Dans un entretien avec Ici Beyrouth, le président du Comité olympique libanais, Pierre Jalkh, explique le fonctionnement de son organisation sportive et le mécanisme qui a entraîné l’importante subvention internationale à la Fédération libanaise d’aviron à la suite des explosions du 4 août.

Ici Beyrouth: Comment est organisé le Comité olympique libanais?

Pierre Jalkh: Le Comité olympique est formé d’une assemblée générale composée des fédérations participant aux Jeux olympiques d’été ou d’hiver. Il y a un comité exécutif, issu de cette assemblée, formé de 14 membres: un président, quatre vice-présidents, un secrétaire général, un trésorier, un comptable et le reste des membres. Certaines des fédérations sont reconnues par le Comité olympique international (CIO) mais n’ont pas droit de vote, car leurs sports ne sont pas représentés aux Jeux Olympiques. Il y a en tout 28 fédérations votantes et 14 non votantes. Ces dernières peuvent toutefois assister aux assemblées générales. Le Comité compte également des commissions, 12 commissions.

IB: Combien d’athlètes bénéficient de subventions du Comité international olympique?

PJ: Nous avons en ce moment 13 athlètes libanais qui bénéficient d’une aide du Comité olympique international par l’intermédiaire d’ "Olympic Solidarity". Pour obtenir cette aide, le Comité olympique international doit valider le fait que ces athlètes ont de fortes chances de se qualifier pour les Jeux Olympiques. Pour le Liban, le montant global accordé est de 7.500 dollars par mois, répartis entre les 13 athlètes.

IB: Qu’en est-il des nouvelles licences accordées à des fédérations? Est-il vrai que certaines de ces fédérations sont fictives?

PJ: Les fédérations fictives sont celles qui existent sur le papier, mais n’ont pas d’activités ni d’athlètes. Les clubs membres de ces fédérations fictives n’ont, eux non plus, pas d’athlètes. Ces fédérations ont pour seule vocation de voter lors des assemblées générales et de forcer le résultat du scrutin. Il y a des fédérations très actives qui ont un droit de vote, et d’autres, sans activité locale ni internationale, qui ont ce même droit de vote. Nous demandons que ces fédérations soient effectives en remplissant toutes les conditions requises par le règlement. Nous ne voulons pas de sport fictif au Liban. Les fédérations doivent travailler pour avoir des activités locales et internationales, conformément au règlement du Comité olympique libanais et international. Certaines des fédérations non-actives sont récentes. Il faut leur donner le temps de s’activer.

"Les subventions aux fédérations, dont celle de l’aviron, sont le fruit d’une étude et d’une décision des instances olympiques internationales"

IB: Qu’en est-il de l’aide internationale de 177.500 dollars reçue par la Fédération libanaise d’aviron? Et ce, malgré son absence d’activité depuis de longues années.

PJ: La Fédération libanaise d’aviron avait organisé un "training camp" auquel elle avait invité la Fédération internationale d’aviron dans ses locaux, près du port de Beyrouth, et avait pris des photos et des vidéos de ce "workshop". Quelques mois plus tard, il y a eu l’explosion. La fédération a montré une vidéo montrant tous les dégâts occasionnés dans ses locaux. Dans cette même vidéo, on voit l’incendie, les pompiers éteignant l’incendie… Tout cela n’est pas fictif. Peut-être que le montant de 177.500 dollars excède les dégâts encourus. Nous avions reçu une information indiquant que 300.000 dollars allaient être alloués par le Comité olympique international, "Olympic Solidarity" et le Comité olympique asiatique. Tout cela a eu lieu avant que je ne sois président du Comité olympique. Le problème vient du Comité olympique précédent. Nous avons formé une commission avec deux ingénieurs pour évaluer le coût des dégâts. Ces deux ingénieurs ont été refusés par le comité exécutif. Le Comité international olympique (CIO) et le Comité olympique d’Asie (COA) ont alors missionné un ingénieur qui a présenté un devis dont les évaluations étaient proches de celles des deux premiers ingénieurs. Ce sont le CIO et le COA qui ont décidé du montant à remettre à ces fédérations. Je suis intervenu pour que l’ingénieur réévalue certains dossiers et on m’a répondu que c’était impossible. Nous avons tenté d’ajuster les choses, mais le CIO et le COA ont refusé. Toute personne trouvant à redire à cette répartition des aides peut contacter le CIO et le COA.

IB: La qualification d’athlètes libanais pour les JO, en atteignant les minimas olympiques en termes de performances, est très rare. Combien d’invitations pourraient recevoir les athlètes libanais pour participer aux JO de Paris en 2024?

PJ: il y a les “universality places”. A Tokyo, en 2021, nous avions eu trois athlètes qualifiés en tir, en judo et en haltérophilie. Nous avons reçu 3 "wild cards". Celles-ci ont pour but de faire participer tous les pays avec un minimum d’athlètes. Nous ne savons pas encore combien d’invitations nous aurons pour les JO 2024.

"Le ministère de la Jeunesse et des Sports n’a pas assez bien fait son travail à l’époque où il disposait de budgets."

IB: Depuis 1980, le Liban n’a pas remporté de médaille aux JO. Comment l’expliquez-vous et que faites-vous, concrètement, pour mettre fin à cette longue période d’attente?

PJ: Au Liban, il y a beaucoup d’interventionnisme qui fait que les bons athlètes ne sont pas toujours mis en avant. Il devrait y avoir un plan d’action très strict pour diminuer les interférences politiques dans le sport. Le sport au Liban passe par des tunnels. Ce n’est pas comme ça qu’on y arrivera. À cela s’ajoute le fait que nous subissons depuis près de trois ans une grande crise économique. À l’époque où nous avions au Liban des sponsors et un pouvoir d’achat important, le travail n’a pas été bien fait. Certes, la critique est aisée et l’art est difficile. Il aurait cependant fallu que le ministère de la Jeunesse et des sports s’acquitte de son travail à l’époque où il avait des budgets convenables. Il aurait fallu dépolitiser le sport et professionnaliser les meilleurs sportifs pour que les athlètes se dédient uniquement à leurs carrières sportives. Par exemple, Ray Bassil doit gérer les problèmes du restaurant qu’elle dirige tout en s’entraînant pour le tir, ce qui est difficile.

IB: Que peut faire le comité olympique libanais, précisément, dans ce contexte difficile?

PJ: Nous avons des programmes et nous nous attelons pour que le Comité olympique international les finance. Nous donnons notre maximum dans la mesure de nos moyens.

IB: Est-ce que la taekwondoïste Laëtitia Aoun, classée 15e mondiale, peut remporter une médaille olympique aux JO 2024?

PJ: Pourquoi pas? S’il y a une réelle motivation de la part de Laetitia et de sa fédération, ils peuvent y arriver. Mais cela nécessite un travail journalier et ardu. La Fédération de taekwondo est très active.

Khalil.hatem@icibeyrouth.com

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