
L’acteur de Top Gun, The Doors et Batman Forever, au parcours aussi flamboyant que chaotique, est décédé à 65 ans des suites d’une pneumonie.
L’acteur américain Val Kilmer s’est éteint à l’âge de 65 ans des suites d’une pneumonie, a annoncé sa fille Mercedes Kilmer au New York Times. Déjà diminué depuis 2014 par un cancer du larynx qui l’avait privé de sa voix, Kilmer laisse derrière lui une carrière marquée par des sommets fulgurants, des échecs retentissants et une personnalité complexe que Hollywood a tantôt célébrée, tantôt redoutée.
Débuts prometteurs sur les planches et ascension fulgurante à l’écran
Né à Los Angeles en 1959, Val Edward Kilmer s’intéresse très tôt au théâtre. Il n’a que 17 ans lorsqu’il devient le plus jeune étudiant jamais admis à la prestigieuse Juilliard School. Sur les planches, il coécrit How It All Began et se forge rapidement une réputation d’acteur exigeant et passionné.
Sa carrière cinématographique débute en 1984 avec Top Secret!, une parodie d’espionnage dans laquelle il incarne un crooner maladroit. Cette performance comique, bien qu’éloignée des rôles qui feront sa renommée, révèle déjà un acteur à la présence magnétique. Deux ans plus tard, Top Gun (1986) de Tony Scott le propulse au rang de star internationale: il y incarne Tom "Iceman" Kazansky, pilote arrogant et rival acharné de Tom Cruise. Le film devient culte et scelle l'image de Kilmer en anti-héros aussi séduisant qu'insaisissable.
L’âge d’or des années 90
La fin des années 80 et le début des années 90 marquent l’apogée de sa carrière. En 1988, il joue dans Willow, où il rencontre l’actrice Joanne Whalley, qu’il épousera la même année. En 1991, son interprétation habitée de Jim Morrison dans The Doors d’Oliver Stone le consacre acteur dramatique de premier plan. Il chante lui-même plusieurs morceaux, s’immerge dans l’univers du rock psychédélique et livre une prestation saluée pour sa justesse troublante.
En 1995, il reprend le costume de Batman dans Batman Forever de Joel Schumacher, succédant à Michael Keaton. Si le film divise, Kilmer impressionne par son charisme sombre sous la cape du Chevalier Noir. La même année, il côtoie Robert De Niro et Al Pacino dans Heat de Michael Mann, chef-d’œuvre du polar moderne. Le réalisateur saluera plus tard "la formidable variété de son jeu et sa capacité à habiter chaque personnage".
De la lumière à l’ombre
Mais l’image de Kilmer se brouille dès la fin des années 90. Perfectionniste, exigeant, parfois difficile sur les tournages, il se forge une réputation d’acteur ingérable. Sur L’Île du Dr Moreau (1996), il entre en conflit ouvert avec le réalisateur John Frankenheimer, dans une production chaotique où il partage l’affiche avec Marlon Brando. Le film est un échec cuisant, et une couverture d’Entertainment Weekly le surnomme alors "l’homme qu’Hollywood adore haïr".
Les projets s’espacent, ses choix deviennent plus inégaux: Le Saint, L’Ombre et la proie, Alexandre d’Oliver Stone en 2004 ou encore Pollock en 2000 le voient en second rôle. Quelques réussites comme Salton Sea (2002) ou Kiss Kiss Bang Bang (2005) rappellent toutefois son talent intact, même si sa carrière prend une tournure plus discrète, souvent cantonnée à des films indépendants ou destinés au marché DVD.
La maladie et un ultime retour marquant
En 2015, un cancer du larynx bouleverse sa vie. Il subit plusieurs trachéotomies, sa voix s’altère profondément. Pourtant, il continue de tourner, porté par une ténacité rare. On le retrouve dans Song to Song de Terrence Malick ou The Snowman, dans lequel sa voix est doublée. En 2022, il émeut les spectateurs dans Top Gun: Maverick, où "Iceman", devenu amiral, fait une apparition bouleversante face à Maverick. Une scène poignante, fruit d’une reconstitution vocale assistée par intelligence artificielle, qui brouille la frontière entre fiction et réalité.
Un artiste aux mille visages
Au-delà du cinéma, Val Kilmer est un artiste complet. Le documentaire Val (2021), composé d’archives personnelles tournées depuis son enfance, offre une plongée inédite dans sa vie intérieure. On y découvre un homme passionné de poésie, de peinture, de musique, de spiritualité et de nature. Il y évoque aussi la mort de son frère cadet, noyé en 1977, événement tragique qui marquera son existence à jamais.
"Mon plan de carrière était d’avoir de la chance, et ça a marché", confiait-il en 2012 au Hollywood Reporter avec une lucidité désarmante. "Mon second plan était d’être à nouveau chanceux… et cette fois, ça n’a pas marché."
L’hommage d’Hollywood à une étoile libre
À l’annonce de son décès, les hommages affluent. Le cinéaste Michael Mann, qui l’avait dirigé dans Heat, salue un acteur "d’une profondeur et d’une intensité rares". Oliver Stone, lui, déclarait en 2007: "Il y a chez Val quelque chose de différent, qui attire le regard." Josh Brolin, de son côté, a salué sur Instagram "une personne courageuse, stimulante, ultra-créative. On n’en fait plus des comme ça".
Jusqu’au bout, Kilmer avait gardé un lien intime avec son public. Sur son site officiel, il écrivait: "Pendant plus d’un demi-siècle, j’ai perfectionné mon art, quel que soit le médium. J’ai vécu une vie magnifique."
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