Budget 2026: taxer vite ou réformer en profondeur?  
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Pour 2026, le ministre des Finances promet un budget sans déficit où recettes et dépenses s’alignent. Une promesse séduisante, mais à quel prix pour les ménages? Les hausses d’impôts et les nouvelles taxes pourraient vite transformer l’équilibre en surcharge pour le contribuable.

Le projet de budget a été remis au secrétariat général du Conseil des ministres, pour que le gouvernement l’examine avant de le transmettre au Parlement en octobre, dans le respect du délai constitutionnel, afin que les députés puissent l’examiner et le voter.

La volonté du gouvernement d’instaurer dorénavant une discipline budgétaire se traduit par son engagement à finaliser, d’ici la fin de l’année, la clôture des comptes des exercices 2021, 2022, 2023 et 2024.

Dans le contexte d’une crise financière inédite au Liban, l’élaboration du budget 2026 se heurte à un dilemme majeur: choisir entre des taxes rapides, facilement recouvrables mais pénalisant la consommation, et une réforme fiscale profonde, indispensable pour préserver le pouvoir d’achat des Libanais.

Un premier essai aux résultats mitigés

Les Libanais espèrent que le ministre des Finances, Yassine Jaber, évitera des décisions hâtives en matière de nouvelles taxes. La taxe sur les carburants adoptée le 29 mai et suspendue le 15 juillet par le Conseil d’État en a été l’exemple frappant. Si la suspension a privé l’État de recettes estimées à 30 millions de dollars en quelques semaines, elle a toutefois pesé sur les prix de l’énergie, le transport et le budget des ménages. En filigrane, cette expérience révèle le dilemme central du gouvernement: renflouer les caisses ou protéger le pouvoir d’achat des Libanais. Il est donc essentiel de corriger les déséquilibres du système fiscal actuel, jugé à la fois injuste et inefficace.

TVA et impôts progressifs

Le système fiscal libanais repose surtout sur la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA), un impôt sur la consommation qui frappe tous les ménages de la même manière, riches comme pauvres. L’absence d’impôts réellement progressifs sur le revenu, la fortune et les grandes entreprises laisse les plus aisés largement exonérés d’une contribution équitable au budget public.

Réformer en profondeur la fiscalité est indispensable. Des impôts sur le revenu et le patrimoine des plus fortunés permettraient d’augmenter les recettes de l’État tout en soulageant les ménages modestes, sans pénaliser la consommation ni freiner l’investissement.

Plutôt que d’alourdir les taxes sur les biens essentiels, l’État pourrait cibler les biens de luxe: voitures haut de gamme, yachts, jets privés, hôtels cinq étoiles ou billets d’avion en première classe. Une telle approche toucherait uniquement une petite minorité de très riches, capable d’assumer ces charges sans affecter son train de vie, tout en rendant le système fiscal plus équitable pour tous.

Récupération des revenus publics

Il est nécessaire d’améliorer, de valoriser et d’exploiter les biens publics ainsi que les actifs appartenant à l’État. Autrement dit il s’agit de gérer efficacement la rente publique. À titre d’exemple, le secteur des télécommunications, historiquement généreux pour le Trésor, voit ses transferts réduits par l’évasion fiscale et des tarifs opaques. Un recouvrement renforcé, la fermeture d’opérateurs illégaux et une comptabilité transparente pourraient rapporter 50 à 100 millions de dollars à court terme, sans alourdir la facture des abonnés. Côté domaine maritime, la régularisation des occupations non autorisées et l’alignement des redevances sur des valeurs réelles pourraient générer 30 à 50 millions de dollars par an, toujours sans impacter la population.

Équité fiscale

Malheureusement, au Liban, les budgets publics, des années durant, se sont apparentés à de simples exercices comptables, dépourvus de vision économique d’ensemble et de stratégie financière à long terme. Ils ont trop souvent été conçus dans une logique de prélèvement fiscal plutôt que de développement, fondés sur des hausses d’impôts et de taxes qui frappaient directement le citoyen, sans être assortis de véritables réformes structurelles capables de s’attaquer aux sources profondes du gaspillage étatique. Or, une équité fiscale ne se limite pas à répartir la charge: elle conditionne la soutenabilité des finances publiques et la confiance des investisseurs.

 

 

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