Le rendez-vous de Tampa, en Floride, est confirmé. La réunion militaire tripartite entre le Liban, Israël et les États-Unis doit se tenir mardi 20 octobre et pourrait se prolonger jusqu’au 22. Consacrée exclusivement aux questions militaires et sécuritaires, elle intervient dans un climat tendu, entre les déclarations du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, en faveur du maintien d’un «périmètre de sécurité» au Liban et les frictions entre l’État et le Hezbollah après la saisie, le 8 octobre dernier, d’une importante cargaison d’explosifs, à Dahr el-Baydar, qui relie la Békaa à Beyrouth.
Ce que Beyrouth veut
C’est à l’issue de sa rencontre, samedi à Baabda, avec le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à Baabda, que le président Joseph Aoun a confirmé la participation d’une délégation militaire libanaise à la réunion de Tampa. Celle-ci aura pour mission de présenter, comme l’a déclaré le chef de l’État, les demandes de Beyrouth concernant l’arrêt de l’escalade israélienne, dans l’espoir d’obtenir des résultats conformes à l’accord-cadre négocié sous l’égide américaine. M. Aoun a également dénoncé la poursuite des attaques, les destructions dans les localités du Sud et les restrictions imposées aux agriculteurs, estimant que «l’occupation et les tensions empêchent l’armée de se déployer jusqu’à la frontière internationale, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité». Le président a enfin plaidé pour le maintien d’une présence internationale dans le Sud après le retrait programmé de la Finul en 2027, afin d’éviter tout vide sécuritaire.
Au-delà de l’arrêt des opérations israéliennes, Beyrouth souhaite étendre les zones pilotes dans lesquelles l’armée libanaise est appelée à renforcer sa présence. Cette extension pourrait concerner des localités allant des environs du château de Beaufort jusqu’aux hauteurs d'Ali Taher. La délégation libanaise devrait également défendre la nécessité de mécanismes permettant de vérifier l’application de l’accord sur le terrain.
Washington attend des garanties vérifiables
Pour les États-Unis, l’enjeu (qui ne diffère d’ailleurs pas de celui des rounds précédents) est de transformer l’accord-cadre en arrangements sécuritaires concrets. Les discussions devraient notamment porter sur le déploiement de l’armée libanaise dans les zones pilotes du Sud, la vérification de l’absence de positions et d’infrastructures militaires du Hezbollah, ainsi que les modalités du retrait israélien. La coordination entre les deux armées figure également parmi les sujets attendus, sans que les modalités définitives du mécanisme de vérification aient été rendues publiques.
Washington souhaite, en effet, renforcer particulièrement les canaux de communication militaire directe entre Beyrouth et Tel-Aviv afin de prévenir de nouveaux incidents et de suivre l’application des engagements. Incidents qui n’ont pas manqué de se multiplier ces derniers jours.
Le 12 octobre dernier, les forces de sécurité libanaises interceptent, à Dahr el-Baydar, un camion transportant environ 780 kilos d’explosifs, dont du TNT et du C-4. Trois jours plus tard, le député du Hezbollah, Hassan Fadlallah, a reconnu que la cargaison appartenait à la formation chiite, affirmant qu’elle était destinée à des opérations contre les forces israéliennes présentes au Liban-Sud.
Dans une affaire distincte, les autorités ont également saisi, le même jour, environ 200 kilos d’explosifs qui auraient été introduits clandestinement depuis la Syrie. Si le Premier ministre, Nawaf Salam, a ordonné une enquête approfondie, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a aussi réclamé que les explosifs saisis par les autorités libanaises ne soient pas restitués au Hezbollah et que les responsables de leur transport rendent des comptes. Autant d’incidents qui risquent de peser sur les discussions de Tampa.
Israël maintient ses exigences, le Hezbollah refuse de désarmer
La position israélienne constitue un autre obstacle. Dans une interview accordée dimanche à la radio israélienne Radio North, le Premier ministre israélien a affirmé ne pas croire que le gouvernement libanais soit capable de désarmer le Hezbollah. Il a défendu le maintien d’une zone de sécurité au Liban-Sud tant que cet objectif ne serait pas atteint.
De son côté, la milice pro-iranienne continue de défier l’État libanais en refusant de déposer les armes «tant que les forces israéliennes contrôlent le territoire libanais». Pour le Hezbollah, le retrait israélien doit précéder tout abandon de son arsenal.
Ce désaccord porte donc autant sur le fond que sur l’ordre des étapes. La réunion devra déterminer si des arrangements militaires peuvent rapprocher ces positions, sans qu’une négociation politique directe soit annoncée à ce stade.
L’après-Finul, un dossier distinct mais urgent
Alors que le mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) doit s’achever le 31 décembre 2026, avant le retrait définitif de la mission en 2027, Beyrouth cherche à anticiper l’après-Finul. Lors de sa rencontre, samedi 17 octobre à Baabda, avec le ministre Barrot, le président Aoun a demandé à Paris de soutenir une prolongation du mandat auprès des Nations unies. À défaut, il a plaidé pour le maintien d’une présence internationale dans le Sud afin d’éviter un vide sécuritaire après le départ des Casques bleus.
De son côté, M. Barrot a réaffirmé le soutien de Paris à la souveraineté du Liban et à l’application de la résolution 1701. Il a également insisté sur la nécessité d’une nouvelle structure internationale qui accompagnerait le redéploiement de l’armée libanaise et contribuerait à prévenir un vide sécuritaire après le départ de la force onusienne. La forme, le mandat et la composition d’un éventuel dispositif de remplacement restent à préciser.
Ce dossier dépasse toutefois le cadre de la réunion de Tampa, dont l’objet immédiat demeure militaire et sécuritaire. L’avenir de la présence internationale dépendra aussi des discussions diplomatiques et des décisions à prendre aux Nations unies.