait rester inchangée à court terme, notamment avant les élections israéliennes», suggère-t-on de source précitée. Les discussions politiques et sécuritaires pourraient néanmoins se poursuivre parallèlement, sans qu’un changement concret du dispositif soit nécessairement imminent.