Le Moyen-Orient avance de crise en crise alors que les démarches diplomatiques s’épuisent les unes après les autres. Rien ne semble tenir au moment où les effondrements sur les plans sécuritaires et stratégiques prennent le devant de la scène. Les négociations entre l’Iran et les États-Unis sont au point mort, celles entre le Liban et Israël sont remises aux calendes grecques. Par ailleurs, les équilibres homéostatiques en Irak sont remis en question, et la stabilité du Golfe est réévaluée avec la reprise des hostilités entre l’Arabie saoudite et les rebelles houthistes.
C’est un contexte où les impasses institutionnalisées semblent définir un ordre régional où plus rien ne fonctionne. Les dysfonctionnements se structurent au croisement de l’intérieur et de l’extérieur dans lequel les États démontrent leur ineptitude et leur incapacité à pouvoir se défaire des verrouillages qu’ils imposent. Comment aborder les négociations étatiques alors que les hypothèses posées par les politiques de puissance définissent en amont les prémisses diplomatiques et leurs limites? Les États soi-disant indépendants se retrouvent en état de dépendance, ce qui en fait des relais et des auxiliaires aux politiques impériales.
Les désarticulations profondes qui caractérisent l’ordre étatique dans cette partie du monde, les rend particulièrement vulnérables aux politiques interventionnistes et à leurs modulations dans une région aux marqueurs fluides. Les conflits du Yémen attestent la fragilité dudit État et sa malléabilité vis-à-vis des politiques de domination régionale. L'observation rudimentaire du conflit en cours nous renvoie aux extraversions d’une scène yéménite qui sert de théâtre opérationnel auxiliaire où les faillites d'État et les effets conjugués d'un civisme inexistant exacerbent les conséquences délétères dans un contexte en pleine décomposition. Le Yémen n’est abordé que par le biais de ses fonctions supplétives dans le cadre des conflits régionaux indéfiniment extensibles.
Ce schéma se reproduit à l’identique dans les cas irakiens et libanais. Les velléités indépendantistes y sont neutralisées au profit des politiques de domination chiite et de leurs modulations et incidences sur les équilibres des États et des équilibres géopolitiques qui leur sont corollaires. La fragilité des États les rend perméables à tous les défis posés à leur souveraineté territoriale, leur gouvernance et leur aptitude à se positionner sur l’échiquier diplomatique, alors que leur consistance et leur constitutionnalité ne sont que des prétéritions.
En quoi consiste la diplomatie dans des États profondément déstructurés où l’agenda de négociation ne fait que répercuter les contradictions d’un ordre politique subjugué et instrumentalisé par les politiques de tutelle alternées et aux permutations continues? La stabilisation passe inévitablement par le changement des rapports de force dans un environnement régional dont la fluidité met au défi toute tentative de réencadrement géopolitique ou nomothétique. On ne voit pas comment une diplomatie peut opérer dans un environnement aussi déstructuré et assujetti à des luttes meurtrières qui en définissent la trame.
La commémoration du pogrom du 7 octobre 2023 nous renvoie aux relents génocidaires et aux mutations géostratégiques et géopolitiques qui en ont résulté. Les équilibres stratégiques et les frontières géopolitiques sont en question et les dynamiques politiques sont en pleine redéfinition. Les élections en Israël sont symptomatiques à maints égards. En effet, le pogrom et ses multiples résonances dans les milieux israélien et juif soulèvent à la fois des questions d'arbitrage électoral et des enjeux liés à une existence nationale menacée dans sa raison d’être.
Ils soulèvent aussi des enjeux liés aux équilibres d’une communauté régionale aux multiples fragilités et aux extrémismes générés par une modernité arabe et islamique défaillante. Ce contexte d’insécurité diffuse, matiné de messianisme politique en Israël, a finalement créé des conditions propices à une radicalisation juive. L'identité israélienne de l’État est alors remise en question au profit du messianisme politique qui accentue les clivages au sein d’une société israélienne profondément secouée par le pogrom et ses multiples connotations et conséquences. Actuellement, il n'est pas question uniquement d'alternance démocratique dans un pays en paix et dans une démocratie apaisée; nous sommes plutôt confrontés à un climat d'incertitude où les exigences de sécurité, ainsi que la comptabilité morale et stratégique, définissent les contours d'une dynamique politique en pleine évolution.
Le marasme politique et géostratégique qui prévaut dans la région est préoccupant et influence les dynamiques politiques en cours. Cette atmosphère délétère nous confronte à des défis cruciaux. Il s'agit de l'absence d'un équilibre régional consensuel, de l'improbabilité de son établissement, et des effets destructeurs qu'elle engendre dans des pays aux institutions étatiques fragiles. Elles exacerbent les enjeux d'une entropie évoluant dans tous les sens. Quelles sont les perspectives d'une paix négociée dans un contexte évoluant au gré des vides cumulés du désordre et de ses anomies mutantes?