Depuis mercredi, le délai prévu par la Constitution pour l’élection d’un nouveau président de la République, a commencé à courir. D’ici au 31 octobre prochain, le Liban devrait normalement être doté d’un nouveau chef de l’État et d’un nouveau gouvernement. Mais rien n’est moins sûr. Cette nébuleuse politique alimente toutes sortes de scénarios qui convergent tous vers un vide institutionnel prévu par pratiquement l’ensemble des forces politiques. Un vide que d’aucuns appréhendent, en raison de son impact redoutable sur un pays en crise.

Le Hezbollah notamment, pour qui la stabilité au Liban constitue une ligne rouge même s’il s’accommode fort bien de tous les ingrédients d’une déflagration sociale ou politique, presse pour la mise en place d’un gouvernement doté des pleins pouvoirs. Le président de la Chambre, Nabih Berry, lui a fait écho mercredi dans son discours pour le 44ème anniversaire de la disparition de l’imam Moussa Sadr. Certes les motivations des deux restent différentes. La formation pro-iranienne ne semble pas à l’aise face à un contexte dont elle ignore les circonvolutions au cas où un vide s’installerait au niveau de l’Exécutif, surtout que le CPL fait peser la menace de tous genres d’actions anticonstitutionnels pour empêcher le gouvernement d’expédition des affaires courantes d’assumer les prérogatives présidentielles. À tous ceux qui l’interrogent au sujet du dossier gouvernemental, le Hezbollah répond en insistant sur le fait qu’une nouvelle équipe devrait voir le jour le plus tôt possible et insiste sur le fait qu’à cause des circonstances que traversent le Liban, il est nécessaire d’éviter les polémiques constitutionnelles et autres jurisprudences et scenarios en rapport avec le départ de Michel Aoun, le 31 octobre prochain.

Le mouvement Amal, farouche adversaire du camp présidentiel, cherche de son côté à rogner les ailes du CPL, autant que faire se peut, à l’occasion de la fin du mandat du président Michel Aoun. La diatribe lancée mercredi par Nabih Berry contre le camp présidentiel en dit long à ce sujet.

Face à la difficulté d’une entente sur la composition d’un nouveau gouvernement, le tandem chiite, qui joue la carte de l’apaisement, encourage un renflouement du gouvernement d’expédition des affaires courantes de Najib Mikati. Ce que le camp présidentiel refuse. Le Hezbollah qui avertit régulièrement contre les conséquences d’une " aventure qui mettrait en danger la paix civile " a communiqué ses appréhensions et ses avertissements au président Michel Aoun ainsi qu’au chef du CPL, Gebran Bassil, sur base de la coordination continue entre les deux camps.

Parallèlement, un cadre de la formation pro-iranienne aurait eu un entretien avec le Premier ministre désigné, Najib Mikati, loin des feux de la rampe, dans l’appartement de ce dernier. La réunion se serait tenue à la veille de la quatrième entrevue, la semaine dernière, entre MM. Aoun et Mikati à Baabda.

Selon les informations obtenues, l’émissaire du Hezbollah aurait encouragé son hôte à maintenir les efforts pour la formation du gouvernement, en dépit des obstacles en cours, et l’aurait informé qu’il essaie à son tour d’arrondir les angles et de favoriser un climat politique serein dans le pays. Il aurait également expliqué à M. Mikati que sa formation, qui veut éviter toutes secousses politiques ou sécuritaires, n’est pas en faveur de l’élargissement du gouvernement, tel que souhaité par le camp présidentiel et refuse, dans le même ordre d’idées, qu’une partie politique marque un point contre l’autre en ces circonstances. Il aurait également souligné que le Hezbollah est en faveur de la formation d’un gouvernement dans des conditions optimales, parce qu’il considère que la présidentielle n’aura pas lieu dans les délais et que le vide à la tête de l’État pourrait durer plusieurs mois.

A en croire les mêmes sources, l’émissaire de la formation pro-iranienne aurait confié à Najib Mikati que le Hezbollah appuie le profil élaboré par le chef du PSP, Walid Joumblatt, pour le successeur de Michel Aoun. M. Joumblatt souhaite que le nouveau sexennat soit celui d’un président qui aurait les qualités de l’ancien président Elias Sarkis, une personnalité acceptée de tous, capable d’empêcher le pays de s’enliser davantage dans des crises inextricables et d’amorcer leur règlement. Quoique, de l’avis de sources de l’opposition, cette perspective semble difficile à concrétiser, les conditions qui avaient favorisé l’avènement d’Elias Sarkis (un chéhabiste qui a été aussi gouverneur de la Banque centrale) à la tête de l’État, ne sont pas les mêmes aujourd’hui, au vu des divisions locales et de la situation régionale.

Toujours selon les informations obtenues, le Hezbollah mise sur sa capacité à convaincre Gebran Bassil d’adopter une position plus souple, en contrepartie bien entendu de certains " privilèges " qu’il lui concèderait. Son principal souci, dit-on, est de l’empêcher de faire tandem, pour une raison ou une autre, avec les Forces libanaises. Les deux partis, bien que farouches adversaires, avaient dans le passé eu des positions identiques sur certains sujets.

Parmi ces " privilèges ", un engagement d’empêcher le nouveau mandat d’ouvrir des dossiers qui relèvent de celui de Michel Aoun ou de garantir la place de M. Bassil au strapontin présidentiel en 2028.

Quoi qu’il en soit, toute mission de bons offices au niveau d’un déblocage du dossier gouvernemental reste problématique. Car, en dépit d’une reprise de leurs concertations, Michel Aoun et Najib Mikati continuent d’avoir des points de vue diamétralement opposés au sujet de la forme, de la mission et du projet du gouvernement appelé à voir le jour avant la fin du mandat présidentiel.

Un autre paramètre complique la mission du Hezbollah : le conflit entre Amal et le CPL. Le camp présidentiel accuse Nabih Berry d’être responsable du durcissement de position de Najib Mikati et d’encourager ce dernier à ne pas faire de concessions au niveau du dossier gouvernemental. Il estime que le président de la Chambre et chef d’Amal veut empêcher Michel Aoun d’enregistrer la moindre réalisation à la fin de son mandat. Il l’accuse en outre de chercher à lui faire assumer la responsabilité de la crise dans laquelle le pays sombre, alors que pour Baabda, qui essaie de blanchir son image, il s’agit d’une responsabilité partagée par l’ensemble des acteurs politiques.

Dans ce contexte, de sources proches du CPL, on souligne qu’au cas où un nouveau cabinet verrait le jour, ce serait sur base des conditions posées par Baabda et non pas par Aîn el-Tiné (siège de la présidence de la Chambre). Le CPL souhaite notamment pouvoir bénéficier de la minorité de blocage au sein d’une équipe ministérielle appelée à gérer le pays en cas de vide présidentiel. Son chef principalement voudrait assumer le rôle de chef d’orchestre –un rôle qu’il a joué sous le mandat de Michel Aoun mais qui était entièrement fait de fausses notes- au cours de cette période. C’est ce qui explique son implication, dans les coulisses, dans l’élaboration de l’agenda de la nouvelle équipe ministérielle, à travers la répartition des portefeuilles ministériels. Cet agenda comprend des nominations diplomatiques (sachant que l’Etat a des difficultés à payer ses missions diplomatiques à l’étranger), le train de permutations et de nominations judiciaires et administratives et le dossier de l’électricité qu’il souhaite régler en fonction du plan établi par le ministère géré pendant plus de dix ans par son parti. Le Premier ministre désigné s’y oppose toujours parce qu’il considère que la mission principale du dernier gouvernement d’un sexennat doit être de poursuivre les négociations avec le FMI afin de conclure un accord final avec lui.

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