Les Américains votent mardi pour renouveler l’ensemble de la Chambre des représentants et 35 des 100 sièges du Sénat. Selon le New York Times, les démocrates sont en position de force pour reprendre au moins la Chambre. 

À Téhéran, le scrutin est suivi de près. Washington maintient un blocus naval des ports iraniens, Téhéran multiplie les attaques contre la navigation dans le détroit d’Ormuz et Donald Trump s’est engagé le 8 octobre à ne pas attaquer l’Iran avant le vote. Des médiateurs qataris tentent d’arracher un accord.

Un Congrès pour lier les mains de Trump

Selon des responsables iraniens cités par le quotidien britannique The Telegraph, Téhéran parie que le scrutin rendra le Congrès aux démocrates et bridera ce que l’un d’eux qualifie de «folie» du président américain. 

Selon le Washington Post, les talk-shows de la télévision d’État iranienne décortiquent la manière dont des pertes républicaines pourraient entraver la conduite de la guerre. Fars, agence semi-officielle proche des Gardiens de la révolution, écrivait en septembre que Trump, qui «avait promis de mettre fin aux guerres», avait rapproché son parti de la défaite en attaquant l’Iran. En août, l’ancien ministre des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki prédisait qu’en cas de revers, Trump vivrait les deux dernières années de son mandat «comme un cauchemar».

«Ils sont obsédés. Ils pensent pouvoir faire tomber une présidence», a confié un diplomate arabe au Washington Post. Selon lui et un diplomate occidental, certains dirigeants iraniens veulent «punir» Trump, comme la crise des otages avait plombé la réélection de Jimmy Carter en 1980.

Faire monter le prix de la guerre

«L’Iran a peut-être trouvé une arme dans le calendrier électoral américain», estime Ali Vaez, de l’International Crisis Group, une organisation de prévention des conflits, dans une tribune publiée par Time. Selon lui, Téhéran intensifie ses attaques autour d’Ormuz en pariant que la hausse des prix de l’énergie aggravera les difficultés politiques du président. 

Un sondage Reuters/Ipsos cité par Al Jazeera ne crédite Trump que de 34% d’opinions favorables sur sa gestion du conflit. Samedi, Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, affirmait à la télévision iranienne, selon le Guardian, qu’«aucune famille en Amérique» n’avait échappé à la pression de la guerre.

L’attente est aussi diplomatique. Trois hauts responsables cités par Reuters le 20 octobre assurent que l’establishment clérical est «déterminé à ne pas offrir de victoire politique à Trump». En prolongeant les pourparlers, l’Iran «influence l’élection américaine sans aucune action illégale», résume l’analyste iranien Saeed Leylaz auprès de l’agence.

Le message vise aussi les successeurs de Trump. «Téhéran veut que les futurs présidents américains se souviennent de ce qui lui est arrivé avant d’envisager une autre guerre contre l’Iran», explique au Washington Post Negar Mortazavi, chercheuse au Center for International Policy, un think tank progressiste de Washington.

Un pouvoir divisé

Cette ligne ne fait pas l’unanimité. Fin septembre, le président Massoud Pezeshkian confiait à NBC News vouloir un retour au mémorandum d’entente de juin avant le scrutin. «Nous ne voulons pas que cela aille jusqu’aux midterms», disait-il. À l’approche du vote, Téhéran a d’ailleurs accepté, selon le Guardian, de ramener de sept à deux jours le délai de réouverture d’Ormuz après une levée des mesures américaines.

D’autres relativisent l’enjeu. Le chef d’état-major des forces armées, Ali Abdollahi, a prévenu que l’Iran «n’attend pas les résultats» du scrutin. Pour Hamzeh Safavi, politologue à l’université de Téhéran interrogé par l’Associated Press, démocrates et républicains partagent la même vision d’une «confrontation fondamentale» avec l’Iran.

Se préparer au lendemain du vote

L’analyste iranien Amir Ali Abolfath, cité par The Telegraph, juge le Sénat plus disputé et rappelle qu’une victoire démocrate ne suffirait pas à empêcher la guerre, tant les prérogatives du commandant en chef restent étendues. 

Sur CNN, Brett McGurk, ancien conseiller de George W. Bush, souligne que le Congrès a besoin des deux tiers des voix dans chaque chambre pour passer outre un veto présidentiel, une majorité que les démocrates n’obtiendront presque certainement pas.

Téhéran se prépare donc au pire. «Ils s’attendent à une nouvelle guerre depuis déjà quelques semaines», affirme au New York Times Hamidreza Azizi, de l’International Crisis Group. Samedi, le guide suprême Mojtaba Khamenei a ordonné aux forces armées de répondre immédiatement à toute menace. Mostafa Najafi, analyste réputé proche de Rezaei, prévenait mercredi que, faute d’accord, l’atmosphère basculerait vers la confrontation dès la première semaine après le scrutin. Un responsable américain cité par Axios estime d’ailleurs que Trump pourrait être plus enclin à frapper en cas de lourde défaite républicaine, ce que conteste la Maison-Blanche. 

Brett McGurk le résume sur CNN: «Les midterms pourraient affaiblir Trump politiquement. Elles pourraient aussi le rendre plus déterminé à régler le conflit avec l’Iran selon ses propres termes». Téhéran a misé sur un président entravé. Au soir du 3 novembre, il pourrait se retrouver face à un président libéré de toute échéance électorale.