En déplacement aux États-Unis depuis lundi, Nawaf Salam n’a pas manqué de requêtes à Washington. Celles-ci vont d’un calendrier précis pour la mise en œuvre de l’accord-cadre avec Israël à un retrait israélien progressif, en passant par un soutien renforcé à l’armée libanaise et une formule pour financer la reconstruction du Liban-Sud.

Les demandes de Beyrouth ne se sont toutefois pas limitées à ces points. Le Premier ministre a, de surcroît, défendu le principe d’«une étape contre une étape», alors que, depuis le début des négociations, les avancées de Beyrouth en la matière, notamment en ce qui concerne le désarmement du Hezbollah, demeurent au point mort.

Aujourd’hui et à l’approche du huitième round de négociations, attendu (ou non) en octobre à Rome, le décalage entre les demandes libanaises et les attentes américaines devient donc difficile à ignorer.

Ce que Beyrouth demande, ce qu’il reste à faire

À Washington, où il s’est entretenu lundi avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio, Nawaf Salam a d’abord demandé que le cadre conclu, en juin dernier, entre le Liban et Israël passe à sa phase d’application, avec un «calendrier clair» pour les engagements des différentes parties et un mécanisme de vérification permettant d’en suivre l’exécution.

Encore faut-il que les échéances fixées par Beyrouth soient, elles aussi, respectées, parce que, côté libanais, les calendriers ne manquent pas. Ils se succèdent sans être respectés. Pour n’en donner qu’un exemple, le gouvernement avait, en février dernier, accordé à l’armée un délai de quatre mois, renouvelable sous certaines conditions, pour mettre en œuvre la deuxième phase de son plan de désarmement entre le fleuve Litani et le fleuve Awali. Quelques jours plus tard, Nawaf Salam jugeait lui-même cette échéance réalisable. Quatre mois après son annonce, l’objectif n’était toujours pas atteint.

La même logique vaut pour le retrait israélien. Le Premier ministre libanais a insisté sur un retrait israélien progressif, demandant à Washington d’en garantir la mise en œuvre. Or, ce retrait est précisément censé être la contrepartie d’un processus libanais, qui consiste en un désarmement vérifié du Hezbollah, un démantèlement des infrastructures militaires et une prise de contrôle effective des zones pilotes par l’armée.

Rappelons, dans ce contexte, que depuis la décision du Conseil des ministres du 5 août 2025 de placer les armes sous l’autorité de l’État, aucune mesure concrète n’a permis de traduire ces engagements dans les faits. Le Hezbollah conserve son arsenal et ses structures militaires et son secrétaire général, Naïm Kassem, réaffirmait encore dimanche son refus de déposer les armes avant un retrait israélien du Sud. «D’abord, libérez le Sud [...] puis nous parviendrons à un accord entre nous», a-t-il déclaré, tout en appelant à la poursuite de la «résistance» jusqu’au départ des forces israéliennes.

Le soutien à l’armée pose, lui aussi, la même question. Beyrouth demande à Washington de renforcer les capacités de l’institution militaire pour lui permettre d’imposer sa souveraineté.

Or, réduire le problème à une question de moyens serait incomplet. Le gouvernement a déjà adopté le principe du monopole de l’État sur les armes et, le 2 mars dernier, déclaré illégales les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah, demandant à l’armée d’appliquer le plan de désarmement «dès que possible et par tous les moyens possibles». Dans les faits, aucune décision politique supplémentaire n’est venue préciser ce que l’armée était autorisée à faire lorsque l’application de ce principe se heurte directement au Hezbollah.

La demande de financement de la reconstruction renvoie, dans le même ordre d’idées, à cette exigence de cohérence. Beyrouth réclame un mécanisme de financement pour la reconstruction du Liban-Sud, alors même que l’État peine à reprendre le contrôle des flux financiers qui échappent à ses institutions. C’est d’ailleurs ce que le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a rappelé lundi en demandant au gouvernement libanais de prendre des mesures contre les réseaux financiers iraniens et ceux du Hezbollah.

Le même décalage apparaît enfin sur le terrain diplomatique. Beyrouth revendique désormais une relation avec Téhéran fondée sur le respect de la souveraineté libanaise et la non-ingérence. Le 24 septembre, à New York, Nawaf Salam a demandé au président iranien, Massoud Pezeshkian, de proposer un nouvel ambassadeur et appelé à ouvrir une nouvelle page dans les relations entre les deux pays, «d’État à État». Là encore, le discours et la pratique ne coïncident pas totalement. En mars, le Liban avait déclaré l’ambassadeur iranien à Beyrouth, Mohammad Reza Sheibani, persona non grata pour avoir, selon le ministère des Affaires étrangères, interféré dans les affaires intérieures libanaises et rencontré des acteurs libanais sans passer par les canaux officiels. Il devait quitter le territoire avant le 29 mars. Or, en août, le même responsable iranien a obtenu une résidence de six mois au Liban, sans statut diplomatique, lui permettant d’y rester.

Au fil de ces dossiers, toutes les demandes avancées, côté libanais, butent finalement sur la même réalité. Beyrouth réclame à ses partenaires des échéances, des garanties et des mécanismes de vérification, alors que les engagements pris de son côté restent à traduire en actes concrets.