
Des dizaines de familles syriennes de la minorité musulmane alaouite ont été contraintes de quitter leur quartier près de Damas, après des menaces d'hommes armés, ont affirmé des habitants à l'AFP samedi.
Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), un groupe armé a investi jeudi le quartier de Soumariya, à l’ouest de Damas, et poussé, parfois par la force, les habitants alaouites à évacuer leurs maisons.
Issu de cette minorité, le président Bachar al-Assad a été renversé en décembre 2024 par une coalition de groupes rebelles islamistes sunnites, dirigée par Ahmad al-Chareh, aujourd'hui président par intérim de la Syrie.
En mars dernier, des massacres ont fait plus de 1.700 morts, essentiellement des alaouites, après des affrontements entre les forces de sécurité et des hommes fidèles à Bachar al-Assad dans l'ouest du pays, selon l'OSDH.
Ces derniers mois, des factions armées ont menacé les habitants de plusieurs quartiers à majorité alaouite à la périphérie de la capitale syrienne pour les pousser à partir.
«Des hommes armés, certains masqués, d’autres vêtus de noir comme les forces de sécurité, nous ont sommés de quitter nos maisons sous peine d’être tués», a déclaré à l'AFP une étudiante alaouite, qui n'a pas donné son nom par peur de représailles.
«Nous avons rassemblé ce que nous pouvions comme affaires personnelles et nous partons aujourd’hui, sans savoir où aller», a ajouté la jeune femme.
Confirmant indirectement ces menaces, le responsable municipal du quartier de Soumariya, Mazhar Chair, a cherché à rassurer les habitants.
«Je rassure les habitants, la situation s’est stabilisée, ils doivent rester chez eux. Une commission surveille toute violation des droits, les habitants verront la différence dans les prochaines heures», a-t-il dit.
Mais, personne n'est revenu dans l'immédiat, selon des habitants.
Selon l’OSDH, des hommes armés ont «utilisé des matraques électriques pour forcer les habitants à sortir, provoquant peur et chaos. Certains sont partis, d'autres restent piégés, n'ayant nulle part où aller».
Les quartiers ciblés ont été créés par l’ancien pouvoir sur des terrains arides, parfois saisis de force. Des milliers d’habitants, dont d’anciens officiers, y résident.
Les médias officiels n’ont pas évoqué l’affaire.
Mais Syria Television, proche du pouvoir islamiste, a affirmé que les habitants avaient été informés par les autorités «qu’ils pouvaient revenir, après l’intervention des comités locaux et de la Haute commission pour la paix civile».
La famille de Youssef, un alaouite de 39 ans qui n'a pas voulu donner son nom, est quand même partie samedi dans sa ville d'origine dans la région de Homs (centre).
«Les menaces, nous les voyons sur le terrain, les promesses, seulement sur les réseaux sociaux», a dit Youssef, un ancien fonctionnaire licencié trois mois après la chute d'Assad. «Nous avons trop peur pour risquer nos vies, j’ai des enfants et je crains pour leur sécurité».
AFP
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