Aucun observateur de la scène politique libanaise ne peut survoler les contradictions d’un pouvoir qui navigue au milieu des antinomies qui pourfendent les principes mêmes de l’État de droit, voire sa possibilité. Il est légitime de se poser la question devant ce fatras de paradoxes qui dissimule les réalités d’un coup d’État à l’œuvre? Ce dernier s’abrite depuis des décennies derrière des fictions juridiques qui dissimulent une mainmise de fait qui a transformé ce faux semblant institutionnel en acte de supercherie monumentale, enveloppant de part en part les réalités d’un État en décomposition.
Comment est-ce possible de concilier les réquisits de l’État de droit avec ceux d’un coup d’État? La structure duale de l’État libanais dévoile les réalités d’une colonisation de fait et d’un coup d’État qui progresse de manière insidieuse sous des apparences de normalité juridique et constitutionnelle. Ce faisant, le travail de sape avance dans tous les sens.
Le cas de la reconduction du mandat de la FINUL est particulièrement instructif dans la mesure où il illustre de manière dramatique l’abdication du pouvoir au profit des extraterritorialités de fait. Celles-ci ont valu au Liban des cycles de violence récurrents qui l’ont détruit tout au long des sept dernières décennies. Il est inconcevable de voir un gouvernement concéder ses prérogatives constitutionnelles à un mouvement terroriste qu’il conspue d’une part et auquel il cède de manière délibérée. Le paradoxe du gouvernement libanais est celui de se poser en intermédiaire entre le Hezbollah et l’État d’Israël alors qu’il est signataire de deux accords auxquels il s’est dérobé de manière systématique.
Il est complexe pour un observateur de l’extérieur d’en comprendre la raison. L'atteinte de cet objectif dépend en revanche de sa capacité à saisir les ressorts d’une dynamique politique hybride où les cultures de l’État de droit et du néoféodalisme produisent des monstruosités qu’il faudrait apprendre à scruter. Comment peut-on s’engager dans des négociations internationales sans avoir effectué le balisage politique et institutionnel nécessaire? Un tel balisage permet d’avancer de manière conséquente sur des dossiers aussi complexes que la fin des conflits, leurs conditions préalables, la reconnaissance mutuelle, et la sortie progressive et ferme de préjugés dirimants qui empêchent l’évolution sur la voie des négociations. la sortie progressive et ferme de tout un lest de préjugés dirimants qui empêchent d’évoluer sur la voie des négociations?
Paradoxalement, on s’engage dans des négociations aux prémisses vagues et un rejet de principe de toute démarche de paix. Plus de deux ans se sont écoulés depuis la mise en place des mécanismes de négociation, tandis que les déclarations de principe sont alternativement rejetées et déboutées sur le terrain. L’emprise de l’idéologie dans la mise en œuvre d’un processus truffé de contradictions n’est pas un effet du hasard, il s’agit d’une culture où l’ambivalence est résolument invoquée en vue de légitimer les préjugés idéologiques et les distortions qui en émanent. Or le Liban n’est pas en mesure de perpétuer ces paradoxes à moins d’en faire les frais au niveau de la destruction de sa paix civile et de la remise en question de sa viabilité nationale.
La continuation des cycles de violence au Liban-Sud et leur impact ravageur nous mettent devant des réalités peu réjouissantes. Il s'agit notamment des bouleversements géostratégiques et géologiques, de la destruction des assises anthropologiques d’une démocratie en état de dissipation totale, des aléas d’une paix civile vouée aux turpitudes des politiques de puissance régionales, des contrats sociaux caducs et de la mise à mort de la civilité démocratique dans un pays où la violence, le diktat idéologique et les conséquences d’un naufrage de longue durée ont laissé ce pays en proie à la politique de domination chiite et de ses émules régionaux.
Il faudrait se poser, à juste titre, la question du rapport entre paix civile, stabilisation géopolitique et réformes de gouvernance et de leurs relations dialectiques avec la paix régionale. Il est impossible de s’extraire des dynamiques guerrières à moins de réengager le processus de paix et de mettre fin aux élucubrations idéologiques et aux entreprises impériales qui en dérivent. La défaite du régime iranien et l’endiguement de ses dérives corollaires au niveau régional sont incontournables pour mettre fin aux cycles de violence et à leurs figurations multiples.
La survie du Liban, l'avenir de la concorde civile et les chances d'un réformisme d'ensemble dépendent largement de la poursuite inconditionnelle des négociations internationales visant à stabiliser le pays et la région. Cela nécessite également un engagement sincère et résolu de la part des acteurs locaux pour favoriser le dialogue et promouvoir des solutions durables aux conflits persistants. Les compromissions idéologiques du Hezbollah et de ses alliés, ainsi que les politiques de subversion islamiste et de gauche dans leurs diverses modulations, constituent des facteurs de sabotage qui compromettent les chances d’aboutissement des négociations en vue de mettre fin au conflit.
Les États-Unis nous ont offert l’unique plateforme qui va nous aider à nous extraire des dynamiques conflictuelles vieilles de plus de soixante-dix ans. Le pouvoir en place timoré fait preuve de complicité objective et hésite à s’engager de manière résolue en faveur de l’option américaine qui demeure notre unique planche de salut. La survie du Liban et les réformes institutionnelles requises en dépendent.