Une course contre la montre est lancée. D’un côté, la diplomatie et trois canaux, russe, qatari et pakistanais, pour tenter d’arrêter la guerre entre l’Iran et les États-Unis. De l’autre, l’ultimatum américain et la menace d’une reprise des hostilités. Qui arrivera le premier? Personne ne le sait. Même si on voit mal Donald Trump accéder aux exigences iraniennes. En gros, les gardiens de la révolution réclament une reconnaissance de leur souveraineté sur le détroit d’Ormuz, la restitution des avoirs gelés et la fin des hostilités simultanément sur tous les fronts, y compris Gaza et le Liban. Ensuite, ils accepteraient de parler de leur programme nucléaire. Des conditions totalement inacceptables pour Washington. D’autant qu’après les midterms, Donald Trump n’a plus d’élections à mener avant la fin de son mandat. Il a donc les mains libres, malgré la défaite des républicains, et peut nettement devenir moins conciliant, contrairement à ce que pensent les dirigeants iraniens qui ont une expérience inexistante du fonctionnement d’une démocratie. Le manque de pratique, sans doute.
Pendant ce temps, Israël cherche sa coalition. Netanyahou ou Eisenkot. Si la guerre reprend, sur le terrain, rien ne changera vraiment. Les deux hommes divergent sur la politique interne, mais sont sur la même ligne dès lors qu’il s’agit de la sécurité de leur pays. Le Hezbollah sera, dans tous les cas, dans la ligne de mire.
La milice a déjà engagé le Liban dans deux guerres catastrophiques. Celle du soutien à Gaza, le 8 octobre 2023. Puis celle de la vengeance après la mort d’Ali Khamenei, en mars 2026. Deux guerres que personne, au Liban, n’avait demandées et qui ont fait plus de 8 000 morts en trois ans. Sans compter les blessés, les exodes et les 650 km² sous contrôle israélien. Et sans parler de la facture économique abyssale. Le ministère des Finances évalue les dommages directs et indirects à près de 20 milliards de dollars. Des dollars précieux qui auraient pu, notamment, régler au moins partiellement le dossier des déposants. Mais non! Le choix du messianisme apocalyptique des Khamenei, de père en fils, en a décidé autrement.
Téhéran, d’ailleurs, regarde et donne des instructions. Pour le régime iranien, le Liban n’est pas un pays. C’est un pion, une ligne de front louée à bas prix. Les mollahs n’ont aucun scrupule à se battre… jusqu’au dernier Libanais. Et pour que le bouclier tienne, on le garnit. Les services de sécurité libanais ont intercepté des explosifs, du TNT et du C4, saisis entre la Békaa et le Hermel, en route vers le Hezbollah et Beyrouth. Des centaines de kilos dont la milice ne réclame ni plus ni moins que la restitution, avec un toupet qui laisserait le plus effronté des artificiers pantois. Selon certaines sources, le Hezbollah aurait même menacé d’un 7 mai géant avec prise de contrôle, non seulement de Beyrouth, mais aussi du Kesrouan et du Metn, avec un feu vert donné à ses miliciens pour tirer sur l’armée et les FSI. Pendant que le pays compte ses morts, l’Iran continue de lui livrer de quoi en causer d’autres. On sent bien que le Hezbollah cherche à exister par la déstabilisation. Cette semaine, Damas a annoncé avoir fait échouer une attaque contre la raffinerie de Homs et l’a attribuée au Hezbollah.
Alors, une troisième guerre? Israël a averti. Son armée irait cette fois jusqu’à Saïda et Nabatiyé. Nouvel exode de la population chiite, avec plus d’un million de personnes supplémentaires estimées dans ce scénario. L’équilibre démographique du Liban basculerait. D’autant que, depuis 2020, 800 000 Libanais ont déjà quitté le pays. Une saignée irréparable. Ce sont les jeunes et les diplômés dont le Liban aurait besoin pour se relever. Ils sont partis. Et en cas de nouvelle guerre inutile, ceux qui restent les suivront.
Se relever, avec quoi d’ailleurs? L’économie devrait se contracter de 7 à 10 % en 2026. Et la reconstruction? Personne n’en parle. Face à 11 milliards de dollars de besoins, seuls 52 millions ont été sécurisés. On ne reconstruit pas ce qui risque d’être détruit demain. Les bailleurs le savent et ils attendent.
On pourrait imaginer que, sur la scène politique interne au Liban, ce serait l’ébullition pour éviter la descente aux sous-sols des enfers. Et que se passe-t-il? Rien. La classe politique est tétanisée. Bien sûr, il y a des communiqués, des effets de manche, des déclarations dans les médias. Mais, dans la pratique, l’inaction croise l’impuissance. Le Hezbollah, lui, continue tranquillement de se réarmer.
Le Liban a déjà fait naufrage deux fois. Au troisième, qu’on n’accuse pas la mer. La milice sait où elle emmène le bateau. L’Iran lui fournit la cargaison. Et ceux qui laissent faire savent qui tient la barre.
Sénéque écrivait: «Il n'y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va.»