L’Iran a mené ce mercredi des frappes meurtrières au Kurdistan Irakien contre des groupes armés de l’opposition kurde iranienne. L’attaque qui a fait treize morts et une trentaine de blessées, a été condamné par le gouvernement irakien et par les autorités du Kurdistan.

Au moins treize personnes ont été tuées et une trentaine blessées mercredi au Kurdistan irakien dans des frappes iraniennes contre des groupes armés de l’opposition kurde iranienne, qui dénonce la répression des manifestations en République islamique.

Le gouvernement fédéral irakien et le pouvoir régional du Kurdistan autonome, dans le nord du pays, ont condamné des frappes de missiles et d’autres menées selon Bagdad par " 20 drones chargés d’explosifs " qui ont visé quatre secteurs.

Bagdad a annoncé la convocation " de toute urgence " de l’ambassadeur d’Iran pour protester contre les attaques, la diplomatie irakienne fustigeant " des actions unilatérales et provocatrices ".

Des volutes de fumée s’élèvent à l’horizon dans le village d’Altrun Kupri dans le Kurdistan irakien, où se trouve une base du Parti de la liberté du Kurdistan. Deux personnes ont été tuées dans des frappes transfrontalières iraniennes contre des bases militaires et ces tirs interviennent dans un contexte de tensions générées par la mort, au début du mois, de la Kurde Mahsa Amini.

 

Revendiqués par Téhéran, ces bombardements ont fait au total neuf morts et 32 blessés, a annoncé le ministre de la Santé du Kurdistan, Saman al-Barzanji, au chevet des victimes dans un hôpital d’Erbil, capitale de la région autonome.

" Il y a des civils parmi les victimes ", a indiqué à l’AFP un haut responsable du Kurdistan autonome. Mais les autorités n’ont pas fourni dans l’immédiat plus de détails sur le bilan humain de ces attaques.

La télévision étatique kurde irakienne, K24, a indiqué que trois de ses journalistes avaient été " grièvement blessés ".

Dans un hôpital d’Erbil, un photographe de l’AFP a vu des hommes, le plus souvent en treillis, transportés sur des civières, sortis d’ambulances tâchées de sang, les corps bandés sur des chaises roulantes.

Le Kurdistan d’Irak accueille plusieurs groupes d’opposition iraniens kurdes qui, historiquement, ont mené une insurrection armée contre Téhéran, même si ces dernières années leurs activités militaires sont en recul.

 

Ils restent toutefois très critiques sur les réseaux sociaux de la situation en Iran, partageant des vidéos sur le mouvement de protestation qui a éclaté mi-septembre dans la République islamique après la mort de Mahsa Amini, une jeune femme de 22 ans interpellée par la police des mœurs.

Le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI), un des groupes visés par les bombardements sur la région de Koysinjaq, à l’est d’Erbil, a fait état de deux morts dans ses rangs.

Sur Twitter, le PDKI a fustigé des " attaques lâches ", menées à un moment où le régime iranien " est incapable (…) de faire taire la résistance civile " de la population kurde et iranienne.

Contexte tendu

En Iran, la télévision d’Etat a affirmé que " les forces terrestres des Gardiens de la Révolution (l’armée idéologique de la République islamique, ndlr) ont ciblé plusieurs quartiers généraux de terroristes séparatistes dans le nord de l’Irak avec des missiles de précision et des drones destructeurs ".

 

 

Ces derniers jours, des tirs d’artillerie iraniens avaient visé à plusieurs reprises des zones frontalières du Kurdistan d’Irak, sans faire de dommages notables.

Ces frappes interviennent dans un contexte tendu en Iran, où des manifestations nocturnes ont lieu quotidiennement dans le pays depuis la mort de Mahsa Amini.

De hauts responsables à Téhéran ont d’ailleurs lié ces bombardements aux " émeutes " qui agitent l’Iran.

Cité mardi par l’agence de presse Tasnim, un haut responsable des Gardiens de la Révolution, le général Abbas Nilforoushan, évoquait des éléments " infiltrés " en Iran " pour semer le désordre " et " étendre les troubles ".

" Ces éléments contre-révolutionnaires ont été arrêtés lors d’émeutes dans le nord-ouest, nous avons donc dû nous défendre, réagir et bombarder les environs de la bande frontalière ", avait-il dit.

Des blessés reçoivent des soins dans un hôpital d’Erbil, la capitale du Kurdistan irakien autonome, à la suite de frappes iraniennes contre des groupes armés de l’opposition kurde iranienne qui dénonce la répression des manifestations en République islamique.

 

 

Par ailleurs, les frappes de mercredi ont endommagé et détruit des bâtiments dans le secteur de Zargwez, à une quinzaine de kilomètres de Souleimaniyeh, où se trouvent des locaux de plusieurs partis d’opposition armés iraniens kurdes de gauche, notamment ceux de Komala-travailleurs du Kurdistan.

Un correspondant de l’AFP à Zargwez a vu des volutes de fumée blanche s’élever d’un des sites touchés par les frappes, où des ambulances ont été dépêchées. Des habitants fuyaient les lieux, tandis que des blessés légers se faisaient soigner sur place par un médecin du parti, selon le correspondant de l’AFP.

La région de Sherawa, au sud d’Erbil, a également été visée par les bombardements. " Des locaux du Parti de la Liberté du Kurdistan ont été visés par des bombardements iraniens ", a indiqué à l’AFP un responsable de ce parti d’opposition iranien, Hussein Yazdan.

" Nous condamnons fermement ces attaques continues qui entraînent la mort de civils et nous appelons à la fin de ces violations ", a fustigé dans un communiqué le gouvernement du Kurdistan autonome.

Avec AFP

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