Plus de trois décennies passées à la tête du Hezbollah s’achèvent brutalement en ce 27 septembre 2024, lorsque Hassan Nasrallah est tué dans une frappe israélienne massive sur la banlieue sud de Beyrouth.

Sa disparition ne tarde pas à entraîner la formation pro-iranienne, déjà vacillante, dans une crise de commandement sans précédent. Décimée par l’élimination successive de ses principaux cadres militaires et la destruction de ses réseaux de financement et de communication depuis le début de la guerre, la milice chiite se voit alors contrainte de colmater les brèches dans ses structures.

Aujourd’hui et après deux ans sans Nasrallah, que reste-t-il de l’appareil que l’ancien secrétaire général dirigeait ? 

Une succession foudroyée

La disparition de Hassan Nasrallah ne provoque pas l’effondrement immédiat de la formation. Elle ouvre aussitôt une période de réorganisation sous pression, marquée par une succession chaotique, la mise à l’écart des structures les plus exposées, mais aussi et surtout une implication plus directe du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) dans la reconstitution de son appareil militaire.

Dans les jours qui suivent l’assassinat, le nom de Hachem Safieddine, cousin de Nasrallah et président du Conseil exécutif, s’impose comme celui du successeur attendu. Il est cependant tué à son tour dans une frappe israélienne, début octobre 2024, avant même que sa prise de fonction puisse être officialisée. Le 29 octobre, le Hezbollah annonce finalement l’élection de Naïm Qassem, jusque-là secrétaire général adjoint, par son Conseil de la Choura, l’instance dirigeante chargée de prendre les grandes décisions et de désigner le secrétaire général. 

Cette nomination assure une continuité institutionnelle, certes, mais la conjoncture au sein de laquelle elle survient est radicalement différente de celle dont avait bénéficié son prédécesseur. Lorsque Naïm Qassem prend les rênes du Hezbollah, il hérite d’une organisation dont les principaux responsables militaires ont été écartés, dont les communications ont été compromises et dont les capacités logistiques ont été durement touchées. Contrairement à son prédécesseur, il ne dispose donc pas d’un appareil de commandement intact sur lequel s’appuyer. Tout est à rebâtir.

Il faut dire que le Hezbollah, en tant qu’organisme, repose sur plusieurs instances, au sommet desquelles se trouve le Conseil de la Choura, qui supervise les grandes orientations politiques et organisationnelles. À ses côtés, le Conseil exécutif gère les activités civiles et institutionnelles, tandis que le Conseil du djihad est chargé des affaires militaires et sécuritaires. Or, après les pertes qui se sont succédées en 2024, difficile de savoir précisément qui compose ces instances et où se situe réellement le pouvoir au sein de l’organisation.

Naïm Qassem, qui avait passé plus de trente ans dans l’ombre de Nasrallah, doit d’ores et déjà incarner la continuité tout en supervisant une remise sur pied dont les détails restent dissimulés. Il doit aussi diriger une formation dont les décisions stratégiques sont prises dans des conditions de sécurité bien plus contraignantes.

Une chaîne de commandement à reconstruire

Les premières semaines après la mort de Hassan Nasrallah donnent un aperçu de la manière dont le Hezbollah tente de maintenir ses opérations malgré la disparition de ses cadres. Selon une enquête de Reuters publiée le 11 octobre 2024, une nouvelle salle d’opérations aurait été mise en place environ 72 heures après l’assassinat, permettant de rétablir une coordination entre les combattants déployés au Liban-Sud et un cercle restreint de responsables. Des sources proches de l’organisation décrivaient alors une structure réduite, fonctionnant dans le secret et transmettant des directives aux unités sur le terrain.

Cette réorganisation ne signifie pas pour autant que les anciennes chaînes de commandement ont été restaurées à l’identique. La perte de responsables expérimentés, notamment dans les unités chargées des roquettes et des opérations terrestres, a imposé de redistribuer les responsabilités. Le recours à des cadres moins connus du grand public, dont les identités ne sont pas systématiquement rendues publiques, complique aussi considérablement l’identification des véritables centres de décision.

Le changement le plus significatif est toutefois venu de Téhéran. Dans une enquête publiée le 21 mars 2026, l’agence Reuters rapporte que le CGRI a contribué à rebâtir le commandement militaire du Hezbollah après les lourdes pertes de 2024. Selon deux personnes informées de ces activités, des officiers iraniens auraient été mobilisés pour combler des postes vacants, avant une restructuration de l’appareil militaire. Cette implication accrue vient appuyer l’idée selon laquelle le soutien iranien ne se limite plus à l’approvisionnement et à l’appui stratégique. Il touche, dès lors, directement à la réorganisation de la chaîne de commandement.

Les moyens de survie

À ces difficultés internes s’ajoute la rupture d’une partie des voies d’approvisionnement historiques. La chute du régime de l’ancien président syrien, Bachar el-Assad, en décembre 2024 a privé le Hezbollah d’un corridor stratégique à travers la Syrie, longtemps utilisé pour acheminer des armes et des équipements iraniens. À cela, s’ajoute la multiplication des frappes israéliennes sur les infrastructures et les réseaux de circulation, qui ont également entravé ses possibilités de reconstitution.

Il n’en demeure pas moins que la formation milicienne conserve toujours des ressources humaines, des réseaux locaux et internationaux (notamment en Afrique et en Europe) et des institutions sociales qui lui permettent de maintenir une présence au sein de sa communauté. Ses écoles, ses établissements de santé et ses autres structures continuent de fonctionner, même si les conséquences de la guerre et les contraintes financières pèsent sur leur activité.

Le Hezbollah de l’après-Nasrallah reste donc une organisation en reconstruction, dont les nouvelles structures et les véritables centres de décision demeurent largement difficiles à cerner, mais dont le déclin, lui, apparaît de plus en plus difficile à dissimuler.