Alors que la contestation se poursuit en Iran, des femmes de la province conservatrice du Sistan-Baloutchistan se sont mêlées aux manifestations dans la région. Un fait rare qui fait également écho à d’autres revendications, en raison de la stigmatisation que subit la minorité baloutche.

 

 

 

Dans les rues de Zahedan, des dizaines de femmes ont brandi des banderoles sur lesquelles était écrit " Femme, vie, liberté ", l’un des principaux slogans des manifestants, selon des vidéos en ligne. " Avec ou sans voile islamique, en avant la révolution ! ", ont scandé des femmes vêtues de tchadors noirs, selon des images de vidéos publiées sur Twitter et vérifiées par l’AFP. " C’est rare " de voir des femmes manifester à Zahedan, a déclaré à l’AFP Mahmood Amiry-Moghaddam, le directeur de Iran Human Rights (IHR), une ONG basée à Oslo. Selon lui, les femmes au Sistan-Baloutchistan sont parmi les " plus opprimées " d’Iran.

Minorité discriminée

" Grâce à ces manifestations, les femmes et les minorités (…) peuvent sortir dans la rue et revendiquer leurs droits humains fondamentaux ", a encore dit M. Amiry-Moghaddam.

Des dizaines d’hommes sont aussi descendus dans les rues vendredi à Zahedan, en scandant " nous ne voulons pas d’un gouvernement qui tue les enfants ", selon d’autres images de militants publiées sur les réseaux sociaux.

 

 

Selon l’IHR, au moins 128 personnes ont été tuées au Sistan-Balouchistan depuis le début des manifestations à la mi-septembre, dont plus de 90 le 30 septembre à Zahedan, lors de manifestations contre le viol d’une adolescente imputé à un policier.

Une vidéo publiée par IHR montre les forces de sécurité tirer avec des pistolets à grenaille et des lacrymogènes sur des manifestants à Taftan, une autre ville du Sistan-Baloutchistan.

Cette région en grande partie sunnite, dans un Iran majoritairement chiite, est la plus pauvre du pays où l’ethnie baloutche fait l’objet de nombreuses discriminations, selon diverses ONG.

Selon des experts, les Baloutches ont pris exemple sur les manifestations provoquées par la mort de Mahsa Amini, motivées initialement par la défense des droits des femmes et qui se sont élargies à d’autres revendications.

" La minorité baloutche subit des discriminations pour l’accès à l’éducation, aux soins, à l’emploi, à des logements décents et à des responsabilités politiques ", a souligné mardi l’ONG Amnesty International.

Ces populations ont " fait les frais de la répression brutale des forces de sécurité lors du soulèvement qui a balayé l’Iran depuis septembre ", a ajouté dans un communiqué le groupe de défense des droits humains basé à Londres.

Le Kurdistan, situé dans l’ouest de l’Iran près de la frontière irakienne, est la deuxième région la plus touchée par la répression avec 53 morts, selon l’IHR.

Forces étrangères

Téhéran attribue la responsabilité des violences au Kurdistan à des groupes d’opposition et a lancé plusieurs frappes contre des factions kurdes exilées en Irak de l’autre côté de la frontière.

L’Iran, qui voit dans la plupart des manifestations des " émeutes ", accuse notamment des forces étrangères d’être derrière ce mouvement pour chercher à déstabiliser la République islamique.

Au total, 448 manifestants ont été tués à travers le pays depuis le début du mouvement, selon IHR.

Les autorités iraniennes ont elles récemment fait état, pour la première fois, de la mort de plus 300 personnes.

 

Selon l’ONU, quelque 14.000 personnes ont été arrêtées. Au moins 2.000 ont été inculpées, d’après les autorités judiciaires.

Des experts de l’ONU ont exprimé leur inquiétude vendredi quant au sort de dizaines de personnes détenues arbitrairement depuis deux mois et demi. Ils ont aussi appelé l’Iran à libérer le militant des droits humains Arash Sadeghi, arrêté en octobre et souffrant d’un rare type de cancer des os.

Les Etats-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne et l’Union européenne ont imposé des sanctions à l’Iran, notamment en raison de la répression des manifestations.

Depuis le 16 septembre, les autorités iraniennes ont convoqué 12 fois des diplomates en poste à Téhéran, dont à quatre reprises l’ambassadeur britannique, en réaction " à des pressions sans précédent contre l’Iran ", selon l’agence officielle Irna.

Avec AFP

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