Quatre jours nous séparent des élections américaines de mi-mandat et, peut-être, d’une reprise de la guerre contre l’Iran. À mesure que le scrutin du 3 novembre approche, Washington brandit la menace militaire, quand bien même les canaux diplomatiques restent ouverts, avec une nouvelle initiative qatarie destinée à arracher un accord de désescalade.  

Jeudi, l'amiral Brad Cooper, commandant du Centcom (commandement militaire américain pour le Moyen-Orient), a présenté au président américain, Donald Trump, plusieurs options militaires concernant l'Iran. Une démarche entreprise lors d'une réunion à la Maison-Blanche à laquelle ont également participé le secrétaire à la guerre, Pete Hegseth, et le chef d'état-major interarmées, Dan Caine.

Dans ce contexte, plus de dix avions de transport américains ont atterri dans les bases israéliennes de Nevatim et d’Ovda entre le 22 et le 29 octobre. Le Pentagone prépare également le transfert d'une batterie supplémentaire de missiles Patriot depuis le Texas vers Israël, afin de renforcer ses capacités de défense antimissile.

Dans un entretien accordé à Ici Beyrouth (IB), le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU et expert géopolitique, estime qu’une intervention américaine avant les élections est à exclure, mais qu’elle pourrait être envisagée dans leur prolongement. Il observe que les préparatifs militaires sont déjà engagés et que la pression économique exercée sur Téhéran n’a pas, jusqu’ici, conduit le pouvoir iranien à céder. «Washington pourrait donc chercher à relancer une opération militaire pour appuyer les sanctions et le blocus, plutôt que de s’en remettre à la seule pression économique», souligne-t-il.

Également interrogé par IB, Matthew Levitt, chercheur principal au Washington Institute for Near East Policy, considère, lui aussi, que la reprise de la guerre est inévitable et qu’elle sera d’ampleur.

La diplomatie, dernière carte avant les frappes

Cette perspective n’empêche pas les démarches diplomatiques. Le Qatar a présenté, dimanche, à Téhéran un nouveau projet d’accord. Le texte prévoit un calendrier de sept jours, avec des mesures quotidiennes destinées à rétablir la confiance entre les parties. Doha et Islamabad poursuivent leurs efforts de médiation, alors que l’Iran doit encore faire connaître sa réponse.

Une autre initiative est venue de Washington. Le vice-président, JD Vance, a adressé, dimanche, une lettre au responsable iranien Mohsen Rezaei, par l’intermédiaire du Qatar, afin d’explorer une reprise des négociations directes. Selon des informations rapportées par le Wall Street Journal et le New York Times, une rencontre pourrait se tenir dès la semaine prochaine au Qatar ou en Turquie, avec Vance à la tête de la délégation américaine. Le dossier nucléaire devrait figurer parmi les sujets abordés dès le début des discussions.

À propos de ces échanges avec Téhéran, Donald Trump a affirmé que le contact de son vice-président visait à faciliter l’acheminement de fournitures médicales vers l’Iran, et non à relancer des négociations de paix. Téhéran, de son côté, maintient ses exigences. Le président du Parlement iranien, Mohammad Baqer Qalibaf, a notamment réaffirmé que les sept conditions posées par son pays devaient être satisfaites. Parmi elles figurent la levée du blocus naval américain et la fin des sanctions visant les exportations pétrolières iraniennes.

Une opération limitée, sans garantie de résultat

Si recours à une nouvelle opération militaire il y a, cela ne signifie pas nécessairement le lancement d’une campagne prolongée, précise M. Trinquand. D’après lui, les États-Unis ne sont pas aujourd’hui en mesure de soutenir une intervention de longue durée et qu’ils privilégieraient plutôt des frappes complémentaires à celles déjà menées, alors qu’une grande partie des infrastructures énergétiques iraniennes a déjà été visée.

La pression économique constitue l’autre volet de la stratégie américaine. Dominique Trinquand rappelle que le blocus entrave les exportations pétrolières iraniennes et réduit les revenus de l’État, aggravant une situation économique déjà très difficile. Selon lui, le pouvoir pourrait être confronté à une contestation intérieure si la population, qui subit lourdement les conséquences de la crise, venait à se soulever. Il juge que le régime pourrait difficilement tenir six mois dans ces conditions, tout en soulignant que l’horizon auquel Washington entend parvenir à ses objectifs reste inconnu.

«Cela ne signifie toutefois pas qu’une nouvelle série de frappes suffirait à faire plier Téhéran, le pouvoir iranien ayant jusqu’ici fait preuve d’une forte capacité de résistance», observe l’expert.  

Les prochains jours seront déterminants pour mesurer la maigre marge de manœuvre laissée à la diplomatie. Et le Liban dans tout ça?