Je tiens à saluer l’émission constructive de Sar el Waet, qui a consacré ce soir une place importante à la question de l’utilisation des réserves d’or de la Banque du Liban. La présence d’économistes et d’observateurs reconnus sur le plateau a permis de mettre enfin en lumière une préoccupation que j’avais exprimée avec insistance dans la presse libanaise dès le printemps 2026.

Au début de l’année, la forte hausse du cours de l’or avait porté la valeur estimative des réserves libanaises à près de 48 milliards de dollars, selon les évaluations alors publiées. Le mouvement s’est depuis inversé: le cours est tombé autour de 4 040 dollars l’once le 22 octobre, ramenant la valeur indicative des quelque 9,2 millions d’onces détenues par le Liban à environ 37 milliards de dollars. Cette baisse ne constitue pas, à elle seule, une perte comptable réalisée. Elle représente toutefois une occasion manquée et une diminution importante de la valeur potentielle d’un actif national.

À l’époque, j’avais appelé les autorités à étudier sans délai les propositions d’institutions financières étrangères qui, selon les informations qui m’avaient été communiquées, offraient des solutions de gestion destinées à tirer parti des fluctuations du marché. Ces propositions exigeaient évidemment une analyse rigoureuse : garanties, risques, cadre légal, contrôle public et protection absolue de l’or. Mais elles méritaient au minimum une réponse et un examen sérieux.

Aucun responsable politique n’a alors souhaité donner suite à cette alerte. Aujourd’hui, alors que des économistes évoquent publiquement le sujet et reconnaissent l’ampleur du manque à gagner potentiel, une question s’impose: pourquoi avoir attendu que le marché se retourne pour ouvrir ce débat?

Le Liban détient un actif considérable. La question n’est pas de décider à la légère de vendre ou d’engager son or. Elle est de savoir si les autorités ont étudié, avec compétence et transparence, toutes les options permettant de préserver sa valeur et de servir l’intérêt national, sans mettre en péril ce patrimoine.

Le débat de ce soir est donc bienvenu. Il rappelle aussi qu’une alerte économique ne devrait pas être écartée parce qu’elle dérange ou parce qu’elle vient de l’extérieur des cercles habituels du pouvoir. Quand un actif national connaît de telles variations, le silence et l’inaction ont eux aussi un coût.