À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, ce 16 octobre, l’attention se porte aussi sur la qualité des repas. Au Liban, les contraintes budgétaires peuvent réduire leur diversité avant leur quantité. La faim s’apaise, mais les besoins en protéines, fibres, vitamines et minéraux ne sont pas toujours couverts.

Garder le pain et le riz, espacer les achats de viande, réduire les fruits ou les laitages : ces arbitrages modifient progressivement le contenu des repas. Leurs conséquences nutritionnelles méritent une place dans la prévention comme dans le suivi médical, surtout lorsque les difficultés financières s’installent.

Une analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), publiée le 29 avril 2026, projetait qu’environ 1,24 million de personnes, soit près d’un quart de la population analysée au Liban, feraient face à une insécurité alimentaire aiguë de niveau crise ou supérieur entre avril et août. Le conflit, les déplacements et les difficultés économiques figuraient parmi les facteurs de cette dégradation. Cette projection ne mesure toutefois ni la situation actuelle ni la fréquence des carences nutritionnelles.

Une alerte venue des hôpitaux libanais

Une étude publiée en novembre 2025 dans BMC Nutrition, associant notamment des chercheurs de l’AUB et de la LAU, apporte un éclairage complémentaire. Menée de mai à octobre 2021 auprès de 343 adultes hospitalisés dans cinq établissements du pays, elle identifiait un risque d’insécurité alimentaire chez près de huit participants sur dix.

Ce chiffre demande une lecture précise. Le dépistage reposait sur deux questions concernant la quantité et la qualité perçue de l’alimentation du foyer. Il ne signifie pas que huit patients sur dix souffraient de faim ou présentaient une carence biologique : plus de la moitié déclaraient avoir suffisamment à manger, mais pas toujours les aliments souhaités.

Ces résultats décrivent un échantillon hospitalier en 2021, et non l’ensemble de la population libanaise. Ils soulignent néanmoins l’intérêt d’aborder les difficultés alimentaires en consultation : certains changements dans les repas restent invisibles tant que personne ne pose la question.

Le poids ne raconte pas toute l’histoire

Une alimentation peut fournir assez de calories tout en manquant de certains nutriments. Une corpulence normale, voire un surpoids, n’exclut donc pas des déficits nutritionnels.

Une perte de poids involontaire, une baisse persistante de l’appétit, une faiblesse ou une fatigue inhabituelle méritent une évaluation. Ces signes n’indiquent pas automatiquement une carence ; ils invitent à en chercher la cause et à examiner les apports alimentaires. Une attention particulière doit être portée aux enfants, aux femmes enceintes et aux personnes âgées, en tenant compte de leurs besoins spécifiques.

Les protéines contribuent au maintien des muscles. Les fibres participent au fonctionnement intestinal, tandis que les vitamines et les minéraux interviennent dans de nombreux mécanismes indispensables. Aucun aliment ne couvre seul l’ensemble de ces besoins.

Au Liban, les assiettes peuvent être pleines sans couvrir l’essentiel.

Des ressources dans la cuisine libanaise

Lorsque les aliments habituels deviennent trop chers, la cuisine libanaise offre des alternatives familières, même si l’abondance d’un mezze ne garantit pas, à elle seule, un repas équilibré.

Préserver les protéines n’exige pas de servir de la viande à chaque repas. Lentilles, pois chiches, haricots secs et fèves apportent des protéines végétales, des fibres et des minéraux. Nettement moins coûteuses que la viande, les légumineuses permettent de diversifier les sources de protéines. Une moujaddara ou un plat de haricots peut ainsi contribuer à l’équilibre des repas avec des ingrédients familiers.

Associer légumineuses et céréales au fil des repas améliore la complémentarité des apports protéiques. Un aliment riche en vitamine C, comme le citron ou le poivron, favorise l’absorption du fer d’origine végétale. Le thé et le café consommés pendant le repas peuvent, à l’inverse, la réduire : les prendre à distance aide à limiter cet effet.

Selon les possibilités du foyer, les œufs peuvent compléter les apports en protéines, tandis que le lait et le yaourt apportent également du calcium.

Protéger la diversité, sans culpabiliser

Les fruits et légumes frais ne sont pas les seules options. Les produits surgelés ou en conserve contribuent aussi à l’équilibre alimentaire, en privilégiant les versions sans sucres ajoutés et sans excès de sel. Les légumes secs et les céréales complètes renforcent les apports en fibres.

Ces repères ne suppriment ni les contraintes de prix ni les difficultés de préparation et de conservation. Une recommandation idéale, déconnectée des ressources du ménage, reste lettre morte : la discussion doit partir de ce que la personne peut acheter, cuisiner et consommer régulièrement.

Préserver la santé passe aussi par cette attention aux renoncements ordinaires. Avant même que le poids baisse ou que la fatigue s’installe, la liste des courses peut déjà raconter ce qui manque.