Le 12 décembre 2007, le général François el-Hajj périssait dans un attentat à la voiture piégée à Baabda. Hommage d’un Soldat à un autre Soldat.

Humainement, pourquoi tuer un homme comme le général François el-Hajj, puisqu’il n’est qu’un exécutant des directives politiques? Le dogme de l’intimidation n’ayant pas eu d’effet sur lui, ils l’ont immolé. Et leur cœur, par cet assassinat, s’est avili autant que leur raison! Il n’est que les lâches qui frappent un homme qui ne pouvait ni prévoir le coup, ni le repousser ou le rendre. Aucun raisonnement n’indique qu’ils ont risqué leur existence dans cette partie, mais tous les arguments prouvent qu’ils ont lâchement attaqué la vie d’autrui. Leur infamie, dans ce cas-là, est d’autant plus grande que la défense n’était pas possible.

Sachant qui ils sont – et que l’on me pardonne cette incartade: je n’ai besoin ni de tribunaux, ni de preuves pour désigner le coupable, cette lente et laborieuse procédure qu’on appelle Justice n’ayant jamais assouvi ma soif de justice –, je leur prédis qu’un jour prochain, selon l’ordre naturel des choses, ils paieront pour leurs crimes en général, et ce forfait en particulier. Dans leurs esprits s’est glissée cette désastreuse imagination qu’assassiner un homme dont l’avenir est dangereux pour leurs desseins est un acte humainement indifférent et politiquement glorieux.

Les généraux Maroun Hitti (à l’extrême-gauche sur la photo) et François el-Hajj (à l’extrême-droite) entourant le procureur Serge Brammertz et l’enquêteur principal au sein de la Commission d’enquête Internationale Indépendante sur l’assassinat du Premier Ministre Rafic Hariri. Hansjorg Strohmeyer, le 23 Juillet 2006, à l’occasion du départ de Beyrouth de M. Strohmeyer, 10 mois avant la bataille de Nahr el-bared et 17 mois avant l’assassinat du général Hajj (Photo D.R.).

Politiquement, en nous insérant dans la logique de l’assassinat idéologique, nous sommes en droit de nous demander: quel assassinat a-t-il jamais suspendu le cours naturel ou l’ordre des choses? Le coup de poignard des Conjurés a-t-il changé son siècle? César mort, le déterminisme de Rome n’en était que plus vivant.

Politiquement toujours, François el-Hajj avait-il, à la faveur de quelconques intrigues, usurpé une autorité pour mériter d’être immolé sur l’autel de la Liberté par ceux qui, suite à un endoctrinement vulgaire et à certains préjugés d’éducation ou exécrables exécuteurs de basses besognes, jugèrent qu’il était dangereux pour leurs idéologies?

Intermède personnel: usurpé une autorité… Il était chef des Opérations de l’Armée, poste lourd de responsabilités qu’il avait tenu avec un flegme, une constance et un calme admirables, pendant de longues années. Lui ayant succédé à ce poste redouté par les officiers d’état-major compte tenu de la responsabilité et la disponibilité requises, et pour de longues années aussi, je ne voulus jamais ni changer son siège ni changer l’ambiance de cette division de notre état-major qui respirait et respire toujours sa présence. Assassiné, il n’en vivait que plus fort dans nos esprits.

Avant, il n’avait fait que du terrain et grimpé, en fantassin, les échelons du commandement d’unités depuis la section d’infanterie jusqu’au Commandement du régiment Commando. Que de fois, je l’avais trouvé, sortant d’un immeuble écroulé sous les bombes, poussiéreux, en nage, blessé, mais souriant et calme. Roland de notre âge, le sang qui coulait dans ces luttes ne faisait pas succomber la dignité humaine pour François el-Hajj; peut-être même la grandissait-il. On se frappait en face à face, en tout honneur, pas en guet-apens ou en coups traîtres. Proche et obéi de tous ses soldats, hommes du rang, sous-officiers et officiers, il avait cette qualité de passer rapidement d’un état de combattant à celui de gentilhomme et d’intellectuel-stratège capable de soutenir les discussions les plus ardues.

Mais revenons à l’essentiel. Je vous comparais, lamentables et idiots assassins, 20 siècles plus tard, aux Conjurés contre César. Quelle erreur! Ces conjurés croyaient bien agir en tuant César. Mais, vous, navrants, minables et déments insensés, étiez-vous aussi convaincus de l’utilité de l’immolation du général François el-Hajj que les Conjurés du sacrifice de César sur l’autel de la République? Qui est l’attristant et sombre idiot qui vous a chargé de souiller le Liban par ce crime pauvre et bête? Pourquoi un tel ordre a-t-il été donné?

Pourquoi? Après Nahr el-Bared, c’est cette " entité " à la fureur aveugle qui donne l’ordre, et, ce faisant, prétend faire rebrousser chemin à l’avancée de la société et bloquer, pour un instant, la voie au progrès. Elle aspire, par l’absurdité du crime, à rendre les institutions stériles et les réformes irréalisables. Enfin, elle repousse la liberté démocratique pour ériger à sa place une sorte de vulgaire tyrannie anachronique et de pouvoir absolu, qui sont justement les caractéristiques de la tête qui a ordonné le crime.

C’est ainsi qu’il est possible de déduire qui est le coupable, surtout quand on sait que si la guerre et le duel ont toujours été dans nos mœurs libanaises, le meurtre lâche et sournois est une importation, un transfert de culture régionale récent.

Par malheur, une certaine société avait applaudi à ce crime. Je lui en veux. Le châtiment de l’opinion ayant toujours été l’un des moyens d’empêcher une récidive, c’est à la presse libre de jouer son rôle déterminant en n’apportant que désaveu et dédain à de tels actes, en jetant une éclatante lumière sur l’absurdité de l’assassinat politique et en persévérant avec obstination à ne dire que la vérité.

Il y va de notre honneur de Soldats et, malgré la tristesse qui nous envahit à chaque fois que nous y pensons, notre cause – celle d’un Liban meilleur – ne faillira pas. Les excès des sombres traîtres ne pourront jamais déshonorer notre Société ou compromettre nos efforts vers une réforme que nous sentons sur le point d’aboutir. C’est à l’honneur des Libanais de ne pas laisser leur foi en un Liban meilleur se détériorer et de croire que le crime est un aveu d’impuissance des criminels. Troublés pour un instant, nous reprenons notre souffle pour faire mieux. Et comme c’est dans les instants difficiles que les énergies surnagent, et comme le général Hajj n’a lui-même jamais failli, nous ne faillirons jamais. Il est vivant en nous.

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