Le troisième congrès du Front souverainiste pour le Liban s’est tenu jeudi au siège du Parti national libéral de Sodeco, sous le thème " non à la prorogation " dans le principal but de faire face aux diverses insinuations concernant une possible prorogation du mandat du président Michel Aoun et de celui du Parlement.

Après les mots d’accueil des dirigeants du PNL, Dory et Camille Chamoun, Elie Mahfoud donne lecture du communiqué du front qui met l’accent sur l’importance du respect de la Constitution dont l’un des principes de base est la transmission du pouvoir. " La prorogation du mandat présidentiel ou parlementaire n’est autre qu’une prolongation de l’occupation, de l’appauvrissement, de l’émigration et de la désintégration de la nation ", selon le communiqué pour lequel " toute tentative de prorogation sera considérée comme un coup d’Etat et sera affrontée en tant que telle ".

Le député Ziad Hawat prend ensuite la parole au nom des Forces Libanaises, pour affirmer que le pays est pris en otage. Il rappelle aussitôt que " ce qui fit arriver ce régime au pouvoir est une longue succession de blocages institutionnels et une série noire d’assassinats politiques ". " Ce qui est désormais proposé est un rejet catégorique des deux options imposées par Naïm Kassem, secrétaire général adjoint du Hezbollah, qui laisse le choix entre la soumission et l’exil. L’idéologie imposée par la " Moumanaa " (l’axe iranien) est à combattre car elle est étrangère à la culture de la plus grande majorité des Libanais ", a-t-il déclaré. " Nous refusons les armes illégales de la pieuvre qui nous affame ", a lancé Ziad Hawat. " Depuis le 4 août 2020, il n’y a eu aucun progrès concernant les investigations sur l’explosion du port de Beyrouth. Tout est systématiquement et inéluctablement entravé. Les Libanais désirent un président qui croit en la Constitution et la respecte. Il faut renouveler le Parlement. Les Forces Libanaises font appel à toutes les mouvances souverainistes en vue d’un véritable projet de libération ".

Alice Chaptini

L’intervention suivante est donnée par la ministre Alice Chaptini représentant le président Michel Sleiman. C’est donc tout naturellement qu’elle revient à la déclaration de Baabda qui préconisait dès 2012 le principe de neutralité et le respect des résolutions des Nations Unis relatives aux milices et aux armes illégales. Elle salue dans ce cadre les positions " courageuses " du patriarche maronite, cardinal Béchara Raï. Alice Chaptini soulève aussi un sujet crucial et existentiel qui est celui de la laïcité et de la déconfessionnalisation prônées à outrance. Elle souligne qu’une telle démarche serait " suicidaire " si elle n’est pas accompagnée de garde-fous et de garanties face à l’hégémonie du nombre.

Me Youssef Douayhi (secrétaire général du Parti national libéral), Majd Harb (représentant du député Boutros Harb), Riad Obeid (représentant du général Achraf Riffi et Charbel Azar (représentant de la vingtaine de groupes souverainistes de la révolution), soulignent chacun la nécessité de mettre un terme à la souffrance des Libanais, et l’urgence d’un changement dans le paysage politique. Ils rappellent que " la prorogation du mandat présidentiel n’est autre que celle de l’hégémonie oppressante du Hezbollah et de ses maîtres iraniens ".

Le discours de l’ancien procureur général Peter Germanos jette lui, un regard vers la conception de l’avenir. Le magistrat signale que les Libanais ont été " cruellement trompés ". " Il leur a été promis un règlement de la corruption, des armes, des milices, de la justice et des institutions, mais au lieu de cela, ils assistent à la prolifération de la corruption et des armes, à la soumission totale à la milice, à la violation de la justice et à la désintégration des institutions ", a-t-il ditr, estimant que " le régime actuel anéantit l’université, l’hôpital, le secteur bancaire, le tourisme et la vie des Libanais ". Le juge Germanos appelle alors à une protection internationale du Liban, à l’instar de celle qui avait été assurée au Timor Oriental, au Kosovo, au Kurdistan et autres. " Cette protection pourrait s’avérer nécessaire pour les régions libanaises qui refusent l’hégémonie iranienne et les armes du Hezbollah ", estime-t-il.

Le Front, lancé le 29 septembre dernier, rassemble une vingtaine de formations souverainistes de la révolution du 17 octobre 2020 ainsi que nombre de personnalités et de partis politiques, notamment les Forces Libanaises, le Parti national libéral, le Parti syriaque international et les Gardiens du Cèdre.

Le but du front est de dénoncer ouvertement la mainmise du Hezbollah sur le Liban, son Etat et ses institutions, et de mettre l’accent sur son rôle de bras armé de la République Islamique d’Iran.